Les politiques de subventions agricoles : un débat de sourds entre Etat et agriculteurs

Les subventions désignées dans le dictionnaire comme étant des soutiens, secours, allocations, dons, assistances, appuis, sont pour notre présent propos affectées au domaine agricole, aux producteurs agricoles (cultivateurs, vécus depuis Diourbel comme étant des maraichers, éleveurs, horticulteurs…). Dans ce baol arachidier, les subventions sont plutôt une ‘’facilitation, accessibilisation’’ des intrants agricoles (engrais, semences, matériels) aux producteurs, selon quels critères, les plus démunis ou les plus représentatifs de la contrée?

Aux dernières nouvelles, le régime actuel alloue des bourses dites de sécurité familiale aux producteurs locaux selon des indices de vulnérabilité.  Des politiques d’accélération de la cadence agricole sont annoncées, lesquelles maintes organisations de producteurs déclarent absentes ou en tout cas non ressenties de leur champ régional de compétence. De ces politiques annoncées de dynamisation, renouveau agricole, en effet, le baol baol ne perçoit que les pastèques et piments dit GOANA, en un temps déversé sur le marché local. Des structures de financement et d’accompagnement étatiques pullulent comme la BNDE, la DER, FONGIP …mais sont peu considérées des producteurs diourbellois dénonçant des conditions de prêts contraignantes, comme si on leur disait tient mais ne touche pas.

Des agropoles transformateurs des récoltes en produits finis consommables, commercialisables, exportables sont annoncés d’où sont attendus un encadrement, mais accompagnement et subventions de la part de l’Etat qui ne se limitera plus seulement au circuit semer-produire-vendre ; mais aussi à transformer selon les normes standards et visualiser partout, notamment grâce aux nouvelles technologies de communication et les grandes surfaces.

Au Baol, et dans le milieu rural sénégalais, à population majoritaire, environ 65% du total national ; où la pauvreté est plus présente, plus pressante, un développement rural non plus ruraliste est pisté. Ce développement voulu comme étant inclusif, intégré, ressenti, fait aussi s’engager maintes structures coopérantes au développement rural sénégalais qui équivaudra quasiment au développement global. L’Etat ne sachant ou pouvant tout faire semble, à travers son plan référent qu’est le PSE, l’acte3 de la décentralisation avec une communalisation intégrale, mais des agences telles que le PUDC…œuvrer à résorber les distorsions, combler le gap des déficits élémentaires du rural sénégalais en ce deuxième millénaire, légitimant et invitant ainsi les acteurs de la coopération internationale aux développements à lui venir en renfort : ONG, les agences de développement internationales des pays amis, organismes des nations unies comme la FAO, le PNUD, le FIDA…). Une convergence, un consensus chez tous ces acteurs est l’érection ou la capacitation d’interlocuteurs ruraux à fin de prendre en charge leur destin (les organisations de producteurs OP).

Cependant, depuis 2007, lors de nos investigations dans le Baol rural, au chapitre des subventions agricoles, nous est servie en chœur une chanson par la plupart des producteurs individuellement (trouvés dans leurs concessions) ou collectivement au sein de leurs coopératives agricoles (les organisations de producteurs) siégeant dans le département de Diourbel, ces subventions sont de la poudre à l’œil. En effet, pour ceux-ci ces subventions ne sont ni suffisantes, ni satisfaisantes, dénonciations de fond et de forme. Nos interlocuteurs les plus âgés déclarent que cette déconvenue date de plusieurs décennies : «depuis l’après Senghor nous sommes mal servis, et cela va crescendo au rythme des hivernages en régression». Politique de l’impossible appliquée par l’Etat? Mégalomanie, méprise? Aptitudes et attitudes non conformes de la part des producteurs locaux ? Une confrontation-liaison entre l’Etat et les producteurs, lors de la formulation et de la diffusion de ces subventions ne serait que moindre mesure.

Du coté des producteurs, selon quelques responsables de la FEGPAB, les subventions agricoles vont vers d’autres que les producteurs. Ils en veulent pour preuve le fait que les machines et autres intrants agricoles viennent quand les producteurs sont en période de soudure d’où une bonne affaire pour privés. Cette affairisme dans les subventions n’épargne non plus l’élevage où quand le ‘’ripasse’’ subventionné arrive des nantis achètent pour revendre sous couvert de leur identité propre, et de celles des membres de leur famille comme oncle, neveu…Un des responsables prend comme illustration, les subventions arachidières où avec 12 sacs pour son village d’environ 200 personnes donc environ10 kilos par tête. Et ces pratiques persistent malgré que ce soient relevées lors des CRD. Ces responsables souhaitent vivement un retour radieux des coopératives, qu’elles soient rétablies dans leur rôle quand à la distribution des intrants agricoles. Le clientélisme politique dans la zone est aussi indexé par des responsables d’OP. Ceux ci déclarent qu’avec le système de dignitaires, grands électeurs, surtout en période électorale, est appliqué ‘’un poids deux mesures’’ favoritisme flagrant en faveur de gros bonnets.

Cet  autre responsable et doyen du mouvement paysan de l’URCAD, entonne la rengaine de son prédécesseur,  la session des intrants agricoles : engrais, semences, matériels par le biais d’opérateurs privés se fait avec une trop grande marge d’où gain de privés sur le dos de l’état et des producteurs ainsi les subventions ratent leurs cibles. Il prône une rectification en ce qui concerne la commercialisation et les subventions agricoles comme le disait l‘ex PM Souleymane Ndéné Ndiaye, revenir aux coopératives. Lesquelles coopératives déclare t’il ne sont pas supprimées mais seulement non impliquées, non dynamiques, car la loi du 83 07 du 28 janvier 1983 régissant le statut des coopératives au Sénégal est inconnue par la plupart des autorités déconcentrées.

 Selon les autorités déconcentrées du secteur à Diourbel, les subventions sont réparties par une commission mixte régionale avec à sa tète le gouverneur et entre autres responsables celui du DRDR (direction régionale de développement rural). Ce dispositif dit on est reconduit aux autres niveaux du découpage administratif avec leurs autorités déconcentrées et techniques respectives. Notre interlocuteur souligne que les subventions se font avec des prix mis à la disposition du public producteur servi selon les  demandes et le peuplement. Il réfute l’usage d’intermédiaires, même s’il est fort possible que des producteurs achètent en leurs noms propres et revendent en quête de bénéfices. Au registre des intrants subventionnés le DRDR de Diourbel affiche une subvention de 60% en matériels (tracteurs, moissonneuses, remorques…), en engrais de 50 à 55% (Urée à 8000FCFA), Sorgho, niébé, maïs (taux de subvention d’environ 60 à 70%) ; l’arachide selon les catégories subventionnées entre 40 à 60% d’où un prix aux producteurs de 185FCFA à 200 FCfa.

 Dans tout cela une mauvaise ou frileuse foi semble constante et motive ces incitations à la correction, rectification de sources avisées du secteur : retour de la centralité des coopératives paysannes dans la distribution, disons ceux-ci épaulées par les autorités villageoises sous contrôle administratif ; un paramétrage zonal mais démographique où selon les besoins et les promesses du lieu effectuer une prise en compte technique de la surface à emblaver, définir le nécessaire en semences, matériels et animaux de trait idoines  pour booster la production, sachant que le matériel peut tourner vers d’autres exploitations ; faire une évaluation sur la base des quantités allouées, de sa production, mais lors de sa commercialisation pour se prononcer sur la rentabilité zonale menant à une comparaison édifiante; chez la majorité des paysans contracter avec des organes de financement sur la base de conditions contraignantes, de risques de poursuites, n’est qu’un mirage, d’où ses institutions devraient viser une incubation ; des incitations zonales selon les demandes locales et extérieures sont à viser pour produire sans risque de mévente mais aussi une assistance dans la commercialisation, la transformation par incubation ou assurance perte à l’innovation; les intrants subventionnés disent beaucoup viennent en période de disette d’où le retour des banques de semences zonales notamment par prélèvement ou optimisation des bourses familiales ; fondé le jeudi 10 décembre 2009, sous Wade, le bureau syndical départemental quasi aphone gagnerait à ausculter le terroir et les travaux d’experts en la matière pour se situer et situer les paysans.

 Avec un milieu physique que d’aucun déclare finissant en comparaison avec le nord du pays dit commençant (Californie du Sénégal), considérant  le constat de Sarkozy sur l’éternel recommencement de l’agriculteur africain, et  l’insuccès de l’agriculture familiale à amorcer l’autonomie, se pose entre autres l’équation de la régénération du milieu physique, notamment, des sols ou d’une certaine délocalisation, comparaison des couts ? Force est de constater que la combinaison conjonctures et appuis agricoles de l’Etat, actuellement, n’augure pas de lendemains meilleurs surtout pour les jeunes ruraux, cheville ouvrière de l’agriculture au Baol, d’où des métiers et milieux en appoint, au détriment de l’a sécurité, souveraineté alimentaire des masses?
P B Moussa Kane, doctorant développement-aménagement rural, UGB
 
 
 
 


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