Financement des économies africaines : Des spécialistes misent sur les marchés locaux de capitaux

Pour trouver des financements à son développement, l’Afrique doit compter d’abord sur les ressources financières de ses propres marchés. C’est la conviction de nombreux experts financiers qui se penchaient, hier, au 2e jour de Africa Ceo Forum, à Abidjan, sur les mécanismes de mobilisation du capital financier africain.

Le 2e jour de Africa Ceo forum a servi de cadre à des financiers pour réfléchir sur les mécanismes de mobilisation de fonds pour le développement du continent. Le vice-président de la Société financière internationale (Sfi), Jingdong Hua a rappelé que les pays asiatiques, suite à la crise financière, avaient adopté une stratégie qui consistait à recourir à leurs marchés de capitaux.
Selon lui, les pays africains doivent s’inspirer de cet exemple, en comptant sur les ressources financières endogènes. « Il est important de développer les marchés financiers locaux », dit-il, estimant que les Etats, dans leur plan de développement économique, doivent miser sur les capitaux nationaux avant de solliciter ceux de l’extérieur.
A son avis, les Etats africains, en utilisant les monnaies locales pour les financements, peuvent bénéficier de taux d’intérêts moins élevés alors que cela n’est pas le cas  avec les capitaux étrangers dont une volatilité des devises peut entrainer une hausse des taux d’intérêt. « Le développement des marchés financiers locaux n’est pas un luxe mais une nécessité », estime M. Hua.
Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne directrice de la Banque mondiale, se montre catégorique quant aux stratégies de financement de l’émergence du continent. « Nous devons nous financer pour aspirer à un développement durable ; examiner le contexte actuel pour voir de quoi l’Afrique a besoin. Les financements doivent provenir de nous-mêmes avant de compter sur l’extérieur »,  a-t-elle indiqué. Elle explique que les outils à utiliser pour mobiliser les financements sont énormes.
Pour l’ex-numéro deux de la banque mondiale, le continent détient des potentiels économiques énormes qu’il faut exploiter. Ajoutant qu’un renforcement des administrations fiscales permettrait de mobiliser davantage des recettes. Mme Iweala appelle les Etats africains à accorder plus de crédits au secteur privé qui est souvent « écrasé » par le public en termes d’octroi de financements. « Nous devons faire en sorte que les acteurs du privé puissent avoir accès aux crédits tels que les fonds de pension et de retraite qui sont énormes mais pas très bien exploitées », a plaidé cette ancienne cadre de la Banque mondiale. Ces fonds, dit-elle, pourront servir d’instruments de financements aux projets d’infrastructures des pays africains.
Toutefois, a averti Ngozi Okonjo-Iweala, il faut des préalables comme la mise en place d’un environnement macroéconomique assaini et la maîtrise des risques. Les Etats peuvent compter aussi sur les transferts d’argent notamment les envois des émigrés qui, d’après elle, représentent environ 66 milliards de dollars.
Pour l’ancienne ministre de l’économie et des finances du Nigéria, le secteur privé doit s’intéresser aux fonds envoyés par les émigrés. « Ces envois sont un outil à explorer par les pays de manière coordonnée pour les utiliser dans le financement des infrastructures », a-t-elle déclaré.
Créer une relation de confiance
Outre l’assainissement du cadre macroéconomique pour encourager les investisseurs à s’intéresser aux pays africains, il est également nécessaire, selon le directeur général d’Ecobank, Ade Ayeyemi, de créer une relation de confiance auprès des détenteurs de capitaux désireux d’investir. Il invite les pays africains à adopter une discipline fiscale et à créer un climat propice à l’investissement. Pour Ade Ayeyemi, les investisseurs doivent aussi injecter leurs capitaux dans des secteurs producteurs et à forte capacité de création de richesses et d’emplois. Il plaide pour une titrisation des fonds envoyés par les émigrés africains  afin de les utiliser dans les investissements. Henry Claude Oyima, patron de BgfiBank admet, pour sa part, que c’est le crédit qui tire l’épargne. C’est pourquoi, il juge important de disposer d’institutions financières fortes; de banques solides, capables de soutenir le dynamisme du secteur financier africain. « Ces institutions vont apporter des épargnes qui permettent de financer l’économie des pays africains », a-t-il affirmé. Henry Claude Oyima plaide aussi pour plus de liberté d’entreprendre et de confiance entre secteur privé et les Etats.
Un financement exclusivement africain
Pour Luc Rigouzzo de la société d’investissement, Amethis-finances, l’essentiel du financement de la croissance économique africaine provient de la mobilisation de financements internes.   Il souligne que même si des replis ont été notés sur les prix des matières premières dans le monde, l’Afrique a pu maintenir ses financements destinés à son développement. « Le financement des économies de notre continent, relève-t-il, est exclusivement africain. » A son avis, il faut trouver des épargnes longues qui puissent créer des emplois durables.  Il rappelle que durant les 15 dernières années, la croissance africaine a été tirée essentiellement non pas par les matières premières mais par une bonne gestion des équilibres macroéconomiques.

De notre envoyé spécial à Abidjan, Abdou Diaw


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