Senejournal - Toute l'actualité du Sénégal

BONNES FEUILLES DE L’OUVRAGE : Affaire Karim WADE/Macky SALL…. La Grande entente ?

Paru en France le 6 juillet dernier, l’ouvrage est disponible dans les principales librairies du Sénégal et à Wal Fadjri (service commercial).

Extraits…

Parie 1 : Abdoulaye Wade, le gourou

Maître Wade connait ses compatriotes mieux que quiconque. Son âge y a grandement participé. Né, officiellement, le 29 mai 1926 à Kébémer, d’une mère manding et d’un père Ndiambour Ndiambour, le vieux est témoin de toute l’histoire contemporaine du Sénégal. Avant l’indépendance, il était là. Aucune histoire n’évoque sa participation à la lutte pour l’autonomie nationale mais il était bien là. Probablement à l’affût. Il avait déjà soutenu sa thèse en économie en 1959 et était avocat depuis plusieurs années. La souveraineté acquise, il se fit plus visible. Après un passage éclair dans les mouvements syndicaux et le Parti socialiste, Abdoulaye Wade fonda le PDS en 1974. Depuis, il s’est présenté à toutes les élections présidentielles. L’opposant a arpenté les chemins menant aux quatre coins du territoire national en quête de sympathisants et de suffrages. Ces tournées ne lui avaient certes pas permis de vaincre les socialistes, mais l’ancien doyen de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Dakar n’en revenait jamais bredouille. Plus il était défait, mieux il connaissait ses concitoyens. L’ex-pensionnaire de l’école normale Wiliam Ponty est si bien imprégné des engrenages de la société sénégalaise qu’il réussit, en quelques années, à implanter son parti dans les contrées les plus éloignées de la capitale Dakar. Cette connaissance se reflète dans ses discours qu’il sait si bien mettre au niveau de son auditoire. Malgré ses nombreux et divers parchemins, Abdoulaye Wade n’a guère désappris la plus usuelle des langues nationales du Sénégal. Lui, qui s’est marié à une Française en 1963 et qui a vécu des décennies en Occident, manie parfaitement le wolof. Imbu de ses subtilités, Me Wade parle à ses compatriotes selon leur niveau de compréhension. Il n’a pas opté par hasard pour le slogan wolof « Sopi », changement en français, à une époque où Senghor prenait plaisir à faire de ses concitoyens des littéraires. En plus de bien connaitre ses compatriotes, Me Wade excelle dans l’art de la ruse. Quand il s’agit de surmonter un obstacle ou d’empocher un gain, ces actes frisent la scélératesse. Le premier président du Sénégal ne lui a pas collé le sobriquet « Laye ndiombor» pour ses oreilles pour le moins très normales. Mais, même Léopold Sedar Senghor semble avoir bien tardé à cerner toute la personnalité de son nouvel opposant. Abdoulaye Wade avait, selon ses propres dires, demandé à avoir un parti de contribution. Quand le président Senghor accéda à sa demande, il se présenta contre lui, quatre ans plus tard, sous la bannière d’un parti d’opposition. Les thèses qui sous-tendent la fondation du PDS en 1974, année de libération de l’ancien président du Conseil, sont nombreuses. Senghor put bien lui avoir accordé un récépissé pour qu’à la place de Mamadou Dia qui venait de boucler onze ans de prison, Wade incarnat l’opposition. Mais, Maître préfère le scénario qui veut qu’il eût roulé Senghor. Avec le successeur de celui-ci, Abdoulaye Wade adoptait la même stratégie de ruse. Il accepta, à plusieurs reprises, de siéger dans le gouvernement sous les ordres du président Diouf…

 

Partie 1-a : Philosophie des 4 P (Police, Palais de justice, Prison, palais de la République)

Entre Abdoulaye Wade et la prison, c’est la mise en exergue d’une résultante d’enseignements profondément sociologiques. Le vieux a toujours revendiqué la victoire de toutes les élections présidentielles qui l’ont opposé à son prédécesseur. Mais, s’il a pu être populaire au point de rivaliser avec la gigantesque machine socialiste, c’est, en grande partie, dû à ses séjours répétés en prison. A chaque fois qu’il se faisait jeter en prison, Wade en ressortait plus populaire, plus adoubé, plus ragaillardi. Fort de sa proximité avec les populations, il n’hésitait pas à porter le combat politique dans la rue. Avec Me Wade, l’assertion « loin des yeux, loin du cœur », n’a pas de véritable sens. Pour se faire aimer, il faut, de temps à autre, se rendre invisible. Partir à l’étranger d’où l’on revient attendu tel un messie. Aller en prison d’où l’on sort comme une victime. S’il choisissait d’aller se mettre au vert en France, il ne laissait d’autre choix au régime socialiste que de l’embastiller. Derrière son bouclier constitué de militants hypnotisés à force de l’entendre discourir, Me Wade n’hésitait pas à lancer : « les forces de l’ordre, c’est des êtres humains comme vous ». En 1988, dès que les résultats des élections présidentielles et législatives furent proclamés, des émeutiers prirent d’assaut les rues de Dakar et sa banlieue. Magasins, boutiques, bus ou véhicules estampillés AD, rien n’échappa, de Pikine à Guèdiawaye en passant par Grand-Yoff, à la furie des contestataires. Dopés par on ne sait quelle potion, ceux-ci pillèrent systématiquement tout ce qui se trouvait sur leur passage destructeur. L’accalmie revenue, Me Wade fut mis aux arrêts en tant qu’instigateur des émeutes. Le 15 mai 1993, Me Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel, fut assassiné. Six jours après les élections législatives largement remportées par le Parti socialiste. Alors qu’il rentrait chez lui, après une journée de labeur, le magistrat fut intercepté par des individus qui, à force de tirer sur son véhicule, finirent par l’atteindre mortellement. Les plus sérieuses pistes convergeaient vers le leader du PDS qui serait le commanditaire du meurtre. Accusé «d’atteinte à la sûreté de l’Etat» et de « complicité d’assassinat », Me Abdoulaye Wade fut arrêté, au début du mois d’octobre, et envoyé à Rebeuss, en compagnie de Landing Savané et d’Amath Dansokho. Ce ne sont pas les seuls faits d’armes de Wade qui en avait fait voir de toutes les couleurs à Abdou Diouf. Plus les années passaient, plus Abdoulaye Wade devenait pressant. Il se faisait de plus en plus vieux et le pouvoir semblait le fuir malgré sa grande popularité. Un magistrat en exercice de ses fonctions était froidement tué et malgré les forts soupçons qui pesaient sur lui, Me Wade fut libéré. Se sachant intouchable, il s’est radicalisé. L’assassinat de Me Sèye était encore vivace dans la tête des Sénégalais quand un autre événement vint de nouveau perturber leur tranquillité. Mercredi 16 février 1994, le gouvernement s’apprêtait à rencontrer les responsables des principales organisations syndicales. Il était question d’évaluer les impacts de la dévaluation du F CFA, intervenue quelques semaines plus tôt, sur les salaires des fonctionnaires. Les syndicalistes allaient trouver un accord avec le Gouvernement et mettre un terme à leur bras de fer qui empêchait le bon fonctionnement de l’administration. Au même moment, Me Abdoulaye Wade et ses « amis » communistes tenaient un meeting. Les opposants ne voulaient pas de l’accalmie. Leur rassemblement allait se terminer, quand Me Wade demanda aux militants : « vous voulez marcher, il n’attendit pas la réponse pour enchaîner, eh bien marchez ». Comme s’ils n’attendaient que cet ordre, les opposants politiques, bien soutenus par les Moustarchidines, prolongèrent la rencontre politique dans tout Dakar. Armés de gourdins, de barres de fer et autres armes blanches, ils cassèrent tout sur leur passage conduisant tout droit vers le Palais présidentiel. Les forces de l’ordre parvinrent à les disperser, après qu’ils eussent dépassé le marché Sandaga. C’est aux abords de la Place de l’indépendance qu’ils durent capituler. Les conséquences étaient énormes. Six policiers furent tués, vingt-et-un autres grièvement blessés. Du côté des manifestants, le bilan fut arrêté à deux morts et une cinquantaine de blessés. Quarante-huit heures plus tard, Me Wade fut inculpé pour, entre autres chefs d’accusation, « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Il fut de nouveau écroué et toujours en compagnie de l’irréductible Landing Savané, leader du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS). Toutefois, en dépit de toutes ces charges extrêmement lourdes, qui auraient pu l’envoyer en prison pour le reste de ses jours, Me Wade s’en est encore sorti plus populaire. Adoubé par une jeunesse désœuvrée croyant encore à la révolution et honnissant au plus haut point le régime socialiste…

Partie 2 : Idy, l’épouvantail

Si Idrissa Seck était un « politicien pressé » comme il a été décrit, au lendemain de sa « séparation » avec Me Wade, il aurait sans doute déserté les rangs libéraux depuis fort longtemps. Le directeur de campagne du candidat Wade de 1988 à 2000 a longtemps tenu la maison libérale pendant que Maître admirait les décibels français. Pétillant et aussi grand orateur que son mentor, Idrissa Seck a toujours intéressé les socialistes qui tenaient absolument à ce qu’il rejoignît leurs rangs. Mais Idy tenait bon, pendant qu’Ousmane Ngom et Serigne Diop se laissaient séduire par les sirènes vertes. Convaincu que l’heure du vieux  n’était plus loin, il se cramponnait, le suivant  telle son ombre au prix d’énormes privations. En 1988, à l’issue de l’élection présidentielle remportée par le candidat socialiste dès le premier tour avec plus de 71% des voix, Abdou Diouf ne se contenta pas de décréter l’état d’urgence, il mit toutes les figures de proue de l’opposition en prison. Idy suivit son Maître à la Maison d’arrêt et de correction de Rebeuss.

Quand en 2000, la campagne qu’il dirigea fut sanctionnée par une victoire historique, Idrissa Seck se mit en retrait, laissant les autres festoyer. Personne ne le vit dans le premier gouvernement dirigé par Moustapha Niasse. Son rang de ministre d’Etat ne faisant pas l’objet de discussion, il s’installa dans le cabinet présidentiel, s’affairant autour des dossiers de chevet de son mentor. Le leader de l’AFP débarqué de son poste de Premier ministre, il demeura dans l’ombre, toujours ministre d’Etat auprès du président. A la fin du mois de septembre 2002, quand le naufrage du bateau le Joola emporta Mame Madior Boye et son équipe, Me Wade confia les clefs de la Primature à son « fils spirituel ».

Idrissa Seck devint ainsi le 9e Premier ministre du Sénégal, le 4 novembre 2002. Sorti de l’ombre, Idrissa Seck s’affirma comme le numéro deux de Me Wade et le gardien de son legs. Le 3 février de la même année, à l’Assemblée nationale, avec la voix cassée, il prouva à ses détracteurs, qu’après « la seule constante», c’était lui. Pour de nombreux observateurs, sa nomination à la tête du gouvernement marquait le début véritable du règne libéral. Les dernières figures de la société civile furent écartées de l’équipe gouvernementale. Mme Penda Mbow, qui était à la tête du ministère de la Culture, ne survécut pas à la montée en puissance des libéraux qui se manifesta davantage dans le Gouvernement 2 d’Idrissa Seck, fort de plus de trente membres. Quelques mois plus tôt, Karim Wade était officiellement promu, par décret présidentiel, dans le plus grand secret, conseiller-personnel du chef de l’Etat. Nommé alors que l’euphorie de la Coupe du monde asiatique était encore vivace dans la tête des Sénégalais, Idrissa Seck avait la lourde charge d’effacer les quarante années de gestion calamiteuse du régime socialiste et de redonner définitivement le sourire aux Sénégalais excédés. Seulement, Idrissa Seck ne tint pas deux ans. Alors qu’il se targuait d’avoir porté le taux de croissance à 6%, d’être revenu du Groupe consultatif de Paris avec 840 milliards de francs CFA, Me Wade le limogea le 21 avril 2004. Après lui avoir laissé terminer l’essentiel des chantiers de Thiès, qui marqueront à jamais son empreinte dans la cité du rail, le président de la République décida de le démettre de ses fonctions. Un limogeage dont le décor a été campé quelques jours avant la fête de l’indépendance du 4 avril 2004, le fameux « 4, 4, 44». Le défilé national prévu dans la commune de Thiès qui venait d’être magnifiquement réhabilitée, fut transféré à Dakar. Dans le discours officiel, il était indiqué, sans davantage de précision, que la ville n’était pas prête. Mais pour la presse, c’était «le coup fatal de Me Wade à Idrissa Seck», « une gifle de plus ». L’idée d’une dualité au sommet de l’Etat avait fini de germer…

 

Partie 3 : Le testament politique

Le président Wade venait d’être réélu à la tête de l’Etat du Sénégal pour un nouveau mandat de cinq ans. Il n’attendit pas la confirmation de sa victoire par le Conseil constitutionnel pour annoncer la couleur de ce qui allaient être ses relations avec les opposants qu’il venait de terrasser. Avant que les 5 sages n’officialisent son deuxième mandat, dimanche 11 mars 2007, le chef de l’Etat, qui s’était contenté des résultats provisoires donnés par la Commission nationale de recensement des votes présidée par le juge Cheikh Tidiane Diakhaté, tint une conférence de presse au Palais présidentiel. Devant les journalistes et à côté du Premier ministre, Macky Sall, Me Wade, habillé en costume noir, chemise blanche et cravate rouge, la voix grave, commença par tirer sur les journalistes qui l’auraient présenté comme minoritaire dans le pays. « La presse avait pensé que j’étais minoritaire, mais ce ne sont pas les journalistes qui font les élections. Leur opinion n’est pas celle des électeurs (…) Je ne connais pas un journaliste qui a fait une observation juste sur le Sénégal ». Bombant le torse, il se réjouit de sa victoire, précisant que son poursuivant direct était à « plus de 40% derrière ». Après avoir adressé des remerciements qui ne pouvaient manquer aux observateurs du scrutin et décoché des flèches contre la presse, Me Wade enchainait avec ce qui semblait être l’objet réel de son face-à-face avec les journalistes. La voix toujours aussi grave, il renseigna « j’avais demandé que l’on suspende les enquêtes à cause des élections et qu’après les élections, la vie de l’Etat continue. La justice doit faire son travail ». Nullement troublé, il continuait sentant le besoin de se justifier « il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières (…) Je ne peux pas pardonner pour les torts faits à l’Etat ». Ce décor lugubre ainsi campé, tout le monde se demandait s’il s’agissait du sempiternel dossier d’Idrissa Seck qui avait défrayé la chronique les mois précédents. Mais non! Maître avait des dossiers hautement plus croustillants. Il allait expliquer comment le Sénégal a été dépouillé par ses anciens collaborateurs et ses devanciers. C’est le leader du Parti de l’indépendance et du travail (PIT) qui prit la première couche. Selon Me Wade, Amath Dansokho allait être «poursuivi pour vente de terres appartenant à l’aéroport, pour mauvaise gestion et pour détournement de 17 millions F CFA reçus dans le cadre de la coopération décentralisée». Après le communiste, Moustapha Niasse en prit pour son grade. Le chef de l’Etat l’accusa d’avoir acheté sa maison sise à la Corniche Ouest (Fann résidence) à seulement 11 millions de F CFA payables en 19 mensualités. Pour Me Wade « c’est un vol et l’Etat doit être défendu », car la maison faisait partie de son patrimoine. Ce n’était pas la seule forfaiture qu’il attribua à son ex-Premier ministre. A l’en croire, celui-ci avait « vendu des passeports à des Chinois à Hongkong », alors qu’il était ministre des Affaires étrangères. « Il l’a reconnu et il doit avoir versé l’argent au Trésor public. Je lui dis de donner les preuves », assénait le SG du PDS. Ensuite, c’est vers Ousmane Tanor Dieng et Habib Thiam qu’il se tourna. Ces deux proches d’Abdou Diouf sont, expliquait-il, mouillés dans une sombre histoire de licences de pêche. « Le journal Sud qui n’est pas un ami avait publié des pages et des pages, de même que des photocopies de ces licences de pêche, d’une valeur de 20 milliards F CFA. Le mécanisme, ils l’ont reconnu dans un procès-verbal de la police. Habib Thiam dit qu’il a payé les frais du gouvernement à la Can 1992. Mais les policiers m’ont dit que telle société a versé dans les comptes de la société générale une somme d’un milliard et deux cents et quelques millions. Et qu’est-ce que vous avez fait de cet argent, Habib Thiam répond qu’ils ont acheté des véhicules pour leur parti, le PS », martelait Wade. Il n’en avait pas encore fini. Alors que les journalistes murmuraient, se délectant déjà, Me Wade brandit un document. Il indiqua qu’il était signé par Idrissa Seck. « Pour Monsieur Idrissa Seck, étant en prison, les gens avaient dit que je l’ai reçu. Les gens se posaient la question. Nous étions dans une sorte de jeu d’échec à distance. Et quand, à un moment donné, il a demandé que je l’aide à sortir, je lui ai dit : à condition que tu rembourses l’argent que tu as pris. Je lui ai dit : si tu rembourses, je vais demander au procureur d’être indulgent, on va trouver une solution. Et il a signé ce papier écrit de sa main dans lequel il dit : je soussigné Idrissa Seck donne pouvoir à mon notaire Madame Nafissatou Diop de signer l’engagement daté du 29 décembre 2005 portant sur l’accord avec Me Ousmane Sèye représentant le président de la République. Je m’engage dès ma libération – parce qu’il avait dit qu’il ne pouvait pas faire des opérations financières étant en prison – à remettre, pour le compte du président de la République, la somme de 7 milliards CFA d’acompte sur les fonds politiques pour l’organisation des élections législatives 2007 ». Contre son ancien Premier ministre libéral, Me Wade alla plus loin. A l’en croire, celui-ci avait planqué plusieurs dizaines de milliards de francs F CFA à l’extérieur. Plus de « 40 milliards déposés par Idrissa Seck dans un compte trust à New York chez un avocat », renseignait-il. Avant de préciser que les élections de 2012 allaient être financées sur le même registre par Idrissa Seck qu’il révéla comme le trésorier « de la grande famille libérale »…

 

Partie 4 : La première victimisation

Il avait fait ses preuves en portant haut les couleurs du parti à l’élection présidentielle de 2007 qui voyait le candidat dont il était le directeur de campagne passer au premier tour avec 55,9% des voix. Il conduisit, sans le revendiquer, certains des grands chantiers de Me Wade qui le félicita chaleureusement, ne tarissant pas d’éloges sur lui.  Macky Sall était à l’apogée d’une carrière politique ne souffrant d’aucun couac.

Mais, Me Wade avait d’autres desseins pour la matérialisation desquels il avait encore besoin de son fidèle élève. Il commença par lui baliser une voie royale qui lui permit d’être le seul candidat à la présidence de l’Assemblée nationale et d’obtenir 143 voix sur 146. Ainsi, le 20 juin 2007, quelques mois après la présidentielle, Macky Sall se retrouvait à la tête d’une Xe législature boudée par l’opposition et totalement acquise à la cause libérale.

Ce nouveau positionnement devrait être analysé non pas comme une rupture mais un début d’émancipation de Macky Sall. Comme avec Idrissa Seck trois ans plus tôt, c’est Me Wade qui le précipitait dans l’opposition, tentant ainsi de dresser un mur de lamentations, un refuge pour mécontents. Confronté à de nombreuses difficultés qui pouvaient faire basculer son régime, à tout moment, et anéantir son ambition de propulser son fils, Me Wade ne pouvait pas croiser les bras. D’abord, il ne lui restait pas beaucoup de temps pour organiser la présidentielle suivante qu’il a calée, avec beaucoup de risques, pour 2012. Ensuite, les populations, tenaillées par la crise alimentaire mondiale, manifestaient de plus en plus leur colère, s’organisant en associations. Depuis le début du mois de février 2007, le prix du blé avait presque doublé à l’international et celui du riz atteignait un record. Les autres denrées de première nécessité (sucre, lait, huile…) se mettaient également hors de portée des populations modestes qui sont grandement majoritaires. Et comme si toutes ces difficultés ne suffisaient pas, la Société nationale d’électricité du Sénégal (SENELEC) refusait d’approvisionner correctement les populations. Depuis plusieurs mois, elle se révélait incapable d’enchainer deux jours sans priver de courant, pendant des heures, une grande partie de la population. Me Wade flairait un gigantesque ouragan. L’économiste ne pouvait guère ignorer cette situation qui se faisait grandement ressentir par les Sénégalais qui en avaient assez. L’opposition, après avoir lancé plusieurs initiatives pour la démission de Wade sans jamais trouver d’écho favorable au sein des populations, se voulait « républicaine » et abandonnait le combat. Mais, cette situation ne pouvait pas persister surtout avec les élections municipales, rurales et régionales qui se dessinaient et pour lesquelles Me Wade nourrissait d’ambigües ambitions. Macky Sall, maltraité et banni, pourrait, à la place des opposants politiques invisibles, cristalliser et incarner ce mécontentement populaire qui n’avait d’écho que dans les chaumières. Le leader du PDS était d’autant plus sûr de son coup qu’il était convaincu qu’Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse qui représentaient, avec Amath Dansokho, ses plus farouches opposants, n’allaient jamais se retrouver autour de l’essentiel. La haine entre les deux hommes, plus qu’anecdotique, est viscérale. Me Wade sait que l’AFP a été créée parce que Niasse ne supportait pas le leadership de Tanor au PS.

Cinq mois après son intronisation au perchoir de l’Assemblée nationale, en octobre 2007, celui qu’Abdoulaye Wade avait présenté, un peu plus tôt, à feu Serigne Saliou Mbacké, alors khalife général des mourides comme son « successeur, le futur président de la République du Sénégal », entra en action. Il convoqua Karim Wade à l’Assemblée nationale pour, disait-on, qu’il s’expliquât devant les députés. Macky Sall dira, selon les câbles Wikileaks, avoir commis une erreur en convoquant Karim Wade, qui préparait activement le Sommet de l’OCI, sans en parler à son père. Au magazine Jeune Afrique, il dira avoir oublié d’informer le chef de l’Etat avant d’ajouter « je ne regrette rien du parcours que j’ai eu. Je rends grâce à Dieu de ma disgrâce ».

Partie 6 : La deuxième victimisation

Le président Macky Sall n’avait pas seulement gagné la présidentielle de la plus belle des manières. Il avait également empoché une marge de manœuvre considérable. A part une certaine presse, qui croit être contre lui en prenant partie pour les Wade, aucune voix contestant un de ses choix ne résonnait. Les enseignants avaient fini de regagner les classes, prolongeant l’état de grâce accordé au nouvel élu. Plusieurs mois après son élection, le Sénégal continuait de se débattre dans la difficulté maintenant les Sénégalais dans une grande  misère. « Dëkk bi dafa Macky » devenait la rengaine des populations qui n’avaient aucune raison d’être optimistes et aucune voix pour relayer leurs complaintes. Avant de partir, Abdoulaye Wade avait tendu la perche à Macky Sall, en clamant que les fonctionnaires ne seraient pas payés si les électeurs ne le choisissaient pas. Cette déclaration prémonitoire d’un candidat sentant sa déroute imminente est le bouclier derrière lequel Macky Sall va longtemps s’abriter pour faire patienter tout le monde.

Toutefois, cet état de grâce s’est considérablement prolongé, parce qu’aussi Macky Sall n’a pas attendu de se mettre définitivement dans ses habits de président pour « traquer » les anciens barons du régime de Wade. Il avait annoncé la couleur en dissolvant de nombreuses agences et en abrogeant le décret n° 2012-301 du 23 février 2012 portant approbation de la Convention de concession passée entre l’Etat du Sénégal et la Société MTL Infrastructures et Services S.A. pour l’établissement et l’exploitation d’infrastructures de Télécommunications. Abdoulaye Wade avait cédé en catimini, à trois jours de la présidentielle, une quatrième licence de téléphonie. Ces premières mesures furent suivies par la convocation à la section de recherches de la gendarmerie de certains responsables du régime qui venait de s’écrouler. La « traque » fut lancée. En effet, présidant la réunion du Conseil des ministres du 10 mai 2012, Macky Sall informa les uns et les autres qu’il avait signé le décret n° 2012-502 portant nomination des membres du Siège, du Parquet et de la Commission d’instruction de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI). La deuxième victimisation venait aussi de voir le jour. Depuis ce 10 mai 2012, date de la nomination des procureurs spéciaux Alioune Ndao et Antoine Diome et autres, jusqu’au 23 mars 2015, date de la condamnation de Karim Wade, la CREI se révélera tel un véritable instrument de victimisation.

Le procès Karim Wade n’avait pas réellement commencé que les libéraux s’insurgeaient déjà contre ce qu’ils qualifiaient d’arme destinée à casser les adversaires du président Macky Sall. Si les lamentations des libéraux ont trouvé écho favorable chez de nombreuses organisations des droits de l’Homme, c’est que la CREI souffre d’un mal congénital. Elle a, en effet, été instituée en juillet 1981 par l’ancien président Abdou Diouf qui venait d’accéder à la magistrature suprême. Celle-ci a, depuis, polarisé les plus folles critiques quant à son impartialité. Pour ses plus farouches détracteurs, le successeur de Senghor avait mis en place une telle cour pour dissuader et tenir en laisse les barons socialistes qui voyaient d’un mauvais œil son parachutage au Palais présidentiel. Venu de nulle part, Abdou Diouf par la bénédiction de son mentor, avait doublé tous ses camarades de parti en s’installant sur le fauteuil présidentiel. La CREI sous son oreiller, Abdou Diouf tint les caciques du PS qui rouspétaient, à distance. De 1981 à 2012, la Cour n’aura été mise en service qu’à deux reprises. Abdoulaye Wade, nouvellement élu, développa également une stratégie visant à ligoter certains de ses adversaires. Mais contrairement à son prédécesseur, il s’appuya sur les tribunaux ordinaires pour mettre au gnouf des hommes politiques comme les anciens directeurs généraux Mbaye Diouf et Abdoul Aziz Tall. Quand il s’est agi d’écarter Idrissa Seck, un ancien Premier ministre, la Haute cour de justice fut installée. Mais, Idy s’était déjà rendu à la DIC et s’était vu notifier sa garde à vue. Macky Sall, lui-même, partit répondre à une convocation au Commissariat central de Dakar. Durant tous les mandats de Me Wade, jamais il n’a été question de la CREI qui somnolait depuis plus de 30 ans. En prenant la décision de la réveiller, Macky Sall déclenchait une longue procédure mettant l’essentiel des arguments valables du côté des mis en cause…

 

Habitant du Ndiambour, une province du royaume du Cayor correspondant aujourd’hui à la région de Louga

Laye le lièvre. L’animal est, au Sénégal,  symbole d’intelligence et de ruse

Membres du mouvement politico-religieux Moustarchidine Wal Moustarchidaty fondé dans les  années 70

Le pays est Macky : pour dire que c’est la dèche nationale

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.