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Gestion de la question migratoire… : Macky met les pieds dans le plats

Le Chef de l’Etat, Macky Sall, livrant sa vision de la gestion de l’immigration, a fait un véritable procès des politiques migratoires dans le monde notamment les pratiques discriminatoires à l’endroit des Africains. Venu présider hier, mardi 25 octobre, l’ouverture d’une rencontre internationale sur les Migrations, gouvernance et développement en Afrique de l’Ouest, le président de la République a décrié certaines politiques occidentales. Par la même occasion, il a demandé aux dirigeants africains de mener des politiques qui promeuvent l’amélioration des conditions de vie dans les pays de départ.

C’est un président de la République du Sénégal, vêtu d’une robe d’avocat des pays africains, qui s’est adressé à l’assistance hier, mardi 25 octobre, à l’ouverture de la rencontre internationale axée sur les Migrations, gouvernance et développement en Afrique de l’Ouest. En effet, le Chef de l’Etat, Macky Sall, n’est pas allé par quatre chemins pour dire ses vérités. Pour Macky Sall, même si l’immigration est un phénomène naturel qu’il faut maitriser, elle n’est pas du sens unique. «Si l’Afrique est une terre de départ, elle est aussi une terre d’accueil de non Africains», a-t-il soutenu.

Rejoignant le président de la Commission de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Marcel Alain de Souza, le chef de l’Etat, a estimé que seuls 15% des migrants ouest africains atterrissent en Europe. Mieux, pense-t-il ce taux devrait même être réduit. «Même les 15% qui vont en Europe, si nous parvenons à les retenir, nous le ferons. Nous devons travailler ensemble pour réduire ce pourcentage et créer l’emploi en Afrique». Pour Macky Sall, «la question mérite d’être traitée de façon appropriée en évaluant aussi la part et la responsabilité de chacune des parties».

HALTE A LA DISCRIMINATION DES AFRICAINS

Les pratiques discriminatoires à l’endroit des Africains doivent être bannies. Selon le président de la République, il est temps que les Européens aient une autre vision de l’Afrique et des Africains. «Notre génération d’Africains ne peut pas accepter cette façon de voir les choses. Parce que simplement l’Afrique a trop souffert des clichés de caractérisation à travers les médias. Et, on n’interroge pas très souvent l’histoire. Les responsables européens qui connaissent les relations entre l’Afrique et l’Europe comprennent parfaitement comment traiter le sujet. Mais, malheureusement, beaucoup de générations d’Européens actuellement ne savent pas le faire». Macky Sall trouve qu’on ne peut pas faire comme si l’Europe venait de naitre. «Si les Sénégalais m’écoutaient, aucun Sénégalais ne mettrait plus les pieds en Europe. On ne peut plus accepter qu’on nous dise, rentrez chez-vous !».

MACKY CONTRE L’EXPULSION DES IMMIGRES

La contribution de la diaspora sénégalaise dans l’économie nationale est estimée à 2 milliards de dollars ($) par an. Une manne financière qui représente deux fois plus que l’aide public au développement. Rien que pour cette raison, le chef de l’Etat, trouve que les pays africains ne peuvent pas accepter la réadmission qui consiste à refouler tous les africains sans papiers. Le retour de ces immigrés ne fera qu’accentuer la pauvreté et le manque à gagner des Etats africains, dénonce Macky Sall. «Il faut penser à lutter contre l’immigration clandestine et penser à régulariser les africains sans papiers sans antécédent judicaire et qui vivent déjà dans les pays européens. Comment peut-on rapatrier un immigré qui a séjourné longtemps dans un pays ? C’est d’abord une question d’humanisme», a-t-il soutenu.

Le chef de l’Etat relève, par ailleurs, qu’en parlant de l’immigration, d’autres questions doivent être résolues. Il s’agit notamment du plafonnement de la dette. «La question de l’immigration doit nous amener à penser à d’autres questions. Pourquoi si l’Afrique doit s’endetter on met le plafond à un niveau soutenant qu’il y a des risques. Il n’y a pas plus de risque ici qu’ailleurs. Il faut des prêts congestionnels ou semi congestionnels».

NON A L’EMIGRATION CHOISIE

Le concept de «l’immigration choisie», privilégiant certains africains actifs notamment éduqués ou qualifiés au détriment d’autres doit être banni. Pour Macky Sall, tous les Africains doivent être traités de la même manière. «La migration des étudiants, des hommes de lettres doit être facilitée. Mais pour cela, il faut freiner l’immigration clandestine tout en évitant cette immigration choisie. L’Afrique ne peut pas accepter de former ses cadres avec tant de difficultés et que tous ceux qui sont formés finissent par être recrutés en occident et dans les pays développés pour nous laisser avec ceux qui n’ont pas de qualification. Il faut prendre tout le monde ou alors on rejette tout le monde».

Dès lors, Face à la crise migratoire, les dirigeants africains doivent assumer leurs responsabilités. Des politiques de développement doivent être entreprises dans les Etats de départ. Cependant, le chef de l’Etat trouve aussi que l’Europe doit aider les pays africains à mobiliser des ressources.

 

ACCUEILLANT SEULEMENT 15% DES MIGRANTS OUEST AFRICAINS : L’Europe n’est pas un réceptacle de subsahariens, selon la Cedeao

Le président de la Commission de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Marcel Alain de Souza, n’est pas d’accord avec l’idée selon laquelle l’Europe est le plus grand lieu d’accueil des migrants ouest africains. «Il y a beaucoup de communications tapageuses pour montrer que l’Afrique de l’Ouest se déferle sur l’Europe. Les statistiques montrent que ce n’est pas vrai», déclare-t-il.

Les faits ne sont pas établis parce que, explique Marcel Alain de Souza, si on prend 100 migrants de l’Afrique de l’Ouest, les 70 restent en Afrique. La Côte d’Ivoire accueille 2.400.000 migrants, le Ghana et le Nigéria sont les pays qui le suivent. Et, laisse entendre le président de la Commission de la Cedeao, sur les 30% restants, seuls 15% vont en Europe.

Ce qui constitue, à son avis, un mouvement minoritaire. C’est pourquoi, ce qu’il importe de faire, c’est d’orienter le combat vers le respect des droits des migrants. Mieux, pense-t-il, les Etats africains doivent développer des politiques pour améliorer la vie dans les campagnes. Car, des les zones rurales, fait-il remarquer, seuls moins de 6% ont accès à l’électricité et à l’eau potable.

REVITALISATION DES ZONES RURALES : Macky annonce un programme pour les axes frontaliers

Dans la lutte contre le départ massif de jeunes vers les pays occidentaux, le chef de l’Etat, Macky Sall pense qu’il est nécessaire que des politiques de développement soient entreprises dans les zones reculées et frontalières. C’est dans ce sens, qu’il a annoncé la mise en place d’un projet dénommé Programme d’urgence de modernisation des axes frontaliers (Puma). «Si nous ne créons pas le développement, nous allons accélérer le phénomène de l’exode rural. Les gens quitteront les campagnes qui seront complètement désertes. C’est pourquoi, il faut revitaliser les zones rurales et frontalières. Ces villages sont abandonnés depuis l’indépendance. Il n’y a ni eau ni électricité ni téléphone. Comment peut-on envisager de retenir des populations dans ces conditions au 21e siècle ?»

 

Sud Quotidien

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