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Ousmane Sonko : le courage de dénoncer

La suspension du leader de PASTEF de ses fonctions d’inspecteur des impôts est révoltante, mais elle ne surprend pas dans un pays comme le nôtre. Le concept de droit de réserve qui lui est opposé pour légitimer sa punition est malheureusement, à bien des égards, la source du mal profond de nos États sous-développés et une des raisons de notre pauvreté endémique. On l’agite dans l’administration pour fermer les yeux sur les magouilles et légitimer par ailleurs les nombreux cas de corruption, de malversation et de détournement de sommes indues. Pendant ce temps, le pillage du pays et l’abus criminel de biens publics se poursuit tristement sous nos yeux.

Dans un État de droit bien gouverné qui sanctionne sévèrement les détourneurs de fonds publics et les délinquants fiscaux, les fonctionnaires exécutent correctement leur travail sans faire de bruit. Ils n’ont pas besoin de s’engager dans la vie politique ou de s’exprimer publiquement sur le contenu des dossiers incriminant des particuliers ou des entreprises. Ils transmettent les rapports issus de leurs enquêtes à qui de droit sans se soucier de la suite qui sera accordée à leur travail. Les mis en cause se verront infliger des peines à la hauteur des forfaits commis et l’exemple est ainsi donné aux citoyens qu’ils sont égaux dans leurs droits et dans leurs devoirs.

Dans un tel environnement, le concept de droit de réserve des fonctionnaires de l’État conserve tout son sens et trouve toute sa pertinence, car on ne veut pas empiéter sur le travail de la justice et on veut bien s’assurer que chaque dossier dans lequel pèse un doute soit minutieusement étudié avant d’être transféré aux autorités compétentes.

Cependant, dans un pays comme le Sénégal où il est de notoriété publique que certaines entreprises peuvent bénéficier d’amnistie fiscale selon le bon vouloir du ministre de l’économie et des finances et que d’autres peuvent se passer de payer leurs impôts parce qu’étant proches du parti au pouvoir, se taire devant de telles injustices, sous le couvert du droit de réserve, c’est être complice d’un vol organisé par l’État lui-même.

Pourtant nous n’ignorons pas qu’un pays s’enrichit et se développe en premier lieu à travers le système de perception des impôts aussi bien des particuliers que des entreprises publiques et privées. L’État s’en sert pour financer, entre autres secteurs, l’éducation, la santé, la culture et assurer ses investissements. Sinon, il risque de s’appuyer en grande partie sur l’endettement pour entretenir ses dépenses publiques. Il n’est pas surprenant justement que la dette publique contractée jusqu’ici par l’État du Sénégal représente plus de 50% de son PIB. Des centaines de milliards qui n’arrivent toujours pas à nous sortir de la pauvreté et dont on s’interroge sur leur destination finale.

À quoi sert la notion d’obligation de réserve si c’est simplement pour fermer les yeux sur le mal auquel on assiste et laisser la voie libre aux malfaiteurs dont le seul but est de s’enrichir sur le dos de leurs concitoyens ? Il est des moments où la force des convictions morales doit prendre le dessus sur la légèreté des concepts fourre-tout et répété ad nauseam pour bluffer les gens. Ousmane Sonko a choisi son camp. On se demande bien ce que feraient ses détracteurs s’ils occupaient la même fonction que lui et qu’ils étaient témoins des mêmes irrégularités que celles qu’il dénonce. Ils se voileraient certainement les yeux en brandissant ce triste droit de réserve.

Le président Macky Sall nous a clairement prouvé qu’il ne faut pas compter sur lui pour combattre les pilleurs de la république et mettre ainsi un terme aux nombreux scandales financiers dont le Sénégal souffre depuis très longtemps. La CREI mise en place avec beaucoup de tintamarre pour éclairer le peuple sur les centaines de milliards détournés sous le règne de son prédécesseur, Me Wade, s’est révélé être une coquille vide. Pire, comme si on nous replongeait dans nos vieux cauchemars, le Forum civil et l’OFNAC nous apprennent l’implication des proches du président Macky Sall dans la mauvaise gestion financière des structures qu’ils dirigent. Tous ces voleurs à col banc vaquent tranquillement à leurs occupations et l’on tente de détourner l’attention du pays par d’infectes campagnes de diversion politicienne.

Devant une telle situation, si un digne citoyen comme Ousmane Sonko, jouissant d’une crédibilité de par ses fonctions d’inspecteur des impôts, se lève pour sonner l’alarme et nous avertir sur la mal gouvernance dans laquelle le régime de Macky Sall nous a replongés, nous devons alors le soutenir et l’encourager dans cette mission car il est en train de mettre à nu, au péril de sa carrière et de sa vie, un système composé de politiciens , d’oligarques et de gestionnaires véreux dont la seule ambition est de se remplir les poches au détriment des millions de pauvres contribuables qui peinent toujours à vivre décemment.

Dans un pays majoritairement musulman où le prophète Mouhammad est perçu comme la référence et ses enseignements largement prodigués pour inspirer le bon comportement, il est important de rappeler ce hadith rapporté par Imam Mouslim : « Quiconque est témoin d’un acte répréhensible doit le corriger par la force de ses bras, s’il en est incapable qu’il le dénonce ouvertement, sinon qu’il intériorise son indignation et cette dernière attitude et le degré le plus faible de la foi. »

Ousmane Sonko s’inscrit fort heureusement dans cette voie prophétique et surtout patriotique. En cela il mérite toute notre admiration et notre soutien.

Lamine Niang

nianlamine@hotmail.com

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