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VIOL SUIVI DE MEURTRE : Mame Abdou Sarr et Moussa Ndiaye condamnés à 20 ans de travaux forcés

Vingt ans de travaux forcés. C’est la peine écopée par les meurtriers-violeurs de la demoiselle Sokhna Ndiaye. Un crime qui avait, en son temps, alimenté la chronique «faits divers» dans la capitale du Ndiambour.

L’affaire avait défrayé la chronique à Louga. Le 06 février 2013, les éléments du Commissariat urbain de Louga recevaient, en effet, un appel téléphonique les informant de la découverte d’un corps sans vie à proximité du mur de clôture de l’Ecole élémentaire Samba Top sise au quartier Artillerie 2. Aussitôt, ils effectuaient un transport sur les lieux. Ce qui leur avait permis de constater le corps sans vie d’un individu de sexe féminin entièrement nu, couché sur le dos, le visage orienté vers le ciel, les bras allongés sur chaque côté, le long du corps, les jambes écartées sur lesquelles un cuissard noir avait été rabaissé jusqu’aux chevilles. Poursuivant, les agents de la police constataient des taches de sperme apparentes sur ledit cuissard ainsi que sur les parties intimes de la victime. Non loin du corps sans vie, environ sur une distance de 30 mètres, un préservatif contenant du sperme avait été découvert.

Le corps sans vie de la victime, identifiée sous le nom de Sokhna Ndiaye, avait été déposé à la morgue de l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye de Louga, en attendant l’arrivée des agents de la Division de la police technique et scientifique (Dpts). Le certificat de genre de mort, en date du 6 février, établi par le docteur Ibrahima Diabaté, chirurgien urologue au Centre hospitalier régional Amadou Sakhir Mbaye de Louga faisait état d’une mort violente par plaies pénétrantes thoraciques et abdominales avec hémorragie interne et externe, vraisemblablement par un objet tranchant et piquant avec suspicion de viol.

Tests Adn

Entendue par les éléments enquêteurs de Louga, Fatou Ndiaye, petite sœur de la victime, déclarait que, le jour des faits, elle était partie, en compagnie de sa sœur, Ndèye Arame Ndiaye, apporter le dîner du sieur Diouf, un enseignant habitant non loin de la maison et laissant Sokhna Ndiaye à la maison. A leur retour, elles ne l’avaient pas trouvée sur place. Immédiatement, elles se lançaient à sa recherche. Pensant qu’elle devait se trouver chez son copain, Mame Abdou Sarr, elles s’étaient rendues au domicile de ce dernier. Retrouvé seul en train de manipuler son ordinateur, après leur avoir répondu n’avoir pas vu Sokhna Ndiaye, il s’est joint aux recherches. Poursuivant, elle expliquait que, au cours des recherches, Mame Abdou Sarr avait fait appel à un marabout pour l’orienter dans les recherches. Quelques temps après, Mame Abdou Sarr était revenu leur dire avoir vu Sokhna Ndiaye dans un état qui ne lui plaisait pas. Lorsqu’elles se sont rendues à ce lieu indiqué par Mame Abdou Sarr, elles avaient vu le corps sans vie de Sokhna Ndiaye, ensanglanté et dénudé. Sa sœur, Ndèye Arame Ndiaye, livra le même témoignage.

Entendue, Djimby Diagne, mère de la victime, déclarait que, au moment des faits, elle se trouvait à Dakar. Elle avait été informée par sa fille, Ndèye Arame Ndiaye, qui lui avait aussi précisé que Mame Abdou Sarr s’était joint aux recherches.

Entendu comme témoin, Oumar Diouf confirmait les déclarations de Fatou Ndiaye et Ndèye Arame Ndiaye. Il ajoutait qu’il s’était joint aux personnes qui recherchaient la victime.

Interrogé, Mame Abdou Sarr laissait entendre qu’il avait accompagné les sœurs de sa copine disparue, Sokhna, dans le but de la retrouver. A cet effet, il avait fait appel à un marabout pour l’aider à retrouver sa copine. Et c’est par la suite qu’il apercevra, dans l’obscurité, un corps allongé au bord de l’école Samba Top à Artillerie.

Suite aux rumeurs qui circulaient dans la ville, les nommés Khalil Sow et Moussa Ndiaye alias Nabi étaient fortement soupçonnés. Interpellés et interrogés, les derniers nommés niaient toute implication dans les faits incriminés. Les prélèvements effectués sur les mis en cause, destinés aux tests ADN, avaient abouti aux conclusions suivantes : les traces d’Adn dont le profil génétique correspond à celui des suspects avaient été trouvées sur le cuissard que portait la victime. Le deuxième lot de préservatif trouvé dans l’armoire de Mame Abdou Sarr contient de l’Adn dont le profil génétique correspond à ce même suspect.

La présence de traces d’Adn dont le profil génétique correspond à celui du deuxième suspect, Khalil Sow, n’a pu être établie par l’enquête.

Devant le magistrat instructeur, la partie civile, Djimby Diagne, reprenait les mêmes déclarations qu’elle avait tenues à l’enquête préliminaire. Elle a précisé même avoir voyagé à bord du bus géré par le principal suspect, Mame Abdou Sarr. Elle ajoutait avoir remarqué que sa fille ne semblait pas être en de bons termes avec son amant.

Quant aux témoins, Ndèye Arame Ndiaye, Fatou Ndiaye, Oumar Diouf, Samba Bâ, Allé Niang et Fatou Guèye, ils reprenaient l’essentiel de leurs déclarations faites à l’enquête préliminaire.

«4 % de marge d’erreur»

Inculpés de viol suivi de meurtre, Mame Abdou Sarr, Moussa Ndiaye dit Nabi et Khalil Sow persistaient dans leurs dénégations et niaient toute implication dans les faits incriminés. Les dénégations de Khalil Sow seront couronnées de plus de succès. Constatant qu’aucun élément objectif de la procédure ne fait état de son implication dans les faits, encore moins les tests ADN, l’instruction concluait qu’il n’y a pas lieu à poursuivre Khalil Sow des chefs de viol et de meurtre et à un non-lieu à son profit. Quant aux deux autres, le magistrat instructeur, constatant que la conjugaison des éléments conforte à suffisance les accusations de chef de meurtre et de viol sur la victime, Sokhna Ndiaye, ordonnera leur mise en accusation.

Devant la barre, les accusés embouchent la même trompette de la dénégation. Mais, ils seront davantage desservis par la constance, dans leurs déclarations, des témoins ainsi que par les tests Adn. Un boulevard pour le parquet qui a requis, à leur encontre, 20 ans de travaux forcés.

La défense s’attaquera, quant à elle, aux conclusions de la Police scientifique qui, selon elle, comportent «une marge d’erreur de 4 %». Au surplus, les avocats nient l’existence du viol en ce sens que, selon eux, deux personnes ne peuvent violer, en même temps, une fille. Pour conclure, l’avocat de Mame Abdou Sarr pense que ce dernier n’avait pas besoin de violer sa copine qui était constamment chez lui.

Une plaidoirie qui n’a pas attendri la chambre criminelle. Laquelle, suivant le parquet dans son réquisitoire, condamnera à 20 ans de travaux forcés les nommés Mame Abdou Sarr et Moussa Ndiaye.

Ibrahima ANNE (WALF QUOTIDIEN)

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