Osons l’industrialisation : monsieur le président de la république (Par El Hadji Mamadou Demba Diatta)

Les plans d’émergence ne sont pas accompagnés d’une transformation structurelle complète.
L’explosion démographique, l’urbanisation croissante, couplées aux revendications grandissantes des populations pour une croissance plus équitable, accentue le besoin de transformer les économies des pays du continent.

En effet jusqu’en 2050, l’Afrique va continuer de voir sa pyramide des âges croître, avec un nombre d’actifs sur le marché du travail qui va augmenter, une population mieux scolarisée et très exigeante en particulier parmi les jeunes. Plus de la moitié des 1.2 milliard d’habitants du continent sont âgés de moins de 19 ans et près d’une personne sur cinq a entre 15 et 24 ans. Chaque année, 12 millions de nouveaux travailleurs intègrent la population active. Face à cette pression, les gouvernements sont tenus de diversifier les économies en privilégiant les secteurs créateurs d’emplois et susceptibles d’accompagner le développement humain. L’industrialisation, envisagée dans sa dimension manufacturière, est l’une des voies pour y parvenir comme l’ont préconisé plusieurs experts et organismes.

Comme s’ils se sont passé le mot, les gouvernements des Etats Africains ont clairement affirmé leurs engagements de faire de la transformation structurelle un axe majeur de leurs politiques économiques. On en veut pour preuve la série de déclarations et de décisions recensées lors des réunions et sommets importants organisés, comme le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA), adopté par les chefs d’État et de gouvernements africains lors du 10e Sommet de l’Union africaine tenu à Addis-Abeba en 2008. Au niveau mondial, l’attention est orientée sur les défis du développement industriel de l’Afrique, comme en témoigne l’adoption de résolutions pertinentes à l’instar de celle commémorant chaque année la « Journée de l’industrialisation de l’Afrique » (AID) ainsi que des programmes et activités de l’ONUDI, de la FAO, de l’OIT et d’autres institutions spécialisées du système des Nations Unies.
La preuve de cet engagement est donnée à l’échelle régionale et sous-régionale, à travers des programmes présentés par exemple la SADC, la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la CEDEAO, -conçus pour promouvoir l’intégration économique par l’industrialisation.  

C’est dire qu’il y a un battage médiatique et une communication à outrance pour vanter les mérites des programmes ayant comme objectifs en commun d’atteindre l’émergence économique des pays du continent. Il n’y a plus aucune institution africaine qui ne mette l’industrialisation au centre de sa vision du développement. C’est le cas de la BAD (Le nouveau président de la Banque africaine de développement), qui a érigé l’industrialisation au nombre de ses priorités, le NEPAD ou encore l’UA avec son Agenda 2063. Et au niveau national, 37 États ont une politique industrielle ou sont en train d’en élaborer une. C’est cette motivation qui a poussé l’Assemblée générale des Nations unies à proclamer la période 2016-2025 comme la troisième Décennie du développement industriel pour l’Afrique (IDDA III).

Aujourd’hui, il n’y a plus de querelle sur le rôle majeur de l’industrialisation dans la transformation structurelle de l’Afrique.  Après avoir abandonné toute planification à la suite des plans d’ajustement structurel des années 1980-1990, déléguant le pilotage économique aux institutions de Bretton Woods, les puissances publiques ont repris en main dans les années 2000 leurs stratégies économiques. Les dirigeants africains comprennent qu’ils peuvent évoluer très vite s’ils mettent en place de bonnes politiques de développement pour favoriser le développement industriel en appui à la politique de transformation économique viable en tant que moteur de croissance économique et de réduction de la pauvreté.

(Mais) Presque deux décennies après, structurellement, la plupart des économies des pays africains n’ont pas véritablement changé. En particulier, la transformation économique incomplète peut être attribuée à l’insuffisance des dotations en ressources et des politiques inefficaces. En réalité, pour réaliser la transformation structurelle de leurs économies, la quasi-totalité des Etats africains misent beaucoup sur le secteur privé et les IDE ; alors que cette stratégie a montré ces limites. Il convient de changer de paradigme et d’approche de politique industrielle afin de favoriser l’émergence économique et la transition de continent à faible revenu qu’elle est, vers le statut d’économie à revenu intermédiaire.  
 
Avec le PSE, l’espoir renaît enfin : protection sociale, développement humain et solidaire, dynamique de croissance, etc.
Pour la réalisation des projets de la phase 2 du PSE, le gouvernement du Sénégal a levé avec succès récemment auprès de ses partenaires techniques et techniques lors du groupe consultatif de Paris une enveloppe de 7 356 milliards de FCFA pour un besoin de financement de 2 856 milliards de FCFA. Au total, sur un besoin global de 5 milliards de dollars, le Sénégal s’est retrouvé avec 14 milliards de dollars.

Les partenaires techniques et financiers impressionnés par le niveau d’exécution du PSE, notamment dans sa phase 1, par votre vision, par votre sature d’homme d’Etat aux qualités remarquables et par votre leadership, ont, à l’unanimité décidé de vous accompagner dès lors que les succès et les résultats sont déjà au rendez-vous tant sur le plan économique que sur le plan du développement social- en ouvrant la vanne des pluies de milliards.

Ce succès retentissant, ces témoignages élogieux au-delà d’un plébiscite dénote une grande confiance de la communauté internationale au PSE et de la validation de votre vision économique au regard des performances économiques du Sénégal, notamment la consolidation de la croissance, la baisse du déficit, la maîtrise de l’inflation,  la diversification de l’économie   et la maîtrise de l’endettement (risque de «  surendettement faible)» mais aussi,  votre ambition de réaliser une croissance de qualité, qui génère de l’emploi et des revenus, et favorise un développement solidaire et inclusif.

En effet, après cinq années de mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE), les équilibres macroéconomiques ont été restaurés grâce à la qualité des politiques publiques et à la bonne tenue des finances publiques. Des réformes majeures ont permis à notre pays de figurer au classement des meilleurs pays réformateurs au monde pour un environnement des affaires plus compétitifs et attractifs tout en menant des investissements publics massifs dans tous les domaines, notamment dans les infrastructures routières et autoroutières permettant d’avoir l’un des plus denses réseaux routiers du continent, de consolider les investissements structurants dans l’Agriculture, l’eau et l’énergie. A ce rythme, si les investissements sont consolidés, les ODD seront atteints bien avant même 2025, quant à l’autosuffisance alimentaire, les objectifs sont déjà atteints. 

Le taux de croissance du PIB a été multiplié par 4, passant d’une croissance faible et erratique de 1.7% en 2012 à une moyenne annuelle de 6.8 depuis le lancement du PSE : 6,7% en 2016 contre 6,5% en 2015. En 2017, Il était estimé à 6,8 et projeté à 7,2% en 2018, une première dans l’histoire économique du Sénégal, qui n’a jamais affiché un taux de plus de 6% sur quatre années consécutives. 

Ces performances valent à notre pays de figurer aujourd’hui parmi les cinq pays ayant les croissances économiques les plus fortes sur le continent. L’inflation est contenue sous la barre des 2%, avec une réduction significative et continue du déficit budgétaire à 3,7% du PIB en 2017 contre 6,7% en 2011, grâce à des efforts soutenus de rationalisation des dépenses et de mobilisation des ressources internes. 

L’endettement reste maîtrisé, grâce à une politique prudente privilégiant les emprunts concessionnels et les prêts sur le marché financier ayant de plus longues maturités. 
Le service de la dette publique extérieure s’est établi en 2017, respectivement à 10,9% des recettes budgétaires et 9,1% des exportations de biens et services, contre des plafonds de 22% et 25% retenus dans le cadre de l’analyse de viabilité de la dette publique. 

Avec le PSE, le Sénégal s’inscrit définitivement et inexorablement vers des lendemains meilleurs et se situe sur une trajectoire ascendante et enregistre des performances inédites dans tous les secteurs de la vie économique avec des bonds réalisés dans les secteurs vitaux tels que l’agriculture, la pêche, l’élevage. Votre politique d’inclusion sociale et de cohésion sociale est en train de faire des émules grâce à votre volonté de changer la donne en misant sur le capital humain et le développement humain. Les résultats sont tangibles au grand bonheur du peuple sénégalais. Toutes les couches de la population et toutes catégories confondues sont servies et les constats sont toutes unanimes : il y a un recul drastique de la pauvreté dans notre pays, qui se traduit par la revalorisation des pensions de retraite, l’augmentation du SMIG, l’augmentation des bourses et allocution pour les étudiants, l’augmentation des indemnités et de l’indice salarial pour les enseignants, la baisse du tarif de l’électricité (une grande première sur le continent), la maitrise parfaite de l’inflation avec une tendance baissière des denrées alimentaire.  Le « Yonnu Yokkuté » est bien une réalité chez les sénégalais. En effet, le pouvoir d’achat des ménagers se bonifie avec la baisse de l’impôt sur les salaires, la baisse du coût du loyer malgré quelques couacs. Je ne parlerai pas des subventions accordées aux éleveurs, aux pêcheurs, aux nombreux mécanismes de financement créés pour appuyer les MPME, les GIE, les projets des jeunes et de femmes afin de favoriser l’inclusion financière (BNDE, FONSIS, FONGIP, ANPEJ, ANIDA, PRODAC, et récemment la DER), etc.

Parler de vos réalisations devient sans doute un exercice facile, tant il est vrai que vos réalisations sont si remarquables ainsi que votre bilan largement positif si bien que en tant que Sénégalais nous devons être fiers de nous et de nos dirigeants pour le chemin parcouru car « Ensemble nous avons travaillé. Ensemble nous avons progressé ». Oui nous devons êtes fiers d’appartenir à ce pays- hier pionnier africain en matière de démocratie et d’état de droit, aujourd’hui résolument tourné vers l’émergence économique.

Grâce au PSE, l’espoir est en train de renaître, la qualité de vie est bien de loin meilleur, les inégalités sociales et la pauvreté se rétrécissent. Nous constatons et nous vivons la baisse des prix partout. Alors que le prix du baril a augmenté depuis plus d’un an et que dans plusieurs pays l’application de la vérité des prix est de mise, au Sénégal, grâce aux multiples efforts de votre gouvernement et sous la conduite éclairée du Premier Ministre, l’Etat a fait face, en injectant des milliards de francs afin d’endiguer l’inflation et de ne pas éroder le pouvoir d’achat de nos braves populations.  Le Sénégal est en marche ! Avec une société plus équilibrée-fondée sur la justice sociale c’est-à-dire « Un Sénégal de tous et un Sénégal pour tous » cher à vous. Aujourd’hui les travailleurs du secteur informel comme formel, les paysans, pêcheurs, éleveurs, artisans, les jeunes et les femmes, les personnes du troisième âge tous sont impactés d’une manière ou d’une autre par les politiques publiques qui jusqu’ici orientées beaucoup plus vers d’autres catégories, en l’occurrence les fonctionnaires et les élites politiques, etc.
De même le désenclavement et les disparités spatiales entre les villes et les campagnes d’une part et les zones frontalières d’autres part sont en train d’être corrigées grâce aux programmes de correction des disparités territoriales. Votre politique de protection sociale avec la CMU et la Bourse de Sécurité familiale, était un pari osé, (car les bailleurs de fonds considèrent ces dépenses comme étant improductives) -poursuit son chemin avec maintenant leur adhésion.

La CMU a permis d’enrôler près de 3 millions de personnes jadis exclus du système de santé. L’instauration d’une carte d’égalité des chances en faveur des personnes vivant avec un handicap a permis de toucher près de 45.503 personnes leur permettant de bénéficier d’une prise en charge gratuite dans les structures de santé publiques et dans les centres de réadaptation fonctionnelles. Quant aux BSF, le programme va sortir près de 400 000 ménages du cycle de la pauvreté.
D’autres succès nous attendent si les sénégalais vous réélisent dès le premier tour au soir du 24 février 2019. 
 
Du chemin à parcourir pour aller à l’assaut de « l’industrialisation »
Monsieur le Président de la République,
Le Sénégal à l’image de tous les pays africains fait face à un énorme défi celui du chômage et du sous-emploi des jeunes. Chaque année, 202 000 nouveaux demandeurs d’emploi entrent dans le marché de l’emploi et nombre d’entre eux ne peuvent trouver un emploi et ce en dépit des performances macroéconomiques enregistrées, et l’application de divers  politiques et programmes en faveur des jeunes  : FNPJ, OFEJBAN plan REVA, ANEJ PRODAC, ANIDA, et bien d’autres initiatives gouvernementales prises récemment dont la convention nationale État-employeurs privés pour la promotion de l’emploi des jeunes, la DER  avec un montant annuel conséquent  de 30 milliards de FCFA pour favoriser l’auto emploi des jeunes et des jeunes à travers  l’entrepreneuriat ; ainsi que des mécanismes de financement innovant constitué par le Fonds de garantie des Investissements prioritaires (FONGIP), la Banque nationale pour le Développement Economique (BNDE) et le Fonds Souverain d’Investissements stratégiques FONSIS . Ces initiatives quoique salutaires ont certes entrain de porter leurs fruits, mais ne suffiront pas pour inverser la tendance persistance de la montée du chômage.

En outre, l’économie sénégalaise est caractérisée pour l’essentiel par un tissu économique composée à 99% de PMI-PME-par la faiblesse de leur capacité de création d’emplois (42% de l’emploi) et la concentration de leurs activités dans des domaines restreints : commerce, les BTP et les Services. 

Quant au secteur informel et agricole, premier pourvoyeur d’emplois reste marqué, toutefois, par un sous-emploi élevé, une grande faiblesse de la productivité et de la rémunération du travail, alors que son potentiel de création d’emploi est largement sous-exploité. – Le marché de l’emploi en Afrique devrait atteindre, selon les projections, 1 milliard de personnes d’ici à 2040. L’Afrique doit donc créer 100 millions d’emplois tous les 10 ans pour relever ce défi ; (-) tandis qu’au Sénégal, il faut réaliser un objectif d’au moins 150 000 à 200 000 emplois par an pour être sur la bonne voie.
 Ainsi, l’accès à l’emploi plus qu’un défi se pose comme une urgence nationale. Cette situation pose de grands risques à la stabilité économique, sociale et politique du continent. Si aucune solution n’y est trouvée, les acquis économiques et politiques des 10 dernières années pourraient sérieusement s’en ressentir.

 Longtemps cantonnés aux politiques et directives des institutions de Bretton Wood, qui se limitent au cadrage macroéconomique, il est temps pour nos Etats de  se lancer dans un processus de développement accéléré- en s’inspirant de plusieurs expériences passées (Allemagne de la fin du XIXe siècle et Japon de l’ère Meiji) et récentes (Corée du Sud, Chine, Malaisie, la Turquie )tout en pratiquant une démarche originale , quitte à prendre le contre-pied des institutions internationales en  prenant un peu d’indépendance… L’objectif est de parvenir rapidement à la transformation structurelle de l’économie favorisée et par le gouvernement et par le secteur privé – fondée sur une économie privée de marché, régulée par un « État développeur ».

En réalité, le pari vers l’industrialisation est à notre portée. A cet effet, il faut saluer les nombreuses infrastructures réalisées lors de la phase 1 du PAP et des politiques de grandes envergures menées dans le secteur de l’éducation. Il sied de faire un aperçu sur l’ampleur des réalisations dans ces deux secteurs clés pour amorcer l’industrialisation. 
 
Infrastructure et développement industriel
La capacité de notre pays à créer un secteur industriel compétitif et à promouvoir des liens industriels plus étroits a été entravée d’une part  par l’insuffisance des infrastructures (énergie, transport, communication, etc. ), ce qui a entraîné des coûts de transaction et production plus élevés et fait échouer les premières politiques d’industrialisation ; d’autre part par l’absence de volonté politique et d’environnement des affaires attractif permettant de mettre en œuvre des politiques industrielles qui vont œuvrer à la transformation de la structure économique avec  une transition d’activités à prédominance agraire et d’extraction à des services industriels plus dynamiques et à valeur ajoutée plus élevée tels que la transformation et la fabrication. C’est le lieu ici de saluer la priorité que vous accordez à ce secteur qui a permis au Sénégal de faire un rattrapage sans comme mesure !

En effet, dans le secteur des infrastructures des réalisations inédites ont pu voir le jour, avec notamment :  la construction de routes, d’autoroutes, qui vont permettre de désenclaver tout le territoire national.  Au total 43 projets d’infrastructures routières ont été réalisés sur un linéaire de 1 762 kms et 221 kms d’autoroutes, contre seulement 32 kms en 2011. D’ici 2024 le patrimoine autoroutier va passer à 250 kms, avec un objectif de 50 kms par an. La réalisation des pistes de production dans toutes les zones rurales du pays grâce au PUDC. Aujourd’hui ce programme est un modèle de développement inclusif et solidaire, qui inspire plusieurs pays du continent, – va faciliter la création des zones agro-industrielles et des zones de transformation des cultures vivrières dans les régions rurales. Elles créeront de nouveaux marchés pour les agriculteurs, multiplieront les opportunités économiques en milieu rural, stimuleront l’emploi et y attireront des investissements nationaux et étrangers. Outre les coûts opérationnels, cela réduira aussi fortement le niveau élevé de pertes après récolte enregistrées dans ces zones. Au fur et à mesure que les revenus agricoles augmenteront, les zones rurales, aujourd’hui délaissées se mueront en lieux de prospérité économique. La réalisation du pont de Faréfégné, une vieille doléance des Casamançais-subissant depuis des lustres d’interminables problèmes jusque qu’ici insolubles dus à la traversée du fleuve Gambie-long de 200 m, via le ferry communément appelé « bac de Balenghor ». Sur un trajet de 16 km de route entre le poste frontalier de Sénoba et celui de Keur Ayib l’on perd tout une journée, voire plus et quelques fois des semaines pour les camions de transport de marchandises-dus à des tracasseries sans fin… Cet ouvrage de franchissement majeur va ainsi faciliter la circulation des personnes et des biens, contribuer sans doute au décollage économique de la région naturelle et renforcer le processus de paix presque acquis. Le lancement du programme de construction d’autoroutes qui va connecter toutes les capitales régionales, -la première phase vient d’être inaugurée avec la réalisation de l’autoroute Thiès-Touba-, le démarrage des travaux de l’autoroute Mbour-Fatick -Kaolack, puis celle de Dakar-Saint Louis, etc. Le développement des terminaux aéroportuaires, qui se traduit par la construction de l’un des aéroports les plus modernes de la sous-région-l’AIBD, un projet structurant hérité de votre prédécesseur  qui s’est révélé  un gouffre financier en raison d’un montage financier hasardeux…

Ce projet a pu être réalisé grâce à des efforts remarquables de votre gouvernement et votre implication  au premier degré ;  le lancement du programme de Reconstruction  des Aéroports Régionaux du Sénégal (PRAS),- la première phase a démarré avec  les travaux  d’agrandissement  des aéroports de Saint Louis, de Ourossogui, et Matam puis ceux de Ziguinchor, de Tambacounda, et Kédougou ; la modernisation des terminaux portuaires de Ziguinchor et de Kaolack,  le lancement des travaux de construction des ports de Bargny et de Sendou , le lancement de programme d’inclusion sociale visant à corriger les disparités spatiales  tel que :   le PUMA dédié à la modernisation des axes et territoires frontaliers par le désenclavement routier, fluvial, maritime, téléphonique et numérique des zones et populations frontalières, par l’amélioration des conditions de vie des populations desdits zones et par la réalisation d’infrastructures sécuritaires, d’équipements sociaux de base et d’activités génératrices de revenus, le Promovilles,- un programme visant à améliorer le cadre de vie en milieu urbain des villes secondaires -dont certaines n’ont jamais  bénéficié de programme d’infrastructure depuis les indépendances-par la réhabilitation de la voirie, le développement de systèmes d’assainissement des eaux usées et pluviales, et la réalisation d’aménagements paysagers et l’éclairage public ; la réhabilitation et la mise aux normes des chemins de fer avec la réalisation du TER,  combiné au BRT, un projet majeur et unique en son genre en Afrique subsaharienne,   last but not least le  bouclage du financement pour la construction du chemin de fer Dakar-Tambacounda-Kidira, un projet structurant pour l’écosystème mais toujours  reporté faute de leadership (pour convaincre les partenaires jusqu’ici réticents et septiques de s’engager dans un projet aussi pharaonique)-et de volonté politique, et la création de pôles urbains, notamment celui de Diamniadio devenu une ville  neuve avec toutes infrastructures dignes d’une ville futuriste.

Dans le secteur de l’énergie le mix énergétique n’est plus un slogan mais une réalité avec le renforcement du parc de production qui a permis la réalisation sous forme de PPP et sur financement propre de l’Etat du Sénégal : les centrales de Mékhé (30 MW), de Merina Dakhar (pour 30 MW) de Kahone (20 MW),  la centrale à charbon de Sendou pour 125 MW ainsi que la mise en service de la première tranche de 50 MW de la centrale éolienne de Taïba Ndiaye et des centrales solaires de Diass (25 MW), de Sakal (20 MW) et Kahone (20 MW).  Ces investissements sans précédent vont placer le Sénégal dans le cercle restreint des pays africains exportateur d’énergie propre, avec un doublement des capacités installés à l’espace de cinq ans qui est passé de 571 MW en 2011 à 1 100 MW en 2017, ce qui a permis une baisse récente des tarifs de l’électricité de 10 à 15 %-une première dans la sous-région !

D’ailleurs, l’accès à l’énergie pour tous à faible coût pour les ménages et les entreprises va s’intensifier avec la signature du second compact du Millennium Challenge Corporation (MCC) pour le Sénégal pour un montant de 600 millions de dollars destiné à booster la production de l’électricité.

De plus, le potentiel sera consolidé avec la mise en service en 2021 des centrales à charbon de Mboro (300 MW) en 2021, du parc éolien de Taïba Ndiaye (150 MW), du duale fioul de Malicounda de 120 MW à partir de 2020 et le projet Scaling Solar de 100 MW, en instruction. 
 
 Mise à niveau du capital humain
S’il y a un secteur et une couche qui ont bien retenu l’attention de votre gouvernent c’est bien l’éducation et les jeunes, plus particulièrement les étudiants. L’on se souvient tout juste après votre installation à la tête de l’Etat-dans un élan de générosité et d’humanisme, des mesures favorables ont été prises à leur endroit, notamment la décision salutaire d’orienter tous les bacheliers non orientés dans les institutions supérieur de formation privé.  Cette décision historique traduit si besoin est l’importance que vous accordez à ce secteur en dépit de la situation tendue des finances publiques d’alors.

En effet, les enjeux et les défis pour les pays en développement de bâtir les conditions d’un enseignement de qualité est primordial s’ils veulent gagner le pari de l’industrialisation. Dans le contexte de changement structurel qui se sont manifestés au sein de l’économie mondial au cours de ces 25 dernières années, il devient clair que certains des exigences les plus importantes à mettre en place pour l’industrialisation à l’heure actuelle reste la qualité de l’éducation et les connaissances technologiques. Le décollage économique nécessite la disponibilité d’une main d’œuvre instruite et techniquement qualifiée, le déficit dont souffre le continent dans ce domaine continue de jouer un rôle significatif dans l’entrave du processus de développement en Afrique.
En matière d’éducation et de formation, l’accès équitable à des conditions d’apprentissage de meilleure qualité pour tous les élèves du pays a été érigée en sur-priorité-avec d’ambitieux programmes de réhabilitation des infrastructures scolaires.
Dans le sous-secteur de l’enseignement supérieur, il faut saluer les actions de votre gouvernement, à travers des programmes d’agrandissement et de   modernisation de la carte  universitaire, l’équipements de laboratoires modernes, le développement des filières de pointe ainsi que la mise en place d’institution de formation professionnelle-qui se traduit par une offre de formation professionnelle mieux orientée vers les besoins du marché du travail ; toutes ces initiatives concourent à favoriser  l’innovation technologique, la productivité et le  développement d’une offre de produits industriels compétitifs et à haute valeur ajoutée, pour satisfaire la demande nationale, mais également les marchés communautaire et international. 
 
Monsieur le Président de la République, comme vous le savez sans doute-et annoncé tout au début l’un des objectifs de cette contribution est de lancer le débat sur la nécessité d’un ajustement de la politique industrielle que nous jugeons trop défensive, car reposant essentiellement sur les investissements portés par le secteur privé et les IDE qui a montré ces limites, et malheureusement adoptée par l’ensemble des pays africains. 

Compte tenu du défi énorme lié à la résorption des jeunes en chômage, du faible niveau d’industrialisation de notre économique, -il est de 12% du PIB-en deçà de la moyenne africaine qui est de 17% du PIB. Il est temps pour l’Etat du Sénégal d’adopter une stratégie industrielle volontariste, afin de prendre part activement au développement du secteur productif au même titre que le secteur privé sur la base d’un paquet de projets clef en main bancables dont la conception et la réalisation peuvent se faire dans le court terme.

Les mutations de l’environnement international caractérisées par une compétition exacerbée portant sur des opportunités de plus en plus limitées, exigent d’opérer de profondes ruptures qui permettront d’inscrire le Sénégal sur une nouvelle trajectoire de développement durable pour permettre l’éclosion d’entreprises performantes et compétitives et satisfaire la forte aspiration de la population à un mieux-être.
Pour amorcer l’industrialisation et accélérer ce processus, je propose plusieurs initiatives majeures :
 
1-L’Etat-développeur, interventionniste, industrialiste et protectionniste
Le modèle proposé est basé sur l’interventionnisme de l’Etat dans le domaine économique ouvrant la voie à un développement accéléré fondé sur l’industrialisation. 
L’interventionniste de l’Etat grâce à un investissement massif dans le secteur productif combinée à la dynamique des entreprises a permis de maîtriser la question cruciale de l’emploi dans des pays comme la Corée du Sud et la Malaisie.

Ce modèle est à l’origine des vagues successives d’industrialisation rapide en Asie orientale à partir des années 1960-70. Après celle du Japon, l’expérience des quatre dragons (Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, Taïwan) , s’est ensuite étendue à d’autres pays de la région (Indonésie, Malaisie, Thaïlande, plus faiblement aux Philippines) avant de s’élargir à la Chine, au Vietnam et plus récemment à l’Inde. -Ce modèle illustre le rôle déterminant de l’Etat dans sa capacité de réunir et combiner les différents facteurs de production permettant l’industrialisation (Amsden, 1989 ; Haggard, 1990 ; Wade, 1990).

Si le décollage économique et le rattrapage industriel ont été possible c’est parce que les pays d’Asie orientale n’ont suivi l’orthodoxie ni des théories du laissez-faire sur le plan intérieur, ni celles, sur le plan international, du respect du libre commerce et de la concurrence ouverte par le simple jeu des avantages comparatifs entre nations.
En engageant notre pays dans un processus de développement accéléré, en s’inspirant des expériences historiques et récentes des pays tel que l’Allemagne, le Japon, les nouveaux tigres et les quatre dragons tout en pratiquant une démarche singulière et pragmatique, fondée au départ sur un Etat qui s’érige en concepteur, promoteur et régulateur de développement. Autrement dit, il sera interventionniste, industrialiste et protectionniste dans le cadre d’une politique industrielle, commerciale et technologique combinée : développement de l’agro-industrie, industrialisation légère, industrialisation lourde, ou politique d’import-substitution et politique d’exportations non traditionnelles- Le Sénégal sera propulsé dans le cercle restreint des nouveaux pays industriels d’ici 2030. C’est ma forte conviction !

Contrairement à certaines idées reçus qui attribuent souvent le succès des économies occidentales au laisser-faire et au libéralisme, l’histoire montre que les pays de l’OCDE ont élaboré des politiques industrielles, technologiques et de protectionnisme qui sont à l’origine de la fameuse révolution industrielle et qui a entrainé le développement de ces pays.

L’expérience des pays de l’Asie du Sud -Est montrent le rôle vital qu’un Etat développementaliste peut jouer pour transformer un pays en développement en un pays prospère en l’espèce de quelques décennies. Certes nous ne n’occultons pas le fait que cette approche ne fait pas l’unanimité-d ‘aucuns pensent que l’Etat peut conserver pour toujours son positionnement monopoliste sur des pans de l’économie et jouer un rôle de repoussoir, etc. Sans revenir sur un sempiternel débat idéologique du « tout Etat » pour les Keynésien ou « du laisser-faire » pour les libéraux., ou encore revenir sur les causes des premières tentatives de l’Etat dans l’industrialisation qui se sont soldées tous par un échec largement évoqué dans des ouvrages. 

Notre pays a certes perdu plusieurs occasions pour passer du stade d’une économie en développement au niveau d’une économie émergente par des hésitations des différents gouvernements qui se sont succédé-échaudés par les revers subis…  Dans le développement d’un pays, il est impératif de tirer les enseignements des différentes expériences afin de ne pas refaire les mêmes erreurs. Ne dit-on pas souvent que le sous-développement est un éternel retour au point zéro (1) . Au regard du chemin parcouru depuis votre installation à la tête du pays, de votre bilan élogieux avec des réalisations inédites dans tous les domaines et des défis redoutables auxquels nous avons pu ensemble surmonter, vous êtes de loin le candidat le plus indiqué pour basculer notre pays vers le chemin menant vers l’industrialisation comme la Chine, l’Inde, la République de Corée et Singapour l’ont fait.

2-Création d’un holding de participation de classe mondiale avec ou sans le secteur privé national, avec une stratégie fondée  au besoin sur une double stratégie d’intégration : une intégration horizontale, qui consiste à diversifier les productions pour pénétrer et si possible s’imposer sur tous les marchés ; une intégration verticale destinée à contrôler, à l’amont, les sources d’approvisionnement – minerai de fer, pétrole – sans dépendre des producteurs et à diriger, à l’aval, les circuits de distribution. Un conglomérat, intervenant dans tous les secteurs d’activité, à l’instar du « colosse de l’électronique »-le sud-coréen Samsung qui représente 20 % du PIB de la Corée du Sud au point que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier la Corée du sud de « République Samsung »- ;de la SNI (Société Nationale d’Investissement)-le Holding de la famille royale du Maroc récemment rebaptisée-Al Mada- transformée en banque d’investissement panafricaine ; -et de Crystal Ventures au Rwanda-holding de participation et bras financier de l’Etat- figurent parmi les plus gros  employeurs du pays, grâce à des participations dans les principaux secteurs de l’économie. 
Cette option permet à « l’Etat-industrialiste » de se lancer au besoin dans l’industrie lourde telle que la sidérurgie, la métallurgie, les constructions électriques mais de préférence avec un partenaire stratégique via la sous-traitance pour amoindrir les risques compte tenu de la forte intensité capitalistique et technologique de ce type d’industrie.   

A terme, le holding peut se désengager-pour passer en position d’actionnaire minoritaire au profit du secteur privé national-avant de se lancer dans la finance-, ce qui permettra de créer des synergies d’action avec le FONSIS.
3-Lancement de plusieurs PPP dans le secteur productif, c’est à dire des coentreprises entre le secteur privé et l’Etat. Il faut éviter de réduire les PPP au seul secteur marchand. Afin de réduire les dépenses publiques et gagner en efficacité et amélioration des services, les PPP ont été expérimentés en permettant au secteur privé de financer et exploiter les infrastructures avant d’être élargi aux activités économiques. Ce modèle a été la base de réussite des économies émergentes (Corée du Sud, Malaisie, et la Chine). Cette approche consiste à permettre aux entreprises privées et l’Etat d’agir ensemble pour investir et contribuer, chacun selon ses capacités, au lancement d’une activité. Elles assument ensemble le financement et l’exploitation. 
Le mérite de ce modèle c’est qu’il permet le partage les risques, et favorise rapidement le lancement des projets de grande envergure que l’entité privé n’aurait pu jamais réaliser à lui seul, du fait des contraintes d’ordre logistiques, financières et technologiques, etc.

4-Favoriser les IDE, tout en adoptant cette fois ci une démarche beaucoup plus dynamique et proactive à l’égard de ces investisseurs. A ce titre, le Sénégal a suffisamment d’atouts pour attirer les capitaux privés étrangers et se positionner comme l’une des principales portes d’entrée des IDE en Afrique de l’Ouest.  En effet, sa stabilité politique légendaire, bonne gouvernance, mise à niveau et construction des infrastructures de dernière génération, facteurs de production disponible à suffisance, création des ZES, les perspectives macroéconomiques favorables avec les récentes découvertes de réserves importantes de gaz et de pétrole dont les exploitations sont prévues à partir de 2021 militent largement en sa faveur. Il urge de passer d’une stratégie de promotion des investissements passive, vers une démarche proactive et sélective en orientant les investissements dans les secteurs à très haute valeur ajoutée tels que : l’électrique, l’électronique, l’automobile, la chimie, la parachimie, le textile-confection, l’industrie offshorring par un transfert massif de technologie.

Pour favoriser l’industrialisation par substitution des exportations, l’Etat doit miser sur le transfert de technologie à travers la sous-traitance et les joint-ventures.   A l’image des économies de l’Asie du Sud-Ouest, « L’Etat interventionniste » a délibérément fait le choix des coentreprises pour booster les IDE via la sous-traitance.  D’après la Banque Mondiale, rien que la Chine sera contrainte de sous-traiter 85 millions d’emplois dans les dix prochaines années.

Par exemple dans le textile, des pays comme l’Ethiopie et l’Ile Maurice ont misé sur ce secteur en créant des parcs industriels permettant d’entrer définitivement dans l’ère de l’industrialisation. 

Le textile/habillement joue un rôle de premier plan dans le processus de croissance et de développement des pays. Du fait de la relative simplicité de la technologie impliquée, et du caractère intensif en main-d’œuvre du secteur, les pays en développement y détiennent un avantage comparatif non négligeable par rapport aux pays développés. C’est ainsi que, après les Nouveaux Pays Industriels (NPIs), dans les années 70 et 80, les exportations mondiales de textile/habillement sont dominées par de nouveaux pays émergents comme la Chine et le Pakistan. Tandis que les pays développés, qui ont perdu beaucoup d’emplois et d’entreprises dans le textile/habillement, se réorientent de plus en plus vers le textile dit intelligent (couverture de lits, matériel abrasif et de filtrage, matériaux de protection thermique et d’absorption de sang, etc.). Ce segment de produit, complètement contrôlé par les pays du nord, du fait de son fort contenu technologique, croît au moins deux fois plus vite que le textile destiné à la confection. Quant au textile/habillement, il donne une opportunité unique aux pays en développement pour augmenter de façon significative leur valeur ajoutée, leurs emplois et leurs exportations, et pour accélérer leur processus d’industrialisation. Ce secteur a ainsi créé plus de 200 mille emplois en Tunisie, et 12,4 millions d’emplois en Chine. C’est que la relative simplicité de la technologie, dans ce secteur, couplée à son intensité en main- d’œuvre, en fait l’un des rares segments de l’activité manufacturière où les Pays en développement peuvent bénéficier d’avantages comparatifs par rapport aux pays du nord. Et le Sénégal qui ambitionne d’accroître significativement son taux de croissance et de réduire le niveau de sa pauvreté, ne peut s’empêcher de relancer sa filière textile/habillement.
En raison de la perte de vitesse du secteur au cours des derniers années, le Sénégal gagnerait à nouer des partenariats stratégiques avec certains pays du sud qui sont à la pointe dans ce secteur pour faciliter le transfert technologique et le partage d’expérience condition sine qua none pour la compétitivité du secteur.

5-Création d’une Agence Nationale de Développement Industriel Accéléré
L’industrialisation devrait dépasser le stade des intentions ou de définition d’un cadre de référence.  C’est la raison pour laquelle, nous proposons l’installation d’un organe mixte de coordination avec une large autonomie pour accélérer le processus de transformation structurelle de l’économie et de la croissance par une industrialisation massive à travers un vaste programme de développement basé sur le financement d’un paquet de projets prioritaires dans des secteurs stratégiques à forte intensité de main d’œuvre ; et de positionner ainsi le Sénégal comme un hub logistique industriel régional avant même l’horizon 2035.
En effet, comme l’APIX, il nous faut (créer) une grande structure chargée de la conception, du pilotage de l’exécution des grands projets industriels. Constatant qu’il y a un réel besoin d’accompagner les projets industriels notamment dans la phase conception, la BAD a récemment lancé lors du groupe consultatif de Paris, un fonds amorçage…
Pour avoir un bon départ, nous proposons la fusion du BOS et de l’APROSI.
 
6-Création d’un Haut Conseil pour l’Industrialisation et la Croissance 
Cet organe a pour mission entre autres de renforcer la capacité des différents administrations concernés dans la politique industrielle, notamment dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de l’efficacité des politiques appropriées en matière industrielle en vue de contribuer à la transformation structurelle de notre économie pour une croissance durable et endogène.
Le Haut Conseil c’est aussi un dispositif d’intelligence économique structuré de veille, de protection de l’information et d’influence au service de l’Etat.
Ainsi, le Haut Conseil, va effectuer les missions suivantes :
-Renforcer la capacité et la compréhension des différentes administrations concernées en rapport avec les principaux défis de l’industrialisation dans le contexte du PSE ;
-Consolider les capacités des administrations à développer des cadres analytiques idoines pour la conception d’une économie industrielle compétitive ;
– Contribuer à une plus grande sensibilisation quant à la gamme de questions liées à la création d’un environnement favorable pour le développement et la croissance de l’économie ;
-Fournir aux administrations des connaissances comparatives des expériences réussies en Asie et en Amérique latine en matière d’industrialisation en vue d’en tirer des enseignements appropriés ;
En rapport avec l’agence d’exécution nouvellement créée, la direction des stratégies industrielles et les autres services rattachés ; la Haut conseil pour l’industrialisation va définir la nouvelle politique industrielle avec des objectifs concrets, par exemple :
1) Définir en premier lieu les options stratégiques et les priorités par secteur. Les choix stratégiques peuvent être par exemple : relancer l’industrie pour satisfaire une demande interne importante (l’exemple actuel de la Chine), favoriser les entreprises exportatrices (option de la Malaisie), favoriser l’innovation et les nouvelles technologies (stratégie retenue tout récemment par la Corée du Sud).  Accélérer l’industrialisation en privilégiant l’industrie lourde en amont (adoptée par l’Inde, et les pays de l’Asie du sud Est). L’idée de De Bernis est d’accorder la priorité au développement des industries ayant des effets d’entraînement sur les autres et d’aboutir, à terme, à l’autonomie du pays. Miser sur des participations dans des joint-ventures à travers des IDE et du secteur privé national, d’exploitation de brevets. Recourir au transfert massif technologique et à la sous-traitance.
Ainsi, plusieurs stratégies peuvent être mises en place selon le niveau de maturité de l’économie :
– substitution de la production nationale aux importations ;
-substitution aux exportations
– industrie industrialisante ;
– montée progressive en gamme
2) Décliner la stratégie industrielle en objectifs opérationnels précis, voire mesurables par secteur et par axe stratégique pour pouvoir suivre et évaluer les résultats selon un calendrier prédéterminé et détecter les blocages.
Le Haut Conseil pour l’Industrialisation et la Croissance c’est aussi un organe de propositions majeures pour créer les conditions d’une économie émergente avec des taux de croissance à deux chiffres.
A cet effet, il peut faire des propositions pour une réforme de l’administration publique et territoriale. Pour amorcer ce processus (l’industrialisation), il nous faut bâtir une administration économique puissante, compétente, professionnelle et indépendante à la fois du pouvoir politique et des lobbies économiques privés. A ce titre nous saluons les projets en cours de réforme de l’administration publique et fiscale afin de leur permettre de mieux faire face aux défis de l’heure et futurs.
Il est également compétent pour proposer des réformes en vue de bâtir un système financier solide à la mesure des défis du développement.  Il fera des propositions fortes pour une consolidation des instruments financiers existant.
Après six ans de mise en place, avec des résultats probants dans tous les domaines de notre économie, nous estimons qu’il faudrait davantage donner plus de moyens financiers et de soutien institutionnel à ces structures d’accompagnement surtout dans le contexte de reprofilage économique qui se traduit par un changement de cap vers une industrialisation. Autant nous avons besoin d’un secteur privé fort pour accompagner ce processus irréversible, autant, nous devrions créer les conditions pour avoir un secteur bancaire et financier national solide pour accompagner le développement de nos PME-PMI. Au fait, le terreau fertile des « fameux champions national » c’est d’avoir d’une part des appuis et facilités de l’Etat, d’autre part, de bénéficier des soutiens financiers puissants des banques locales afin de compétir à jeu égale avec les multinationales à l’image de Eximbank en Turquie, de China National Bank en Chine et plus près de nous des pays comme la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, le Burkina, le Togo ont des champions dans le domaine bancaire. D’ailleurs, le Sénégal vu son poids économique au niveau sous-régional- est un des rare pays à ne pas avoir pu produire un champion dans ce domaine ; une aberration qu’il convient de rectifier.
 
7Mise en place d’un Fonds pour le Développement Industriel & l’innovation Technologique
Le Financement sera d’abord domestique, -les ressources seront tirées sur le budget de l’Etat, -en rendant plus efficace les instruments de collecte, notamment avec la modernisation des outils de contrôle pour augmenter les ressources collectées ; aux moyens déployés pour lutter efficacement  contre l’évasion fiscale ; l’optimisation fiscale -par le mécanisme de la flat tax , l’élargissement de l’assiette fiscal, la réduction du poids de l’informel-véritables exit  fiscales et  la réduction des exonérations fiscales. A la place, il convient de renforcer les primes à l’investissement du Bureau de Mise à niveau ou de limiter dans un délai plus court les exonérations.
Pour créer les conditions d’une croissance future, il nous faut investir dans la recherche-développement, encourager la recherche par des politiques incitatives, afin d’attirer les meilleurs chercheurs du continent.  La recherche-développement doit être couplée à notre politique industrielle afin de préparer la « montée en gamme » progressive dans l’industrie selon un processus de remontée de filières technologiques allant de l’aval vers l’amont.
 
8-Création d’un grand ministère de la restructuration, du renouveau productif et du portefeuille de l’Etat avec le lancement d’un vaste plan de restructuration des entreprises, compte tenu des besoins énormes de restructuration des structures publiques et parapubliques.  En effet, des milliers d’entreprises dans divers secteurs traversent des difficultés inhérentes à l’activité liées à la nouvelle configuration de leurs environnements respectifs. La mise en place d’un ministère dédié qui va définir et mettre en place une stratégie globale de restructuration des entreprises de grandes envergures du secteur public, tout comme celles du secteur privé et du secteur bancaire pour réduire les risques de défaillances, sauvegarder des milliers d’emplois et consolider notre structure économique-est une nécessité dès lors que la pérennisation des emplois est un facteur de stabilité sociale. Cela est en adéquation avec la politique industrielle : la stratégie d’industrialisation doit être articulée au plan de restructuration, il faut certes élargir notre base industrielle, mais aussi sauvegarder et préserver les secteurs en difficulté afin de consolider notre tissu économique.
D’ailleurs, la transformation économique suppose la reconfiguration des structures de productions, de distribution et de consommation des biens et services d’une manière qui permette de jeter les bases solides de la croissance et du développement. Une mesure similaire a été prise en 2012, dès votre accession au pouvoir pour faire face aux problèmes des inondations-un ministère chargé de la restructuration des zones inondables a été créé avec le succès que l’on sait
 
Par El Hadji Mamadou Demba DIATTA, Ingénieur Projet & Financier
Expert en Redressement d’entreprise, Planification Stratégique & Intelligence Economique
 
 
 (1) –Smail Goumeziane Docteur en économie et diplômé de sociologie, Middle East Eye.  


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