Aquaculture au Sénégal : Un taux de croissance de 227% en 3 ans

Une visite de terrain effectuée dans la zone des Niayes, le Baol et le Niombato a permis de constater de visu une forte croissance de l’aquaculture évaluée à 227% entre 2012 et 2015. Outre la production piscicole, la stratégie de diversification initiée par l’Agence nationale de l’aquaculture (Ana) a engendré une bonne maîtrise de la culture des huîtres et de la spiruline, une micro-algue magique à haute valeur ajoutée.

De prime abord, dès qu’on parle d’aquaculture, les non initiés pensent immédiatement à la pisciculture pratiquée dans des étangs et autres fermes pour pallier la raréfaction des ressources marines. L’aquaculture dépasse la simple culture du poisson, selon les techniciens de l’Ana. L’ostréiculture et la culture de la spiruline ont aussi acquis leurs lettres de noblesse, même si la pisciculture continue encore de tirer le sous-secteur.

Un petit tour à Bambilor, dans la célèbre zone des Niayes, a permis de voir, qu’à côté du maraîchage, de braves compatriotes nourrissent au quotidien la politique de diversification des activités en intégrant la pisciculture aux activités traditionnelles de maraîchage. C’est le cas de Mme Maguette Diop Kane trouvée dans sa ferme aquacole de Mbèye, dans le Bambilor. Encadrée par l’Ana, elle dispose de deux bassins de 150 m2 chacun. Coût du projet : 7 millions de FCfa. Ainsi 5.340 sujets de tilapia « wass » ont été empoissonnés dès le début du mois en cours. La récolte est prévue en début septembre et le poids moyen du poisson récolté sera de 350g.

Sur les lieux, on apprécie les alevins qui frétillent sous l’œil approbateur de la gestionnaire du site. Sachant que le prix de revient du poisson est de 800 FCfa et que le prix de vente se situera entre 1.500 et 2.000 FCfa, la production de 1,750 t va rapporter à la promotrice des gains de plus de 3 millions par cycle de production, selon les estimations des techniciens. De quoi galvaniser davantage Mme Kane qui envisage d’empoissonner dans les prochains jours du poisson-chat ; une espèce qui permettra à terme de produire le fameux poisson séché appelé « Guedj Yess », une espèce à forte valeur ajoutée. Elle coûte entre 4000 et 5000 FCfa le kilo sur le marché pour un prix de revient de 800 FCfa. Autant dire que la marge bénéficiaire sera énorme. Après la zone des Niayes, cap sur Ndangalma. Sur place, le Directeur général de l’Ana ne peut pas retenir sa joie à la vue des trois bassins aquacoles qui abritent déjà quelque 4.000 sujets, des tilapias d’eau douce en puissance : « Qui aurait imaginé un jour qu’on pourrait élever du poisson sur la plaine sableuse du Baol ? » se demande-t-il. Les membres des groupements de femmes de la localité s’impatientent. En fait, dans le deuxième bassin, les sujets affichent 250g et les femmes veulent déjà procéder à la récolte tant cette situation inédite qu’elles vivent leur paraît extraordinaire. Mais le responsable de la ferme, Serigne Thierno Thiaw, les appelle finalement à la raison. La récolte du poisson se fera dans un mois et tous les deux mois il sera possible de disposer de poissons frais dans cette localité du Baol marqué par un climat hostile.

Cerise sur le gâteau, la présidente du Gie des femmes renseigne que ses sœurs font ici dans la promotion d’exploitations intégrées. Outre le poisson, du gombo, de la tomate, l’oignon et le haricot sont cultivés sur le site. A Ndangalma, le forage qui alimente la ferme fonctionne à l’énergie solaire avec une profondeur de 70 m.

LA MODERNISATION DE L’OSTRÉICULTURE, UNE RÉALITÉ AU NIOMBATO

Au-delà de la pisciculture, la culture des huîtres appelée ostréiculture est devenue une réalité sous l’impulsion de l’Ana. A Néma Bah, à quelques encablures de Toubacouta, au cœur du Niombato, le Gie Yonn Ndioffior s’active dans cette activité. En longeant allègrement les bolongs à l’aide d’une pirogue motorisée, on découvre pas moins de 200 lanternes de grossissement des huîtres et des guirlandes destinées au captage des naissains. La construction d’un bassin de dégorgement est en bonne voie, selon Amy Collé Guèye Sène, l’agent technique de l’Ana qui encadre les femmes de la ferme ostréicole. La capacité de production est estimée à 15 t pour des bénéfices escomptés de 22 millions de FCfa par cycle de production. Par ailleurs, plusieurs témoignages concordants ont signalé que l’huître a des vertus aphrodisiaques. Allez savoir ! La récolte d’huîtres est actuellement en cours et les hôteliers et autres restaurateurs de la zone et de tout le pays sont invités à aller s’approvisionner à Néma Bah. Ici l’ostréiculture est toujours pratiquée. Seulement cela se faisait jusque-là à travers des méthodes rudimentaires. L’agence a plutôt modernisé la pratique.

DR MAGUETTE BA, DIRECTEUR GENERAL DE L’ANA : « NOTRE POLITIQUE DE DIVERSIFICATION EST À LA BASE DE CETTE FORTE CROISSANCE AQUACOLE »

A l’issue de la visite de terrain, le Directeur général de l’Ana a rappelé la place forte du sous-secteur aquacole comme  alternative aux difficultés rencontrées par la pêche. Aujourd’hui, la politique de diversification initiée sous l’impulsion du chef de l’Etat, a fait faire de grands bonds en avant à l’aquaculture.

Pouvez-vous nous expliquer d’emblée l’importance de l’aquaculture ?

La pêche est aujourd’hui à travers le monde dans une tendance baissière et l’aquaculture constitue l’alternative. Il faut faire l’élevage de poissons. Au Sénégal, on maîtrise déjà l’élevage des espèces comme le tilapia (Wass) et le Clarias. On travaille sur le développement des espèces marines démersales carnivores qu’on peut maîtriser avec la coopération qu’on est en train de développer avec l’appui du chef de l’Etat. On travaille aussi dans la diversification. Outre l’élevage du poisson, nous encourageons celui des huîtres et de la spiruline, une micro-algue qui contient des vertus extraordinaires dont des protéines végétales sans commune mesure avec la teneur d’aliments comme la viande ou le soja en protéines. Il contribue au renforcement de la sécurité alimentaire. Ce qu’on a vu dans les Niayes est extraordinaire. Voilà une zone à vocation maraîchère qui vit à l’heure de la diversification avec la pisciculture qui s’y développe. Elle intègre ces espaces de production dans le Gorom, le Bambilor et le Diender. Le Baol n’est pas en reste avec la ferme exceptionnelle avec des bassins en béton de Ndangalma érigée sur la plaine sableuse de cette zone. A Touba, les chefs religieux, eux-mêmes, se sont déjà mis à la pisciculture. Il y a aussi une diversification dans des infrastructures d’élevage du poisson avec des bassins en géo-membranes permettant de retenir l’eau. Il ne faut pas oublier la culture des moules qui se fait à Dakar. Aujourd’hui, on assiste aussi à la croissance de la production. Le poisson est une denrée de première nécessité au Sénégal. La vision de l’Etat est claire : d’où ce taux de croissance extraordinaire noté dans notre sous-secteur. Je n’ai pas encore vu un pays qui a fait un taux de croissance de l’aquaculture aussi impressionnant que le Sénégal. En trois ans et demi, nous avons réalisé une croissance de plus de 200%. De 371 tonnes en 2012, nous sommes passés à 1.250 tonnes en 2015. A travers le monde, l’agriculture est à 2% de croissance, l’élevage à 2,7 % et l’aquaculture qui est nouvelle est à 8%. Elle représente un chiffre d’affaires de 135 milliards de dollars à travers le monde. C’est dans ce contexte que nous avons réalisé 227% de taux de croissance en moins de quatre ans. A l’horizon 2020, nous envisageons une production de 50.000 t et la création de 20.000 emplois.

Sur le terrain, on a découvert une micro-algue appelée spiruline. Quel est son impact sur le corps humain ?

La spiruline est une micro-algue magique qui contient tous les composants d’un aliment complet idéal. Elle est particulièrement riche en protéines végétales. Elle renferme 70% de protéines et vous pouvez manger un bœuf entier, vous n’aurez que 35% de protéines. Appréciez la différence ! Nous avons donc décidé de promouvoir cette micro-algue qui a des vertus nutritives et thérapeutiques insoupçonnées et qui participe grandement à la lutte contre la malnutrition, surtout chez les enfants. Dans le cadre de la diversification des espèces aquacoles, l’agence a apporté un appui matériel à deux fermes de production de spiruline à Khombole et à Ndiaffate.

Quid de l’ostréiculture ?

L’Agence a fait du benchmarking pour voir les meilleures pratiques au Brésil, en Asie du Sud-est et ailleurs. Les technologies les plus adaptées à notre écosystème ont été adoptées pour renforcer le dispositif d’élevage des huîtres au Sénégal. Cette culture se fait  notamment dans l’estuaire du Saloum, en Casamance et dans la région de Saint-Louis où le potentiel est énorme de même que sur toute la frange côtière du pays. On envisage la production de 15.000t d’huîtres pour pénétrer le marché européen.

LA SPIRULINE, UNE MICRO-ALGUE MAGIQUE POUR LE CORPS HUMAIN

La visite de terrain sur les sites de réalisation de l’aquaculture aurait connu un goût d’inachevé si la délégation n’avait pas fait les étapes de Ndiaffate et de Khombole, deux bastions forts de la culture de spiruline, une micro-algue dotée de tous les composants d’un aliment complet idéal.

A Ndiaffate, une paisible localité du département de Kaolack, située sur la route Passy-Sokone, c’est le religieux suisse, le père Marcel Pichonaz, qui est l’initiateur de la plus grande station de production de spiruline actuellement fonctionnelle au Sénégal. Coût de l’infrastructure : 75 millions de FCfa. Sur les lieux, on peut admirer les 10 bassins de 50 m2 chacun pour une production de 1.000 kg de spiruline par année. Les prévisions font état de bénéfices annuels de près de 17 millions de FCfa l’année. Si l’on sait que le kg de spiruline est vendu à 70.000 FCfa, on comprend les enjeux de cette culture. Mais le responsable de la ferme, Demba Bâ, apporte un bémol. Ici on fait beaucoup dans l’humanitaire en octroyant gratuitement le produit à des familles démunies identifiées.

La spiruline est en effet un puissant moyen de lutte contre la malnutrition et les carences de toutes sortes. Elle est un don de Dieu, selon le gestionnaire de la station de Ndiaffate. Elle est plus riche en protéines que la viande de bœuf et le soja. Au moment où on retrouve 70% de protéines végétales dans la spiruline, on en trouve que la moitié dans ces deux aliments, pourtant plébiscités dans ce domaine.

On rencontre aussi dans cette algue la vitamine B carotène (dont la teneur est 30 fois plus élevée que dans la carotte) et les vitamines B1 et B2. On y retrouve aussi du fer, du calcium, du magnésium, du phosphore, etc.

Le Soleil

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