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(Dossier) Gaspillage lors des cérémonies familiales : quand l’honneur se mesure à la fortune

Malgré la pauvreté qui mine le quotidien de beaucoup de Sénégalais, le gaspillage est érigé en règle, lors des cérémonies familiales. Des dépenses excessives sont faites pour sauver certaines apparences.

Les cérémonies familiales constituent un baromètre économique pour de nombreux foyers sénégalais. Beaucoup d’argent est dépensé lors de ces festivités, malgré la cherté de la vie. Ces  fêtes offrent l’occasion à la gent féminine de se faire valoir. Souvent, elles offrent bijoux en or, tissus, argents et billet d’avion  pour raffermir les liens entre les familles. Il y a juste une semaine Siga Mbaye  (nom  d’emprunt) donnait sa fille en mariage. Tam-tams, chaines à musique assuraient l’ambiance à côté de griots qui chantent et des femmes presque en transe.

Derrière les hommes réunis à la mosquée pour sceller l’union, la future épouse fait des allers-retours pour peut-être montrer ses habits «chics».  Les griots chantent ses louages, les billets comme des répliques sortent de partout. Selon Siga Mbaye, le mariage constitue un jour très spécial qu’on ne doit pas négliger. «Le jour du mariage de ma fille, j’ai dépensé  quatre millions. J’ai distribué des tissus haut de gamme, des billets de banque et bijoux en or à sa belle-famille. Tout ça pour que ma fille soit respectée au sein de sa belle- famille», dit-elle. Ce gaspillage dans les cérémonies constitue une véritable problématique au sein de la société. Malgré l’existence de la loi contre le gaspillage, le mal persiste. Ainsi à l’image de Siga  Mbaye, les femmes font fi de la législation. Anniversaire, baptême, mariage, cérémonies religieuses, rien n’est laissé en rade. Sophie Diop, la trentaine trouve ces dépenses normales. «Je ne vois pas  de mal à faire du ‘téranga’. Tout ce qu’on donne lors des cérémonies familiales, on l’a gagné à la sueur de notre front. En plus, c’est quelque chose qu’on a hérité de nos ancêtres. Donc si tu as les moyens, il ne faut pas hésiter à le faire», lance-t-elle.

De leur côté, les hommes fustigent le comportement de  la gent féminine. D’après eux, les femmes aiment faire du «m’as- tu –vu». Philipe Mendy, la quarantaine, dénonce l’irrationalisme des femmes dans les cérémonies familiales. «Par folie  de grandeur, les dames gaspillent de l’argent dans les cérémonies. Même si elles n’ont pas les moyens de le faire, elles vont jusqu’ à faire un prêt bancaire et ça c’est inadmissible», déplore-t-il.

Même son de cloche pour Mamadou Dieng, qui juge ces pratiques insensées. «Il faut faire revenir les femmes à la raison. Certes les cérémonies familiales font partie de notre coutume, mais il faut faire l’essentiel et éviter certaines futilités», indique-t-il. Avant d’ajouter : «L’une des raisons de notre sous-développement réside dans le fait que nous dépensons beaucoup d’argent lors des festivités». Mamadou Diop, quant à lui, dénonce les gaspillages dans les cérémonies funéraires. Selon lui, les femmes ne croient plus en Dieu, même dans ces moments de tristesse, elles veulent se faire voir. «Le gaspillage dans les funérailles,  c’est absurde. Dieu l’a dit : ‘on doit célébrer les obsèques dans la façon la plus simple’. Le décès d’une personne devrait être un moment de prières et de recueillement. Donc pourquoi autant de dépenses, avec l’installation de bâches et de chaises? Et on n’a mentionné nulle part dans le Coran  l’exigence d’organiser une cérémonie de 3e, de 8e, ou de 40e jour», regrette-t-il.

 Légende : Au Sénégal, la loi interdisant le gaspillage est foulée au pied. 

Ce que dit la loi sur les gaspillages

Au Sénégal, il existe une loi qui réprime les folies dépensières. Il s’agit de la loi  n° 67-04 du 24 février 1967. Elle a été adoptée pour lutter contre les dépenses excessives à l’occasion des cérémonies familiales. Son article premier stipule : «Toute personne est libre de célébrer par des cérémonies, conformément aux rites de son culte ou de sa coutume, les événements familiaux du baptême, de la circoncision, de la communion solennelle, des fiançailles, du mariage, du retour de pèlerinage aux Lieux Saints, des décès et inhumation». Cependant, la loi  précise en son second article que pour le baptême, il ne peut être immolé plus d’un animal par enfant à baptiser. De même, la législation souligne que les offres en espèces ou en nature, quel qu’en soit le bénéficiaire, sont interdites à tout moment. Cette disposition renseigne également que tout rassemblement doit prendre fin au plus tard à onze heures, lorsque la cérémonie se déroule le matin, et à vingt heures lorsqu’elle se déroule dans l’après-midi. En ce qui concerne la circoncision, la loi explique, qu’il ne peut être sacrifié plus d’un animal par famille d’enfants circoncis. Ce,  lorsque les rites prévoient un sacrifice de cette nature. Pour le mariage, elle indique que les dépenses cumulées relatives aux cadeaux destinés à la fiancée, aux membres de sa famille ou à des amis, ainsi qu’aux réjouissances, ne peuvent dépasser quinze mille francs, non compris celles effectuées à l’occasion des fiançailles et la dot proprement dite.

La loi de 1967 s’intéresse aussi aux dépenses liées au pèlerinage à la Mecque. Sur ce registre, elle précise que l’organisation des manifestations de quelques natures est interdite, qu’elles soient publiques ou privées. Pis, elle informe que les offres ou présents en espèces ou en nature, quel qu’en soit le bénéficiaire, sont interdits à tout moment à l’exception des souvenirs, de caractère strictement religieux, rapportés par le pèlerin. La loi interdit lors des décès et inhumations, tout rassemblement ayant pour effet des réjouissances à cette occasion. Et ajoute que toute personne, dont la présence ne serait pas indispensable aux proches parents du défunt, ne peut séjourner plus de vingt-quatre heures consécutives, après l’enterrement, dans la maison mortuaire. Toutefois, ceux qui procèdent ou participent à ces cérémonies doivent se conformer strictement aux prescriptions de la présente loi, sinon il sera  punis d’une amende de vingt mille à cinq cent mille francs

TROIS QUESTIONS A…

DOCTEUR ALY HANN, SOCIOLOGUE

«Chacun, individuellement, doit faire son autocritique»

Walf Quotidien: Quelle est votre lecture du gaspillage dans les cérémonies familiales au Sénégal ?

Aly HANN: C’est un phénomène qu’on a assigné à la culture. Mais fondamentalement ce n’est pas le cas. Dans la société sénégalaise, le gaspillage n’est pas forcément une affaire culturelle. Si tu pars notamment dans le milieu rural, on verra qu’il y a tout un système de gestion sociale qui permet de bien gérer les ressources, notamment celles alimentaires. D’autre part, on se rend compte de plus en plus, en tout cas dans les années d’avant, cela avait tendance à diminuer plus ou moins. Mais aujourd’hui on voit que les gens ont une volonté à se faire voir qui fait que durant les cérémonies familiales chacun essaye de mettre en avant tout ce qu’il avait comme capacité économique. Donc, on peut dire que c’est une invention, une création nouvelle.

A vous entendre parler, peut-on dire que c’est une affaire de m’as-tu-vu ?

C’est une affaire de m’as-tu- vu malheureusement. Et ça ne sert absolument à rien. Parce que tout simplement, dans beaucoup de cérémonies des millions sont gaspillés pour une journée. C’est après qu’on se rend compte des problèmes qu’il engendre. Donc cela pose un problème de rationalité, de logique, de valeur, et de culture. C’est une pratique qui est complètement en contradiction avec les valeurs culturelles et religieuses. C’est quelque chose sur laquelle on devrait se pencher, chacun individuellement, en ce qui le concerne doit faire son autocritique. Parce qu’une société c’est comme ça. Il y a des inventions qui sont politiques et d’autres qui ne le sont pas forcément. Par conséquent, il revient à tout un chacun dans son domaine de s’organiser pour éviter tout ce qui peut être nuisible pour lui et sa société.

Qu’est ce qui empêche à l’Etat d’appliquer la loi pour remédier à ce  phénomène ?

C’est la normalisation parce que prendre une mesure et la faire voter, c’est une chose. Mais avoir les moyens de normaliser cette loi, de la contrôler, de la vérifier ou trouver une référence sur laquelle les gens doivent se baser pour dire, par exemple, pour une cérémonie familiale voilà le montant type qu’il faut dépenser, c’est un peu difficile. Donc je pense que cette loi n’est pas appliquée pour la bonne et simple raison que le problème qui se pose c’est celui de l’applicabilité. Je pense que s’il y a un enseignement à tirer, c’est qu’avant que les lois ne soient votées, il est utile qu’on pense d’abord à son applicabilité. Ça permettra de nous éviter de dire ‘pourtant on a une loi et ce n’est pas appliquée’. C’est la seule raison pour laquelle cette loi a du mal à être appliquée. Mais il y a également une dimension culturelle parce qu’il y a une réticence qui est là, et cela pose un problème de communication avec la population et de sensibilisation. Grosso modo cela pose un problème de processus. Je pense que la mise en œuvre du développement de cette loi doit se faire sur la base d’un processus, d’un ensemble de réflexions qui doit être posé étape après étape pour pouvoir aboutir à des résultats probants sur la base d’objectif fixé au préalable.

Ce que dit la loi sur les gaspillages

Au Sénégal, il existe une loi qui réprime les folies dépensières. Il s’agit de la loi  n° 67-04 du 24 février 1967. Elle a été adoptée pour lutter contre les dépenses excessives à l’occasion des cérémonies familiales. Son article premier stipule : «Toute personne est libre de célébrer par des cérémonies, conformément aux rites de son culte ou de sa coutume, les événements familiaux du baptême, de la circoncision, de la communion solennelle, des fiançailles, du mariage, du retour de pèlerinage aux Lieux Saints, des décès et inhumation». Cependant, la loi  précise en son second article que pour le baptême, il ne peut être immolé plus d’un animal par enfant à baptiser. De même, la législation souligne que les offres en espèces ou en nature, quel qu’en soit le bénéficiaire, sont interdites à tout moment. Cette disposition renseigne également que tout rassemblement doit prendre fin au plus tard à onze heures, lorsque la cérémonie se déroule le matin, et à vingt heures lorsqu’elle se déroule dans l’après-midi. En ce qui concerne la circoncision, la loi explique, qu’il ne peut être sacrifié plus d’un animal par famille d’enfants circoncis. Ce,  lorsque les rites prévoient un sacrifice de cette nature. Pour le mariage, elle indique que les dépenses cumulées relatives aux cadeaux destinés à la fiancée, aux membres de sa famille ou à des amis, ainsi qu’aux réjouissances, ne peuvent dépasser quinze mille francs, non compris celles effectuées à l’occasion des fiançailles et la dot proprement dite.

La loi de 1967 s’intéresse aussi aux dépenses liées au pèlerinage à la Mecque. Sur ce registre, elle précise que l’organisation des manifestations de quelques natures est interdite, qu’elles soient publiques ou privées. Pis, elle informe que les offres ou présents en espèces ou en nature, quel qu’en soit le bénéficiaire, sont interdits à tout moment à l’exception des souvenirs, de caractère strictement religieux, rapportés par le pèlerin. La loi interdit lors des décès et inhumations, tout rassemblement ayant pour effet des réjouissances à cette occasion. Et ajoute que toute personne, dont la présence ne serait pas indispensable aux proches parents du défunt, ne peut séjourner plus de vingt-quatre heures consécutives, après l’enterrement, dans la maison mortuaire. Toutefois, ceux qui procèdent ou participent à ces cérémonies doivent se conformer strictement aux prescriptions de la présente loi, sinon il sera  punis d’une amende de vingt mille à cinq cent mille francs

Par Ndèye Fatou DIAGNE & Kady  FATY

 (Stagiaires Walf Quotidien)

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