Eumeu Sène, « Tay Shinger”, dof dou wër…ou la revanche Mohammed NdaoTyson (décryptage Leral)

Certes, il a été champion d’Afrique à 17 ans, mais Eumeu Sène ne savait pas que quand il mettait sur les fonts baptismaux l’écurie Tay Shinger à Pikine en 2011, qu’il serait le roi des arènes sénégalais en 2018, en battant Bombardier. Ce Mbourois qui avait aussi fait tomber de son piédestal son ancien mentor, Mohammed Ndao Tyson, de l’écurie Boul Falé, alors au sommet de son art.
 
Vainqueur par deux fois de Balla Gaye 2, Eumeu Sène a pris une revanche historique samedi pour Tyson, son ancien mentor, qui avait été battu par Bombardier dans un combat qui avait précipité la chute de l’ancienne icone de la lutte sénégalaise.
 
« Tay Shinger, Lounga, Lounga », c’est quoi au juste ? C’est ce que prononçait spectaculairement le lutteur feu Boy Niang 1 qui l’avait vu et entendu comme cri de guerre d’un acteur dans le célèbre film ” Terreur en Mandchourie ” de Suen Ga-Man sorti en 1972.
 
C’est ce cri de guerre qu’Eumeu Sène avait choisi pour lancer l’écurie Tay Shinger en 2011…après ses bisbilles et des divergences de points de vue prononcées avec la légende, Mohammed Ndao Tyson.
 
Pour rappel, avec Coly Faye, Eumeu Sène était un des lieutenants exemplaires de Tyson, à l’écurie Boul Faalé où, motus et bouche cousue, il a été toujours dans l’ombre de la starmania déferlante de Mohammed Ndao Tyson, alors lutteur 50 étoiles.
 
Mais, Eumeu Sène croyait en son étoile. Tay Shinger voulait sortir de l’ombre pour aller vers la lumière. Et de zéro, il est devenu le héros de Pikine et de Mbao. Ainsi, devenu rebelle à son carcan d’écurie Boul Faalé, Eumeu Sène a finalement lancé en 2011 son Tay Shinger à la face du monde, quittant ainsi le nid et le cocon familial de son écurie d’origine.
 
Petit à petit, l’oiseau a fait son nid. Et Eumeu Sène avait des arguments en 2011, lui qui a été Champion d’Afrique à 17 ans et chef de file d’écurie à 32 ans.
 
En 2018, Eumeu Sène a tout simplement atteint l’âge de la maturité et le destin implacable avait écrit cette révélation : Bombardier, après son premier combat international MMA de sa carrière contre Rocky Balboa, allait lui servir la couronne de roi des arènes sur un plateau en or…en moins d’une minute…
 
Eumeu Sène, ou encore Tay Shinger, c’est l’histoire d’un parcours fou, tortueux et incertain entre du bon et du moins bon, mais avec beaucoup de talent et de persévérance.
 
Affable, toujours souriant, Eumeu Sène a toujours été un de ces lutteurs sans problèmes et qui avait fait montre de pudeur en portant même des cuissards contre Lac de Guiers 2…avant d’être sanctionné par le CNG.

Après l’intermède Boul Faalé, son destin était tout simplement tracé, car, il était un roi des arènes en puissance, même si la popularité de Modou Lo et de Balla Gaye 2 lui ont toujours fait de l’ombre.
 
Côté mental, Eumeu Sène, c’est aussi un battant et à ce titre, il suffit de revoir son combat contre Gris Bordeaux. Eumeu Sène n’est pas adepte du “combine beuré” et du calcul, car avec le leader de Tay Shinger, on est sûr qu’il se battra jusqu’au et que les amateurs en auront pour leur argent, même si c’est un match nul.
 
Tay Shinger, cet excellent lutteur, doublé d’un très bon technicien, s’était aguerri  dans les “mbappat” (séances de lutte nocturnes) où il a fait des ravages étant très jeune.
 
Celui qui aime élever les chiens, est né dans un milieu où la lutte exerce une attraction presque virale sur tous les enfants.

Eumeu Sène s’est forgé dans cet environnement à l’écurie Pikine, aux côtés de lutteurs phénomènes comme Balla Bèye 1, Balla Bèye 2, ou encore le technicien Mansour Diop, sans oublier Ndiaga Diop.
 
Toutefois, Eumeu Sène n’est resté que peu de temps à l’écurie Hal Pulaar, avant de répondre aux sirènes de l’écurie Boul Faalé avec Mohammed Tyson à la fin des années 90,
 
Pourtant, c’est son grand frère Pape Ngom, avec qui il partage d’avoir une belle architecture du corps, qui l’a lancé dans le bain de la lutte.

Pape Ngom, lutteur qui faisait du “simb” (jeu du faux-lion), très bon danseur-ambianceur, a injecté à Eumeu Sène ses talents de danseur avec ses touss d’enfer que l’on lui connaît aujourd’hui.
 
C’est pourquoi, Eumeu Sène est devenu précocement une légende de la technique avec ses prestations avec Mbaye Diouf (écurie Baol Mermoz, puis Fass), notamment, lors des éliminatoires du drapeau du chef de l’Etat ou des championnats d’Afrique.
 
Si le technicien fassois, Mbaye Diouf a eu une carrière en dents de scie, Eumeu Sène de Charybde et Scylla, s’est, lui, toujours relevé jusqu’à devenir le roi des arènes samedi dernier.
 
Quand il est devenu champion d’Afrique au Niger, en 1996, très peu de journalistes connaissaient Eumeu Sène. Par la suite, ont plombé sa carrière en lutte avec frappe par ses différentes valses entre les écuries et ses défaites mémorables face à Boy Kaïré et Khadim Ndiaye 1 (par décision médicale).
 
Malgré tout, ses exploits titanesques sur Balla Gaye 2, Soulèye Dop Holyfield, Zale Lô et Gris Bordeaux avaient fini de relancer complètement sa carrière. Eumeu Sène avait un tigre dans son moteur et l’adrénaline était montée d’un cran au-dessus.
 
Eumeu Sène devra aussi remercier Boul Faalé où Tyson lui a inculqué des valeurs de selfmademan et de lutteur des temps modernes, sans complexes ayant des objectifs.
 
Avec Boul Faalé, Eumeu Sène est devenu plus sérieux et plus serein grâce à la rigueur instaurée par le management avant-gardiste de Tyson. D’ailleurs, c’est à Boul Faalé qu’il atteint les 100 kilos et ça a été un long processus physique de musculation intense.
 
Eumeu Sène avait bien raison de quitter Boul Faalé et de faire sortir de terre l’écurie “Tay Shinger”. C’était écrit qu’il serait en 2018; le roi des arènes. Tay Shinger dof dou wër…day rakadiou rek !

Massène DIOP Leral.net


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