Le premier ouvrage, préfacé par le professeur Alioune Badara Diop, s’appuie sur une trentaine d’entretiens avec des penseurs et universitaires sénégalais. Yoro Dia y retrace le rôle crucial de la société intellectuelle et médiatique dans l’édification d’un cadre démocratique qui a mené à la première alternance politique pacifique en 2000. Il met en lumière l’implication critique des élites dans la sensibilisation des citoyens et la structuration du débat public.
C’est cependant dans le second ouvrage, préfacé par El Hadji Hamidou Kassé, que Yoro Dia propose une grille de lecture novatrice : celle de la « démocratie de Sisyphe ». Faisant directement référence au mythe grec de Sisyphe, condamné à pousser éternellement un rocher au sommet d’une montagne sans jamais y parvenir, l’auteur estime que le Sénégal est pris au piège d’une boucle de répétition politique. Les mêmes débats sur les règles électorales, les mêmes dialogues de sourds et les mêmes crises cycliques entravent tout progrès économique durable.
« Depuis 1983, le débat politique n’a pas évolué », déplore Yoro Dia. Il souligne que la classe politique, bien que dotée de compétences, gaspille son potentiel intellectuel dans des querelles institutionnelles. La conséquence de cette stagnation est que le pays, pourtant stable et doté d’un appareil administratif solide, n’a jamais réussi à capitaliser sur cette stabilité pour en tirer des bénéfices économiques concrets.
Yoro Dia lance un appel pressant à sortir de cette démocratie « piétinante » pour amorcer une nouvelle phase axée sur l’économie. Il préconise de passer d’un État légal, obsédé par la conquête et la conservation du pouvoir, à un véritable État de droit centré sur l’intérêt général et le développement. En somme, il est temps de transformer l’exception démocratique sénégalaise en une exception économique.