MARIE ODILE SENE KANTOUSSAN, DIRECTEUR GENERAL CGF BOURSE : «Nous travaillons beaucoup pour faire de nos sociétés d’intermédiation un guichet unique des produits d’épargne »

Marie Odile Sène Kantoussan, directeur général de la Compagnie de gestion financière et de Bourse (CGF Bourse) n’a qu’une obsession : le développement du marché financier. D’ailleurs, elle en parle avec une dose de passion, comme si quelque chose la bouillonnait de l’intérieur. Cette passionnée au regard vif et alerte qui a rejoint CGF Bourse à ses débuts en 1999 avant de gravir les échelons, comme une marathonienne voit, contre toute attente, d’un bon œil l’arrivée de concurrentes sur le marché. Parce qu’à ses yeux, le marché offre beaucoup de potentialités non encore exploitées. Mais pour cette ancienne pensionnaire de la Tunisie où elle a fait humanités en Gestion et Ingénierie Financière, le défi actuellement pour CGF Bourse c’est l’instauration d’un guichet unique des produits d’épargne. Pour elle, il est important que lorsque l’investisseur veuille accéder à une palette de produits, qu’il puisse les avoir en un seul lieu qu’il s’agisse d’une SGI, d’une Banque, compagnie d’assurance… En marge des « Journées de la bourse » organisées par la BRVM et l’APSGI (Association professionnelle des sociétés de gestion et d’intermédiation), LEJECOS a pu s’entretenir avec Mme Kantoussan. Entretien.

  • Le marché enregistre l’arrivée de nouvelles SGI sur le marché. Comment CGF Bourse compte se positionner par rapport à cette donne concurrentielle ?

 
Le marché financier a beaucoup évolué et attire de plus en plus d’acteurs au Sénégal et dans les autres pays de l’UEMOA. Il apparaît donc normal qu’on enregistre l’arrivée de nouveaux acteurs (SGI et SGO).  Maintenant, comme nous l’avons dit dans les panels, le besoin principal, c’est de pouvoir travailler activement sur l’amélioration de la profondeur du marché pour une meilleure canalisation de l’épargne. Qu’elle soit formelle ou informelle, la collecte de l’épargne doit être le premier chantier.
C’est à travers cette source d’épargne que l’on peut s’atteler au financement des investissements pour le développement de nos entreprises et nos économies. Donc, l’arrivée de nouveaux acteurs devrait permettre d’avoir beaucoup plus d’intervenants, qui travaillent sur la promotion du marché, l’accompagnement, le conseil, la formation. Après vingt ans de présence, la bourse n’a pas encore réussi à toucher toutes les catégories de cibles. Les nouveaux acteurs sont donc ouvertement accueillis pour participer à cet effort de vulgarisation de notre marché et apporter leur pierre à l’édifice.
 

  • L’arrivée de nouveaux acteurs signifie-t-elle le partage de parts de marchés déjà existants ou la conquête de niches non encore exploitées ?

 
C’est ce que je viens de dire. Nous qui sommes déjà là, touchons de plus en plus de secteurs et d’investisseurs différents, à travers nos différents produits et services. A CGF, par exemple, nous avons créé toute une palette de produits. Je précise que CGF Bourse agit en tant que distributeur des produits d’épargne, et c’est sa filiale CGF Gestion, qui assure tout ce qui est création et gestion de produits de gestion collective destinés justement à drainer un certain type d’épargne et avec différents investisseurs avertis ou pas.
 
Ces différents produits présentent plusieurs profils en termes d’exposition aux risques. Des produits avec une exposition plus ou moins forte sur la partie actions offrant 4 profils différents (prudent, équilibré, dynamique) et d’autres qui, très bientôt arriveront sur le marché. Je veux parler du FCP halal que nous allons lancer incessamment. Cela nous permettra de toucher des investisseurs qui recherchent des produits strictement respectueux des préceptes islamiques.
 
Cela veut tout simplement dire que nous n’envisageons pas de nous arrêter dans le cadre de la vulgarisation du marché. Nous sommes convaincus que les nouveaux acteurs viendront davantage participer à cet effort de toucher d’autres cibles. Nous travaillons et échangeons beaucoup, dans ce sens. Nous avons élaboré un plan de communication commun pour parler d’une seule voix avec le ministère des finances pour aller encore plus loin dans la réflexion. L’innovation nécessite également un accompagnement de la part du législateur.
 

  • Les investisseurs se plaignent de l’inexistence d’un guichet unique pour leur faciliter les opérations de placement sur le marché financier… 

 
Nous avons eu la primeur de mettre sur le marché, en collaboration avec une société d’assurances, d’un produit d’assurances en unité de compte. C’est un produit d’assurance qui permet aujourd’hui à l’assuré de dire à sa compagnie d’assurance : « je veux qu’une partie de mes primes d’assurances soit investi au niveau du marché financier ». Cela fait partie des avancées que l’on ne pouvait pas envisager il y a quelques années.
 
Nous travaillons beaucoup pour faire de nos sociétés d’intermédiation un guichet unique. Il est important que lorsque l’investisseur souhaite accéder à une palette de produits, qu’il puisse les avoir en un seul lieu qu’il s’agisse d’une SGI, banque ou compagnie d’assurances. Nous devons faire en sorte que les opérations de banque, d’assurances et tout ce dont l’épargnant a besoin, puissent se faire en un guichet unique.
 
Pour y parvenir, tous les acteurs doivent travailler ensemble, créer des canaux pour permettre à l’investisseur, où est-ce qu’il se trouve, d’accéder à tous les services dont il a besoin. Nous aimerions que les banques puissent aujourd’hui proposer davantage les produits du marché financier. Elles le font, mais ce n’est pas assez. Nous nous félicitions, par ailleurs, d’avoir des banques d’affaires, qui ont compris très tôt que le marché des capitaux ne doit pas être cloisonné. C’est un marché monétaire et financier certes, mais il doit être unifié. Imaginez que tous les clients des banques commerciales puissent avoir le privilège d’accéder au marché financier via leurs banques ! Nous ne parlerons plus de développement du marché, nous y serons déjà.
C’est vraiment un appel que nous lançons pour une synergie des acteurs. Nous y travaillons et pensons que les années à venir, nous hisserons notre marché encore plus haut, juste parce que les acteurs auront compris que l’enjeu nous est commun.
 

  • CGF Bourse s’était bien préparée à l’arrivée de nouvelles SGI sur le marché, dites-vous. Quid de la tendance à la digitalisation des opérations et des offres de services ?

 
Nous avons perçu très tôt cette digitalisation. CGF Bourse a été la première SGI à ouvrir une agence commerciale, avec une plateforme permettant à ses clients d’accéder à leur compte en ligne 24 heures sur 24 et ce depuis 2012. Cela fait donc quatre ans, bien avant que la BRVM mette à notre disposition la collecte des flux de données que nous n’avons eu que cette année en live.
 
Ces flux de données nous ont permis d’aller plus loin en termes de disponibilité de l’information boursière en ligne. Nous avons amélioré cette plateforme qui existait pour permettre à nos clients d’être en possession de toutes les informations du marché en live.
 
Maintenant l’autre étape qui nous reste, c’est de permettre au client de pouvoir effectuer ses opérations de trading, sur son poste ; que cela soit répercuté sur la plateforme avant d’aller directement vers le marché. Aujourd’hui, la première étape de ce processus, qui part du client pour arriver chez nous est entièrement traitée. La seconde étape sera disponible suite à la validation du projet fixe Gateway de la BRVM, qui est actuellement en cours d’analyse par le régulateur. Cela permettra aux SGI de pouvoir offrir ce qu’on appelle la bourse en ligne.
Alors, je puis dire que nous sommes d’ores et déjà prêts pour la digitalisation. Des investissements ont été effectués et, avec les partenaires, nous irons encore plus loin que ce qui existe déjà.
 
 

  • Il y a également l’arrivée des Spécialistes en valeurs du trésor (SVT) sur le marché financier, alors qu’il n’y a pas encore de SGI sénégalaises agréées par l’Etat…

 
Il y a eu plusieurs réunions au niveau de la Banque centrale dans le cadre de l’élaboration des textes. Les SGI avaient demandé que les termes de référence dédiés à notre corporation soient différents de ceux concernant les banques. Au niveau du Sénégal, les quatre SGI actuellement présentes n’ont pas encore l’agrément en tant que SVT. Nous y travaillons, car étant convaincu qu’en l’état actuel des textes et des termes de référence, il faut des partenaires pour accompagner cette dynamique.
Nous sommes quand même ravis d’être considérés comme des acteurs pouvant intervenir en tant que SVT. Maintenant il ne s’agit pas seulement d’avoir l’agrément en tant que SVT, mais de l’exercer pleinement. Nous ne souhaitons vraiment pas être un SVT passif, avec juste le titre, mais un SVT qui agit fortement dès l’obtention de son agrément. Donc, je pense que c’est pour ces raisons-là que nous n’avons pas encore de SVT au niveau du Sénégal, mais sachez que nous travaillons dans le sens d’inverser la tendance.
 

  • Vous faisiez partie des panélistes des « Journées de la bourse » (16-17 novembre 2016) organisées par la BRVM et l’APSGI. Quel était l’enjeu de ces rencontres ?

 
Nous venons de finir deux journées dédiées à la promotion de notre bourse régionale, avec plusieurs thématiques, qui ont fait l’objet d’échanges, autour de panels de très haut niveau, sur des sujets d’intérêt majeur pour les différents acteurs du marché.
 
Nous avons pu également interagir avec d’autres acteurs, en dehors des SGI et des sociétés de gestion d’actifs. Nous avons accueilli les compagnies d’assurances, des sociétés de gestion qui interviennent dans la titrisation, des banques, des agences de notation, et les organes centraux de notre marché.
 
La BRVM, a pu encadrer les échanges et au finish, cela nous a permis de dégager un plan d’actions qui devrait nous permettre d’aller beaucoup plus de l’avant par rapport aux performances que nous avons déjà tous constaté et dont nous nous en félicitons.
 
Nous espérons que ces rencontres vont renforcer la synergie entre tous les acteurs de notre écosystème : les SGI, les banques, les sociétés de gestion d’actifs, les compagnies d’assurances, les agences de notation…
Propos recueillis par Amadou  BA et Ismaila BA
 
 
 
 
 
 
 
 


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