Senejournal - Toute l'actualité du Sénégal

Abdou Diouf ressoude la fracture chez les Houphouëtistes, ouvre la route du bercail à Laurent Gbagbo et adoucit le climat d’avant le scrutin de 2020 (Babacar Justin Ndiaye)

D’après les sources parisiennes et les canaux abidjanais de Dakaractu, l’ancien Président Abdou Diouf (Parrain du Prix Houphouët Boigny pour la Paix) a reçu, hier, 15 mai 2019, dans le chic salon de sa résidence (photo) une délégation du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) conduite par Kouadio Konan Bertin alias KKB.


L’ancien député de Port-Bouët a remis un message-document dont la teneur porte sur la quête de l’implication bienveillante et apaisante de l’ancien chef d’Etat du Sénégal, dans la crise latente et larvée qui mine voire disloque progressivement le Rassemblent des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), l’entité politique fédérant les fils politiques et spirituels de feu Félix Houphouët Boigny, répartis dans les deux partis que sont le PDCI d’Henri Konan Bédié et le RDR d’Alassane Ouattara. Le choix du Président Diouf est d’autant plus judicieux et efficient que le successeur du Président Senghor fait partie des rares chefs d’Etat des années 80 et 90 que le Père de la Côte d’Ivoire indépendante et moderne couvrait d’affection profonde. Aujourd’hui, Abdou Diouf est le Parrain, Tandis que Henri Konan Bédié fait office de Protecteur du Prix Houphouët Boigny. Durant le tête-à-tête, Abdou Diouf a raconté à ses visiteurs venus des bords de la Lagune, que Houphouët Boigny avait décliné son tour à la présidence en exercice de l’OUA, pour filer ça au Sénégal. Ce qui porta Abdou Diouf, le Président du Sénégal, à la tête de l’ancêtre de l’UA.


Dans cette mission à deux volets, le Président Abdou Diouf sera accompagné par un ancien collègue très respecté de la sous-région : le Ghanéen Jerry Rawlings. Justement, le second boulot assigné au duo Diouf-Rawlings consiste à ramener Laurent Gbagbo, à Abidjan. Dans la dignité. Ce qui veut dire que l’ancien Secrétaire Général de la Francophonie obtiendra du Président ivoirien Alassane Ouattara, le classement, sans suite, de la plainte déposée par les victimes de la crise de 2011. Mission non impossible quand on sait que le Président ivoirien était, dans les années 80 et 90, vice-gouverneur puis gouverneur de la BCEAO. A ce titre, Ouattara était un « administré » et un interlocuteur d’Abdou Diouf, alors Président de la république du Sénégal. En revanche, le voyage prévu par Abdou Diouf sur Bruxelles (lieu de résidence de Laurent Gbagbo) sera – d’après nos sources bien informées – plus délicat. D’abord, Gbagbo et Diouf n’ont pas d’atomes crochus. Il s’y ajoute que l’intervention de la Francophonie dans la crise ivoirienne, en 2010-2011 ne fut pas couronnée de succès. Pire, les commentaires (peu tendres) formulés, à l’époque, par Laurent Gbagbo, ont été répercutés dans les oreilles de Diouf. Toutefois, un optimisme mesuré est autorisé. Assez mesuré, car l’acquittement de Gbagbo est toujours pollué par un appel du Bureau du Procureur. Question : si, par extraordinaire, Diouf ramène Gbagbo en Côte d’Ivoire, qui garantira son retour à La Haye ? Une nouvelle-extradition de Gbagbo ne mettra-t-il pas le feu aux poudres ? Déjà l’opinion nationale ivoirienne avait fait barrage à l’extradition de Mme Simone Gbagbo, réduisant Alassane Ouattara à la capitulation.


Signalons que la démarche de la délégation du PDCI auprès du Président Diouf est connue, tolérée voire encouragée par les deux poids lourds de la scène politique d’Abidjan : Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. D’après une de nos sources parisiennes, dès sa sortie du salon du Président Abdou Diouf, le chef de la délégation politique ivoirienne a câblé le ministre d’Etat Hamed Bakayoko qui était à Libreville en compagnie du Président Ouattara et du Président Ali Bongo, dans le Palais présidentiel gabonais du bord de mer. Quant à la France, on imagine mal qu’elle soit laissée totalement en dehors du coup. Elle est assurément informée. Avec l’ambassadeur-barbouze de France à Abidjan, Gilles Huberson que les Maliens ont surnommé « l’ami des Touaregs » et son prédécesseur Jean-Marc Simon, ami de Guillaume Soro et actuel conseilleur officieux de Ouattara, Paris est bien outillée pour tout savoir. Précisons que Pedro Diouf, actuellement en séjour à Paris, a joué un rôle pratique dans la facilitation de l’audience entre son illustre père et les Ivoiriens. Macky Sall est-il associé ? En tout cas, peu après l’audience, Pedro a reçu un coup de fil du ministre d’Etat Mahmoud Saleh.


Au demeurant, le contexte de tension croissante appelle un urgent travail de sapeur-pompier politique. L’électricité est tellement palpable et diffuse dans l’air que la note d’alerte numéro 2454 émanant du cabinet du DG de la Police, le Commissaire divisionnaire Youssouf Kouyaté, a été confidentiellement glissée dans le circuit. L’objet de la note signée, le 10 mai dernier, porte sur une imminente attaque armée le long des frontières-nord de la Côte qui borde deux pays (le Mali et le Burkina) labourés par la violence déferlante des djihadistes . Au plan domestique, la détérioration continue des relations entre Soro et Ouattara a atteint son pic. Visiblement l’ancien Président de l’Assemblée nationale ne peut plus quitter le territoire national. Certaines sources diplomatiques murmurent à Abidjan, que Ouattara éliminera Soro ou vice versa. Si on y ajoute le bruit relatif à la découverte d’un coup d’Etat vrai ou faux du Général Wattao, on souhaite vivement le succès de la mission Abdou Diouf.


Babacar Justin Ndiaye


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.