L’ancien porte-parole du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) et ancien ministre d’État, Babacar Gaye, a fait le diagnostic de ce qu’il appelle les signes avant-coureurs d’un « Parti-État » au Sénégal. Il s’invite ainsi au débat concernant les intentions prêtées à l’actuel régime dirigé par Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko. Dans une tribune largement partagée ce samedi, Babacar Gaye présente les éléments qui, selon lui, étayent l’idée d’un parti au cœur des affaires de l’État, une question déjà évoquée par le Premier ministre Ousmane Sonko lors d’une activité du PASTEF au King Fahd. L’ancien porte-parole du PDS revient sur les faits qui nourrissent sa réflexion.
Ces modèles qui fascinent le nouveau pouvoir
Selon Babacar Gaye, la récente visite au Sénégal du Président de l’Assemblée nationale populaire du Vietnam est une indication éloquente de l’agenda de moins en moins dissimulé du régime en place. « L’hôte du Président El Hadji Malick Ndiaye est certes son homologue, mais il n’est pas son alter ego. Car, pour venir au Sénégal, le Président Trần Thanh Mẫn était accompagné d’une très forte délégation comprenant des ministres et présidents de Conseil populaire », a-t-il expliqué.
Un autre facteur à prendre en compte, selon l’ancien député libéral, sont « les fastes, ainsi que ses rencontres avec le Président de la République Bassirou Diomaye Faye et son Premier Ministre Ousmane Sonko, avec qui il a chapeauté la signature de plusieurs accords de gouvernement. Ce séjour relève d’une visite d’État. Du reste, cette confusion entre l’Exécutif et le Législatif s’explique par la nature du régime politique en vigueur à Hanoï », indique Babacar Gaye.
Après la Chine, le Mali et le Burkina, l’axe diplomatique du Sénégal vers ces modèles de révolution populaire se renforce
Le Vietnam est une République socialiste dont le régime politique est défini par sa Constitution, dont l’Article 4 dispose : « Le Parti communiste du Vietnam est la force qui dirige l’État et la société ». Babacar Gaye fait remarquer que l’Assemblée nationale populaire, dirigée par Trần Thanh Mẫn, a été reçue « avec fastes au Sénégal ». Le Parti Communiste Vietnamien (PCV) élit le Président de l’État et, sur proposition de celui-ci, le Premier Ministre et les membres du gouvernement issus du Comité central du Parti.
Au Vietnam, le pouvoir est organisé autour d’un système politique à parti unique, le PCV, qui détient le rôle prépondérant dans la direction du pays. L’État est structuré autour de l’Assemblée nationale, des Conseils populaires et du gouvernement. Le pays est ainsi dirigé par un quatuor : le Secrétaire général du Parti, le Président de la République, le Premier ministre, le Président de l’Assemblée nationale et le ministre de l’Intérieur, tous membres du Bureau politique du PCV. Cette instance est l’unique parti politique et son Secrétaire général est considéré comme le dirigeant le plus important du pays. Outre l’Assemblée Nationale qui contrôle le pouvoir exécutif, les Conseils Populaires sont responsables de la gestion locale.
Le PASTEF s’oriente vers un État autoritaire
Après la République populaire de Chine, les tenants du pouvoir actuel, fascinés probablement par les figures de la révolution socialiste anti-impérialiste comme Ahmed Sékou Touré, Sankara, Lumumba, Mao, Ho Chi Minh, etc., « inaugurent l’ère d’une diplomatie orientée vers des pays à régime totalitaire où les libertés sont restreintes et la Démocratie pluraliste quasi inexistante », a constaté l’ancien du PDS. Il se rappelle des dernières déclarations du président du PASTEF qui font, selon lui, « référence à un Parti-État, relayées depuis quelques jours par les principaux responsables de son parti et qui font craindre des velléités d’un glissement dangereux vers un régime où les intérêts particuliers d’un parti priment sur l’intérêt général ».
« Il y a un régime de Parti-État lorsqu’un parti politique se confond à l’État. C’est une notion politique souvent associée à des régimes autoritaires, mais aussi à des systèmes démocratiques mal consolidés. Le Parti-État est caractérisé par le monopole du pouvoir, la confusion entre parti et institutions, l’instrumentalisation de la justice, de l’administration, de la gendarmerie ou de la police qui sont utilisées pour servir les intérêts du parti au pouvoir. En outre, il est exigé une loyauté envers le parti plutôt qu’envers l’État ou la Nation, aux cadres de l’administration et du secteur parapublic qui sont nommés non pour leur compétence, mais pour leur fidélité au parti. Mamadou Dia, dont le PASTEF se réclame de la pensée, n’était-il pas un tenant de la primauté du parti sur l’État ? », s’interroge l’ancien du PDS, qui estime qu’il y a de quoi s’inquiéter.