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Les Chinois, nouveau bouc émissaire des commerçants sénégalais

Les marchands du centre commercial Touba Sandaga (marché Sandaga), dont les marchandises proviennent de France, d’Italie, des Etats-Unis ou de Turquie, sont tous d’accord pour accuser les Chinois : « C’est catastrophique. La présence des Chinois ne nous arrange pas, au contraire elle nous dérange comme c’est pas possible », me dit un vendeur de prêt-à-porter. Un de ses collègues manifeste le même mécontentement : « la présence massive des chinois est un problème pour nous les commerçants mais c’est aussi un problème pour le Sénégal parce c’est une partie de l’économie de notre pays que les Chinois transfèrent chez eux et cela le gouvernement ne le perçoit pas encore».

Pour être plus clair, il me donne un exemple : « Supposons qu’un Chinois gagne ici 10 000 euros, lorsqu’il retournera en Chine, il n’en dépensera que 3 000 pour acheter des produits parce que la marchandise vendue au Sénégal ne coute absolument rien là-bas et 7 000 euros y resteront ». Un autre vendeur de prêt-à-porter va dans le même sens que ses voisins : « leur présence est un handicap pour nous : avant nous marchions avec deux pieds mais depuis qu’ils ont envahi notre secteur nous ne marchons qu’avec un seul pied, à vrai dire, nous sautillons ».

Les commerçants prétendent que leur chiffre d’affaire a baissé depuis l’arrivée des Chinois. Si je ne suis pas parvenu à avoir les chiffres exacts, ils m’ont quand même indiqué la valeur de la baisse en pourcentage. « Notre chiffre d’affaire a baissé grave, personnellement je peux estimer la baisse de mon profit à plus de 50%. Avant je faisais un profit considérable et j’avais même pu acheter un terrain mais là j’ai même du mal à le clôturer tellement les affaires sont dures », déclare Badara, propriétaire de la boutique Sabra Shop. La baisse du profit s’explique par la baisse de la clientèle qui se fait de plus en plus rare. Babou un vendeur de vêtements et de chaussures m’explique : « Je vends moins maintenant parce que le commerce est saturé, il y a quelques années, je vendais mes arrivages en quatre ou cinq jours mais maintenant même deux mois ne suffisent pas pour en liquider un. »

Autre problème : le manque de confiance de la clientèle pour les produits. C’est ce que m’affirme M. Seck : « Les clients qui veulent des produits de qualité viennent toujours s’approvisionner ici mais la plupart ne nous font plus confiance parce que les Chinois falsifient nos articles. De ce fait, les clients pensent que tout est chinois maintenant ». Badara l’appuie dans ses propos : « C’est le malheur ! Les clients doutent souvent de la qualité de notre vente parce que parfois ils achètent ici un produit qu’ils retrouvent après sur le marché chinois alors que c’est juste de la contrefaçon. La qualité est loin d’être la même ». Les commerçants évitent autant qu’ils peuvent de se faire voler leurs idées par les Chinois et n’hésitent pas à prendre des dispositions rudes vis-à-vis des quelques asiatiques qui s’hasardent dans leurs magasins : « Ils sont trop rapide pour contrefaire, à chaque fois qu’un Chinois entre dans ma boutique je le mets dehors parce que si je lui vends un article, il l’enverra en Chine et en falsifiera des milliers qu’il reviendra vendre. Cela dévalorise l’article en question ».

Selon tous ces commerçants qui ont déversé leur bile sur les Chinois, le commerce qui est devenu très saturé ne peut pas redevenir comme avant. Mais néanmoins, des mesures doivent être prises par les autorités qui, d’après M.Seck, doivent accorder aux nationaux le privilège du commerce : « Tous les pays protègent leur nation en matière d’économie, en réservant des travaux aux nationaux. Le commerce est galopant, il faut qu’il soit réglementé. D’autant qu’il n’y a pas beaucoup d’usines dans ce pays donc le gouvernement doit protéger le commerce ». Babou, lui, propose une autre stratégie : « Je pense plutôt que les autorités devraient leur imposer l’importation de marchandises de qualité car ils savent très bien en faire. Cela permettrait de rendre le marché stable parce que là il est vraiment déséquilibré ».

Certains commerçants souhaitent même que les Chinois soient rapatriés ipso facto chez eux : « Ils doivent tous être expulsés, qu’il n’en reste pas un ! », dit l’un d’entre eux avec beaucoup de fougue. Babou est contre cette solution extrême et il m’explique pourquoi : « Nous autres Sénégalais sommes aussi partout dans le monde pour commercer et nous ne supporterions pas d’être expulsés. Il faut tout juste le voir ainsi ».

 

Liberation.fr

 

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