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Au Fespaco, la réalisatrice Apolline Traoré rêve de l’Etalon d’Or

Quand Apolline Traoré a une idée en tête, gare à ceux qui se mettent sur son chemin. « Attention si vous entrez dans mon périmètre ! », prévient tout sourire, la réalisatrice burkinabée de 42 ans.

Après une adolescence à parcourir l’Afrique et l’Europe avec son père diplomate, elle arrive aux Etats-Unis pour intégrer l’Emerson College de Boston, une université réputée dans le domaine des arts qu’elle complète avec la New York Film Academy.

Ses diplômes en poche, la cinéaste en herbe file à Los Angeles, où elle découvre les studios d’Hollywood et déchante très vite. « J’ai détesté, je n’arrivais pas à trouver ma place. Mon accent gênait, mes histoires africaines ne les intéressaient pas. Pour réussir, il fallait que je mette de côté mon identité et que je devienne comme eux », raconte celle qui, pour compléter ses fins de mois, travaillait dans des hôtels ou promenait les chiens de stars. Mais impossible pour la fière Africaine de gommer sa terre natale, le Burkina Faso, qu’elle avait pourtant quittée à l’âge de 7 ans. C’est d’ailleurs là que sa chance a finalement tourné.

Un jour de 2001, sa mère insiste en effet pour qu’elle participe au Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. La jeune femme, qui n’a jamais entendu parler de ce rendez-vous, envoie quand même son film de fin d’études, Le Prix de l’ignorance. Surprise, son court-métrage est récompensé du Prix du jury et cela lui donne l’occasion de rencontrer le cinéaste burkinabé Idrissa Ouedraogo – décédé le 18 février 2018.

Un moment d’exception, se souvient Apolline Traoré, encore émue à ce souvenir : « J’avais face à moi un baobab du cinéma africain, je n’y connaissais rien, je n’avais pas grandi dans cette culture-là, j’avalais ses paroles, un autre monde s’ouvrait à moi. » L’auteur de Tilaï, Grand Prix du jury au festival de Cannes en 1990, lui conseille de rentrer travailler « au pays ». « Tu feras des merveilles en Afrique », lui promet-il. « J’avais cette frustration en moi aux Etats-Unis, soudain tout s’éclairait, j’ai pris conscience de l’importance de notre culture et de notre devoir de la partager », explique-t-elle.

« L’Américaine »

La jeune réalisatrice décide donc de produire au Burkina Faso sa première série télévisée Monia et Rama, sous l’aile d’Idrissa Ouedraogo. Elle a à peine 24 ans et, partagée entre ses racines africaines et sa culture américaine, elle parvient à s’imposer sur les plateaux de tournage. « Je devais diriger des hommes qui avaient l’âge de mon père, c’était difficile, on ne me prenait pas au sérieux, on m’appelait l’Américaine », se souvient celle à qui un jour, l’on a même demandé cette phrase qui résonne encore en elle : « Où comptez-vous aller en tant que femme dans le cinéma ? »

Mais il en faut plus pour la décourager celle qui s’est « forgé une carapace pour encaisser les coups » et reconnaît ne s’être « jamais mis de barrières ». « Je me suis toujours dit que si je n’y arrivais pas, ce n’était pas parce que j’étais une femme mais parce que je n’étais pas assez bonne », explique-t-elle. Alors, plutôt que voir son sexe comme « un fardeau », elle travaille d’arrache-pied.

D’ailleurs, à la veille du lancement du cinquantenaire du Fespaco qui durera huit jours, la sélection officielle en dit long. Sur les vingt longs-métrages de fiction en compétition, seuls quatre sont des réalisations de femmes. Apolline Traoré elle, s’affiche comme la seule réalisatrice burkinabée en lice.

Alors qu’aucune femme n’a jamais gagné le « Yennenga », l’Etalon d’Or du Fespaco, grand rendez-vous africain du 7e art qui débute samedi 23 février à Ouagadougou, Apolline Traoré y présente Desrances, un film sur la quête d’un père et d’une fille en pleine crise ivoirienne, qui concourt dans la catégorie « meilleur long-métrage de fiction ». Verdict dans huit jours.

Le Monde Afrique


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