Zoom sur la commercialisation de l’anacarde: Quand le Sénégal crache sur l’or gris!

La campagne de commercialisation de l’anacarde bat son plein dans le Sud du pays. A Sédhiou, elle suscite l’engouement chez plusieurs couches de la population, surtout celles établies dans la partie méridionale de la région frontalière à la Guinée Bissau. Les prix aux producteurs et aux industriels ne sont pas stables et oscillent entre 800 F Cfa et 600 F Cfa. Ici, comme partout au Sénégal, la filière anacarde est la plus désorganisée de toutes. Le transport des produits vers les grands centres de commerce relève d’une extrême peine tant l’enclavement est asphyxiant. L’Etat est quasi absent dans la chaîne de production et de vente. Conséquence, aucune base de données fiable n’est à ce jour disponible. Même si l’on annonce une production record de 18.000 tonnes l’an dernier dont 2.700 tonnes de Fatick et Sokone. Le projet d’appui au développement économique de la Casamance (PADEC) et l’IRD sont sur le terrain pour réorganiser la filière.

Jusqu’à un passé très récent, la production de l’anacarde n’enchantait point le commun des Sénégalais, tout au moins pour la collecte des noix. La pomme faisait l’affaire d’une minorité, des communautés qui en assuraient la fermentation aux fins de production de vin, d’alcool. Mais cette dernière décennie, c’est comme qui dirait une course effrénée à la collecte de la noix d’acajou. Celle-ci est très prisée par des bailleurs, au premier rang desquels, les indiens majoritairement basés en Gambie.

Aux producteurs, le prix de cession est aléatoire, selon les terroirs et les disponibilités financières. Ansou Mané un producteur de Goudomp renseigne qu’«en mars, le prix au kilogramme était à 800 F Cfa. Mais la ruée des populations vers ce trésor à fait chuter la valeur marchande rabattue entre 650 et 500F Cfa par endroit (entre fin avril, début mai, ndlr). La filière de l’anacarde est laissée à elle-même et c’est devenue un marché où les acteurs fixent eux-mêmes le prix en fonction de la disponibilité du produit».

Bacary Mansaly, un autre producteur de renom, de faire observer qu’«aucun point de collecte n’est défini, lieu où pourront se retrouver les vendeurs et harmoniser leurs approches. La conséquence est alors claire: les bailleurs nous imposent leur prix et on y peut absolument rien», dit-il avec remord.

Le Balantacounda frontalier à la Guinée-Bissau est la zone de prédilection de cette filière. Il pourvoit une bonne part des produits en direction de la Gambie, via Ziguinchor, pour regagner l’Inde.

LE PADEC ET L’IRD A LA RESCOUSSE D’UNE FILIERE A L’ABANDON

Le Programme d’appui au développement économique de la Casamance (PADEC) se propose d’accompagner les opérateurs de la filière anacarde dans leurs activités de développement organisationnel. En avril 2014 déjà, le programme avait appuyé à l’élaboration et la validation du Plan d’action du Cadre de concertation des opérateurs de la filière anacarde (CRCOA) de Sédhiou, à l’occasion d’un atelier de partage à Diendé. Cette rencontre mettait l’accent sur le renforcement des capacités des acteurs pour mieux rentabiliser les ressources, notamment le maillon de la transformation de l’anacarde.

En plus, la Coopérative agroalimentaire de la Casamance (CAC/Sédhiou) créée, quatre mois plus tôt, par 17 GIE membres fondateurs spécialisés dans la transformation de la noix brute et de la pomme de cajou, a bénéficié de l’appui du PADEC pour la construction d’une unité de transformation et de conditionnement (UTC). Les GIES ont reçu des formations en techniques de transformation et de renforcements de capacité en gestion administrative et financière.

De même, International Relief and Developpent (IRD) est sur le terrain de l’encadrement technique des producteurs des régions du Sud du Sénégal. Des financements sont également octroyés aux producteurs pour améliorer l’environnement des affaires de la filière anacarde dans la région de Sédhiou.

LES CONTRAINTES DE L’EVACUATION ANNIHILENT LES AMBITIONS

Seulement, aucun point de collecte n’est officiellement ouvert dans les trois régions de la Casamance (Sédhiou, Kolda et Ziguinchor). Résultats, les achats se font même dans la rue, les plantations, dans les domiciles aussi. Les commerçants font des prêts financiers pour se jeter dans l’achat de l’anacarde et promènent leurs camions jusque sur des sentiers jadis occupés par des cyclistes. La région de Sédhiou, avec ces nombreux cours d’eau ponctués par 19 lieux de passage, est enclavée en toute saison. Une fois sorti de ces entrailles des forêts casamançaises, le port de Banjul, en Gambie, reçoit plus de sollicitations pour le convoiement des produits vers l’étranger, l’Inde en général.

ENVIRON 18.000 TONNES LA PRODUCTION NATIONALE POUR 64.000 HECTARES

Au sujet des données sur la filière anacarde, aucune statistique fiable et officiellement recueillie n’est disponible présentement au Sénégal, selon les acteurs de la production de l’anacarde. «Une enquête vient d’être bouclée, mais elle est loin d’être exhaustive en termes de maillage des collectes», indique une source proche du milieu de la production. Officieusement, l’on annonce près de 18.000 tonnes collectées l’an dernier au Sénégal, pour approximativement 64.000 hectares de plantation. En cela, les collectivités de Fatick et de Sokone ont réalisé une production de 2.700 tonnes. Il importe de relever qu’au Sénégal, seule la Casamance et la région de Fatick s’activent dans cette filière anacarde en sus de la Guinée-Bissau qui approvisionne le marché du Sud du Sénégal via des opérateurs itinérants.

Il est donc attendu de l’Etat une organisation de la filière anacarde au travers des Directions régionales du développement rural (DRDR) et des projets et programmes. Cela participera, assurément, à donner de la valeur à la production, non sans implications significatives sur le revenu des ménages ainsi que l’indice de développement économique et social du pays.

 

SUD QUOTIDIEN

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.