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FETE DU 1er MAI ET SYNDICALISME AU SENEGAL: L’intrusion politique et la naissance des syndicats du «cartable»

Ce dimanche, est célébrée au Sénégal, la journée international du travail. Les syndicalistes vont défiler devant le chef de l’Etat pour lui remettre leurs cahiers de doléances renfermant leurs revendications pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Mais de plus en plus, le syndicalisme est infesté par le virus politique entrainant ainsi l’émiettement syndical.

Au Sénégal, la longue grève des cheminots du tronçon ferroviaire Dakar-Niger est symbolique de l’émergence du syndicalisme. Cette grève qui a duré plus de 5 mois est le point d’orgue d’un mouvement social sénégalais.

«L’émergence du front populaire va favoriser l’éclosion de vrai syndicalisme africain. Les premières associations professionnelles vont voir le jour. Les cheminots vont lancer à cette époque une première grande grève qui fût sévèrement réprimée», selon Oumar Guèye, universitaire.

Eveil d’une conscience syndicale au Sénégal

L’abrogation de la loi sur l’indigénat, en 1946, va aussi faciliter l’essor des mouvements syndicaux avec l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (Unts). Cette organisation syndicale a beaucoup contribué à la lutte pour l’indépendance au Sénégal.

Selon Cheikh Diop (secrétaire général de la Cnts/Fc), ce mouvement syndical a été au front dans la contestation contre le régime de Senghor lors des événements de Mai 68.

«Les événements de Mai 1968 ont abouti à la dissolution de l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (Unts). Des lors, Senghor intègre définitivement le contrôle des forces syndicales dans sa politique de gestion du pouvoir».

La formation de la Cnts en 1969 qui sera affiliée à l’Union progressiste sénégalaise (Ups) marque le début du processus de la participation responsable du syndicat au gouvernement. Des responsables du syndicat participaient aux différents gouvernements sous l’ère socialiste. Un positionnement qui a été remis en cause par Madia Diop qui, dans son manifeste de 1981, s’est opposé à ce principe, se souvient Mody Guiro, actuel Secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts).

L’ère de l’émiettement syndical au Sénégal en 2000

La participation responsable se matérialisait désormais par la présence des responsables du syndicat à l’Assemblée nationale pour prendre connaissance des lois anti sociales.

«Madia Diop fut élu à l’Assemblée nationale pour avoir un droit de regard sur les lois et règlements affectant l’existence des travailleurs. Cette collaboration n’a pas empêché la Cnts de jouer son rôle d’avant-garde dans la prise en charge des préoccupations des travailleurs. Le Syndicat a permis beaucoup d’acquis sociaux au profit du travailleur sénégalais, comme la prolongation de l’âge de la retraite à 60 ans», affirme Mody Guiro.

La fin du régime socialiste ouvre un nouveau chapitre dans la vie des travailleurs avec l’émiettement du mouvement syndical. Selon Mody Guiro, l’arrivée du régime libéral marque le début de la fragmentation des syndicats comme la Cnts.

«Le congrès de novembre 2001 a mis en compétition divers camps de la centrale dont certains avaient les faveurs du régime de Me Abdoulaye Wade. Après de multiples péripéties, l’élection a permis de dégager une majorité qui m’a finalement porté à la tête de la Cnts. Les amis de Cheikh Diop qui étaient soutenus par Abdoulaye Wade n’ont pas accepté le verdict des urnes et ont préféré faire scission avec la création de la Cnts/Force du changement  en novembre 2002», explique le leader de la Cnts.

Selon lui,  cette intrusion du politique dans le milieu syndical est à l’origine de nombreuses dérives avec l’émergence des syndicats du «cartable».

«La crise économique a débouché sur une explosion des syndicats qui ne repose sur aucune base idéologique. La  fragmentation a fragilisé le mouvement syndical en centrales syndicales loin d’être représentatives du corps des travailleurs. Nous avons un mouvement syndical qui manque de cohérence face un patronat de plus en plus organisé», se désole le successeur de Madia Diop.

A la veille de la fête du travail, l’offre syndicale mérite d’être renouvelée avec la tenue des élections de représentativité. Pour beaucoup d’observateurs, cet outil devrait permettre de mieux décortiquer le champ du mouvement syndical. La floraison de «pseudo syndicats» dans des secteurs comme l’éducation a fini par diminuer leur force de frappe. Dans un monde globalisé, l’organisation syndicale appelée à affronter des multinationales ainsi que leurs filiales a besoin de se regrouper en de vastes entités pour peser sur les politiques sociales édictées par les Etats.

 

L’AS

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