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De l’intérêt de garder raison dans l’affaire Ousmane SONKO. Par Boucar Diouf

Les coups de menton désordonnés constatés ces temps derniers de la part de collaborateurs du Président de la République ont de quoi offusquer jusqu’aux modestes citoyens que nous sommes. En effet, au moment où ce dernier, en communion avec le peuple de Dakar, savourait la mise en route de réalisations majeures, certaines décisions, en porte à faux avec sa posture, nous amènent à croire qu’il ne serait pas loin d’être victime d’un mauvais sort.
C’est d’abord la justice, qui, dans un accès de fièvre aussi soudain qu’incompréhensible, ressuscite une loi « endormie » depuis cinquante ans en décidant de procéder à une rafle avant de déférer des handicapés pour mendicité sur la voie publique.
Le juge en charge du dossier a pu remettre les choses à l’endroit en convoquant le bénéfice du doute. Il aura sauvé les apparences dans un dossier que les sénégalais suivaient de très près, les un amusés, les autres vivant une mauvaise série de science fiction dont ils attendaient impatiemment la fin.
Le Président Macky SALL n’a rien gagné dans cette affaire et au contraire aura beaucoup perdu avec les handicapés, y compris ceux de son parti, qui se sont braqués contre l’Etat.
La deuxième bourde reste cette surprenante suspension de Monsieur Ousmane SONKO, qui sent l’amateurisme et la conspiration à plein nez. Cette décision injuste et illégale de la part du Directeur général des Impôts et des Domaines semble avoir été prise au corps défendant de ce dernier et dans la précipitation. Cela du simple fait qu’au vu de la chronologie des événements, il paraît normal d’en déduire une décision politique imposée à un technicien pur et dur qui n’aura appris qu’à asseoir et recouvrer des impôts avec le maximum de célérité.

En effet, il est de notoriété publique que le ministre des Finances a une prégnance plus marquée sur la DGID que le ministre du budget dont relève la structure. Le premier a de sérieux problèmes à se défaire de son manteau de Directeur Général qu’il n’arrive toujours pas à troquer contre celui de Ministre. Le jour où il y arrivera, certainement que le Président Macky SALL et l’administration d’élite que sont les Impôts et Domaines, qui sont à son service exclusif (y compris SONKO qui est un bon élément), en tireraient le plus grand profit.
Sur le même versant, les révélations de l’inspecteur sur l’Assemblée nationale n’en sont pas. Déjà en 1996, le même problème avait été soulevé à la DGID et ne fait que traduire, en dehors du non reversement d’impôts précommptés, la difficulté à déterminer le régime juridique des émoluments versés aux députés.
Il n’y avait donc pas lieu, pour le ministre, de lui promettre la guillotine, d’autant plus qu’à ma connaissance, le leader de Pasteef n’a pas ciblé les députés eux même mais l’Assemblée nationale et d’ailleurs certains de nos élus avaient posé la bonne question de savoir la destination des fonds qui leur étaient précomptés.
Au lieu de relever qu’il s’agissait d’un sénégalais qui se souciait, à bon droit, du respect du principe de l’égalité des citoyens devant les charges publiques, le Ministre a dérapé vers une utilisation politicienne de « l’information sur la dette fiscale de l’Assemblée nationale » promettant au passage des sanctions : « Ces propos, à l’origine de cette affaire, ont des soubassements politiques. Il y aura une réponse politique qui va régler ce problème. (…). C’est un débat qui n’aurait jamais dû être soutenu. Nous allons prendre nos responsabilités. Des mesures seront prises, dans les jours à venir, mais dans le respect strict des lois et règlements qui gouvernent la République. Personne n’a le droit de discréditer l’Assemblée nationale. Les députés ne nous doivent pas des impôts », avait martelé le ministre.
Certainement dans l’incapacité de servir la réponse politique promise, le ministre s’est contenté de cette réponse administrative préméditée, inopérante et dangereuse, qui nous mène droit vers une déstabilisation de l’administration fiscale, dont le pays se passerait bien.
Et d’ailleurs, je ne vois pas comment SONKO serait un danger pour le président Macky SALL. Lui comme les autres intellectuels lanceurs d’alerte peuvent être assimilés à des préposés à la vigilance et travaillent, peut être sans le savoir, à éviter à l’actuel Président le syndrome de DIOUF entre les deux tours de 2000. En effet, à chaque fois qu’on lui reprochait des choses avérées, sa réponse tombait laconique: « je ne savais pas ».
Sur un autre versant, il se dit que le ministre et l’inspecteur des impôts n’étaient pas loin l’un de l’autre dans un passé récent et il ne peut s’agir de régler des problèmes crypto-personnels en invoquant la protection du Président ou des députés, au risque de fragiliser un pilier essentiel de l’Etat.
En somme, il faut savoir raison garder.
Boucar DIOUF Coordonnateur National de la CIAR (Convergence d’Idées Autour de la République) Buuks@yahoo.fr

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