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Idrissa Seck : la sortie du « maelström politique »* (par Daouda NDIAYE)

« Je fais dire aux autres ce que je ne puis si bien dire tantôt par faiblesse de mon langage, tantôt par faiblesse de mes sens. Je ne compte pas mes emprunts, je les pèse » (Montaigne)

1. Depuis plus d’une décennie, embourbé ou englué malgré ses dénégations, dans le piège de l’affaire des 74 milliards dont il a été accusé ignominieusement de détournement, contre toute attente, Idrissa Seck se voit sortir de ce tourbillon politicomédiatique, par celui dont il est le principal opposant et adversaire politique, le président de la République Macky Sall. En tout cas, dans cette affaire, nous pouvons penser, à tort sans doute, que le président Macky Sall vient de siffler la fin du « Idrissa Seck bashing », en décidant de renvoyer ou d’ajourner « sine die », les auditions et enquêtes, que s’apprêtaient à ouvrir le procureur de la République (Serigne Bassirou Sarr), en s’autosaisissant.

2. Après tant d’années de révélations, d’accusations, et d’insinuations, nous voilà au terme de cet emballement entourant l’affaire des 74 milliards, avec la décision du Chef de l’Etat de n’engager aucune enquête pour édifier le peuple. En demandant à son ministre de la Justice (Sidiki Kaba), de mettre fin ou de surseoir, aux auditions envisagées de certaines personnes, par Procureur de la République, le président de la République vient de mettre un terme à la cabale dirigée contre Idrissa Seck, ce qui de surcroît devrait conduire à l’arrêt de cette perfide conspiration.

3. En ne voulant pas donner aux services judiciaires de l’Etat l’autorisation et les moyens d’enquêter, pour la manifestation de la vérité, Macky Sall reconnait implicitement l’innocence d’Idrissa Seck dans cette affaire. Même si sa décision est revêtue de « l’autorité de la chose décidée », néanmoins, au grand regret de nombre de nos concitoyens et très certainement, du principal concerné (Idrissa Seck), nous aurions voulu être édifiés pour que doute ne subsiste plus. Mais encore, le mis en cause aurait certainement souhaité obtenir un nonlieu très officiel de la Justice.

4. En décidant d’enterrer le protocole de Reubeuss, Macky Sall ne chercheraitil pas indirectement à demander au peuple, d’en faire autant pour le « protocole de Doha » ? A notre avis, les raisons de sa reculade trouveraient un début d’explication, dans le texte d’Idrissa Seck. Puisqu’il nous renseigne « il (le président Macky Sall) devrait instruire sa justice, même bananière, de convoquer l’ancien Président de la République pour le contraindre à expliquer clairement l’origine de l’argent que lui devrait Mr Idrissa Seck et surtout pourquoi il ne le lui réclame pas devant les tribunaux comme il l’a fait récemment avec un certain Mangane à Dubaï ». D’un autre côté, ditil « si cet argent (qu’on lui réclame) appartient au Trésor sénégalais, pourquoi s’étaitil contenté, alors qu’il était Président de la République, de ne réclamer que deux ou trois tranches de 7 milliards sur un pactole de 74 milliards? Et pourquoi les 14 ou 21 milliards iraientils dans sa poche et pas dans les caisses de l’Etat s’il s’agit de deniers PUBLICS ? ».

5. Réfléchi, pertinent et convaincant dans son langage, intrépide politicien, il fascine, à moins d’être viscéralement opposé à lui, on ne peut être très indifférent à l’homme politique, qu’on l’aime ou qu’on le déteste. Parce qu’il a de la prestance, de l’aura, du verbe et de la verve, c’est sans doute pour cela, qu’il a plus bénéficié d’une présomption de culpabilité, que de la présomption d’innocence, dont tout accusé est en droit de s’attendre.

6. En proposant un jury d’honneur en lieu et place de la Justice étatique, sa démarche laisserait supposer une certaine absence d’indépendance de l’institution judiciaire aux mains du président Macky Sall. De plus, un tel jury, surtout dans sa composition proposée, serait plus enclin à la neutralité, et à la recherche réelle de la vérité, que ne le serait un pouvoir judiciaire manipulé par l’exécutif. De notre point de vue, penser ainsi, est plus que plausible, car en intimant à son ministre de la Justice, de neutraliser les velléités du Procureur de la République (Serigne Bassirou Sarr), à s’autosaisir, pour élucider l’existence ou non de ce « diplodocus » politicojudiciaire. Le Chef de l’Etat confirme de fait, par sa décision que la Justice au sens large est bien évidemment inféodée à ses ordres.

7. Pour prouver sa bonne foi, il (Idrissa Seck) a défié le pouvoir de faire le nécessaire pour récupérer les 74 milliards, et par syllogisme annonce « un Président de la République, remplaçant son ignoble prédécesseur dont il a été le premier ministre et complice, serait encore plus ignoble. Il serait au courant ou détiendrait un « protocole de Rebeuss » mouillant son plus irréductible adversaire politique et le garderait sous le coude comme il déclare luimême l’avoir fait pour certains dossiers de justice. S’il avait ce « protocole », ce serait quand même pour lui une opportunité inespérée de réduire au silence cet impertinent de Idrissa Seck qui ose le qualifier de « dealer international » dans le cadre du vrai « protocole de Rebeuss/Qatar/Colombie » de l’affaire Karim Wade ».

8. Avec le président Macky Sall, nous ne sommes pas à l’abri d’un retournement, néanmoins, avec sa décision de de freiner les ardeurs du Procureur de la République (Serigne Bassirou Sarr), à enquêter pour élucider l’affaire des 74 milliards, ses snipers (Mame Mbaye Niang, Thérèse Diouf Faye, Abdou Mbow, Youssou Touré…) devraient méditer Anatole France pour qui « l’ignorance fait notre tranquillité ; le mensonge, notre félicité ». Pour enfin, se raviser et, mettre un terme à leur entreprise de diabolisation d’Idrissa Seck, et garder à l’esprit ce proverbe camerounais « le mensonge donne des fleurs mais pas de fruits ».

9. Nous ne saurions conclure, sans dire, contrairement à ce que pense le Président Macky Sall, nous pouvons affirmer une fois encore, qu’il est non seulement inconstant mais encore, incapable de résoudre nos moindres problèmes ou difficultés, à notre grand malheur et désespoir. Parce que, notoirement incompétents, avec son gouvernement, ils nous ont entrainés, depuis fort longtemps, dans un très sérieux état de catalepsie politique, social et économique.

Daouda NDIAYE

Juriste/Analyste politique

* Article dédié à Falla BA

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