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Grand’Place de Jet d’eau : Au-delà de l’apparence de « chaos » social

Les Grand-Place sont très fréquentées de nos jours  au Sénégal. Lieu de rencontre d’amis, de retraités ou de désœuvrés, les grand’places ne manquent pas d’ambiance. L’on joue à la belote ou aux Dames, parfois avec une passion telle que certains en viennent aux mains. Nous avons fait un tour hier, mercredi 26 octobre, à la grand’ place de Jet d’eau pour y rencontrer les férus de ces lieux. Mais derrière cette apparence de «chaos» social, il y a toute une organisation des membres.

Les grand’places sont de plus en plus fréquentes dans les coins de rues des quartiers de Dakar. Ce sont des lieux de rencontres d’amis, de retraités ou de désœuvrés qui viennent «tuer» le temps. Tout est prétexte à la discussion, surtout les sujets d’actualité. La prise de la parole est libre, mais comme tout groupe, il y a des personnes qui chercheront à avoir toujours le dessus sur les autres. Les jeux de Dames et de cartes (la belote) sont les plus fréquents.

Assis sur des nattes ou des bancs, les férus des grand’places se lancent des défis et chacun vend à l’autre les talents de grand joueur de Dames ou de cartes. Ici, c’est le monologue qui prédomine, on parle sans écouter les autres ; on élève la voix de manière à rendre inaudibles celles des autres. Comme toutes les grand’places, celle de Jet d’eau ne déroge pas à la règle de l’ambiance et de la distraction.

Comme le confirme cet adulte à la cinquantaine révolue, de teint clair, vêtu d’un pantalon jean et chemise courte manche, le sourire aux lèvres : « les grand’places sont des lieux de distraction, d’évasion. Moi j’y viens chaque jour pour ne pas rester seule  à la maison parce que ma femme travaille et mes enfants vont à l’école. Je travaille la nuit, du coup pour éviter de rester seul, je viens ici ».

A ceux qui pensent que ces pères de famille perdent leur temps dans ces grand’places, notre source tente de rétablir la vérité : «On n’est pas là juste pour jouer, mais aussi pour vaincre notre solitude, nos angoisses, nos problèmes conjugaux. Si quelqu’un a des problèmes chez lui, au lieu de rester chez lui à y penser ou rester seul, mieux vaut aller dans les grand’places pour essayer d’oublier ou s’en ouvrir aux amis qui vont  lui donner des conseils pour l’aider à les résoudre », explique Ibrahima Soumaré, ancien international et membre de cette grand’place. Il renchérit : «je ne sais pas ce qui se passe dans les autres grand’places, mais chez nous là, c’est régi par des normes. D’ailleurs, on a même  un président, un trésorier et une caisse. Chaque année les  adhérents versent la somme de 3000f et chaque mois 200f. Pour jouer aussi, chaque adhérent donne 25f  et les non-adhérents 50f. Chaque mois, on fait une évaluation et on peut se retrouver avec environ 80.000F. Chaque année aussi, c’est pareil on évalue tout l’argent récolté et le jour de la fête de tamkharit, on achète deux  bœufs pour se le partager».

Si dans la plupart des grand’places l’on remarque la liberté de ton, allant parfois jusqu’à générer des injures, un langage ordurier, ici à Jet le groupe a établi des règles de conduite. Pour notre interlocuteur, «le respect des aînés est strict et il est interdit d’insulter qui que ce soit ici. Après tout, il n’ya que des personnes instruites. Vous trouverez ici des médecins, des chefs d’entreprise, des ingénieurs mécaniques, des députés, des retraités, des taximen et même des chômeurs. Notre grand’place est comme une famille pour nous, bien vrai qu’il y a une différence d’âge. Des fois quelqu’un peut avoir des problèmes financiers ou un décès, on prélève une somme dans la caisse pour le lui donner. Nous sommes solidaires entre nous ». Mur de lamentation pour épouse malheureuse

Cette grand’place va au-delà des membres du groupe. Elle remplit une fonction sociale où les membres de  grand’places peuvent être amenés  jouer le rôle régulateur social. Des épouses des membres de cette grand’place y viennent en cas de problème conjugal avec leur mari, pour trouver solution. «Des fois une femme peut avoir des problèmes avec son mari, mais si elle vient se confesser on délègue une personne qui se chargera de le régler»

Par ailleurs,  à la question de savoir à quelle heure ils se retrouvent à la grand’place, cela dépend des individus et de ses occupations. «S’agissant de l’heure, ca va de soit. D’habitude, on est là de 10h à 22h. Chaque personne vient, selon ses heures et son temps libre pour bavarder un peu et rentrer», explique M. Soumaré.

Sud Quotidien

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