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Culture de rente : A Soumboundou, les planteurs ont la banane

Berceau du savoir, le village de Soumboundou, situé à une quarantaine de kilomètres de Sédhiou, est un ardent foyer islamique. La religion y rythme la vie dans un environnement marqué par la culture de la banane. Celle-ci, introduite dans la zone grâce à l’action du khalife de la contrée, Afang Landing Camara, est le seul baromètre de l’activité économique à Soumboundou.

Source potentielle de croissance et de prospérité, la filière banane a fini de révolutionner la vie dans cette partie du Pakao très attachée à l’Islam qu’est le village de Soumboundou. En prenant la nationale à partir de Carrefour Ndiaye et en roulant vers Kolda, il ne faut surtout pas rater, juste après Sakar et Bani, des villages situés en bordure, la bretelle à droite, pour se rendre à Soumboundou. Bastion de l’Islam dans le Pakao, ladite localité doit sa renommée d’aujourd’hui à la culture de la banane. Les plantations s’y étendent à perte de vue.

A Soumboundou, les populations ont su allier les dévotions à Allah à l’activité économique portée dans ses fondements par la filière banane en pleine croissance dans cette partie orientale du Pakao des profondeurs. Et pourtant tout n’était pas évident à l’origine de la pénétration du bananier dans la zone. Les populations de Soumboundou, à l’instar de celles des autres contrées du Sénégal, étaient toujours intéressées par la culture de l’arachide et du mil. La production agricole de la zone étant alors dominée par la principale culture de rente qui était l’arachide. Il a fallu l’inspiration d’un homme, devenu aujourd’hui le khalife du village, Landing Camara, pour inverser cette tendance.

Dynamique communautaire

Plus connu sous le nom d’Afang, il est le précurseur de la culture de la banane à Soumboundou. Quand on demande à Afang Landing Camara, les bienfaits du projet de bananeraie qu’il a minutieusement mûri et porté dans son cœur, au terme d’un séjour à Dakar, au lendemain de l’indépendance du Sénégal, le chef religieux se lance dans un long discours qui traduit aujourd’hui toute sa satisfaction. Pendant longtemps, les populations de cette localité étaient tenaillées par le marasme économique. Seul le Coran rythmait la vie dans cette localité.

« A l’époque, c’était le désert total. L’activité des populations tournait essentiellement autour de la production des cultures de subsistance comme le mil et le maïs. On parvenait difficilement à gérer les périodes de soudure », se souviennent les populations de Soumboundou, la religieuse. Impuissantes devant les difficultés, elles s’étaient résignées à confier leur sort à Dieu. Elles n’arrivaient pas à se libérer du diktat de la graine et de la rigueur des trois mois d’hivernage qui ponctuaient l’activité économique. Mais, c’était sans compter avec Afang Landing Camara qui, grâce au soutien de ses vieilles connaissances de l’administration territoriale d’alors, réussit à porter sur les fonts baptismaux un projet qui finira par faire tache d’huile dans le village.

Il a réalisé les premières plantations dans la zone. De façon inclusive et participative, le chef religieux fédère les énergies autour de son projet dans une dynamique communautaire. Aujourd’hui, c’est avec beaucoup de fierté que le marabout revient sur cette histoire. « Mon ambition était de lutter contre la faim et la précarité car, très tôt, j’ai compris qu’un affamé ne peut s’adonner à la bonne pratique de la religion », lance-t-il. Alors, il sollicite l’accompagnement des pouvoirs publics en dépit de certaines velléités de résistance et pose les premiers jalons de la culture de la banane à Soumboundou. Il met à contribution son savoir et ses connaissances pour asseoir cette nouvelle donne dans la zone vers les années 70-80.

Ces périodes marquent l’avènement des premières plantations et l’arrivée de la banane « Origine Soumboundou » sur le marché local. Des techniciens de l’agriculture dépêchés auprès du chef religieux investissent le terrain et soutiennent la dynamique communautaire enclenchée par les populations. Tout s’organise autour des exploitations familiales divisées en carrés en fonction de la répartition des canaux d’irrigation alimentés par des puits. « Les premières récoltes influent tout suite sur le quotidien des populations », se souvient Afang Lading Camara.

Mouvement migratoire

Le cadre de vie de Soumboundou change grâce aux revenus collectés durant les campagnes de commercialisation de la banane. Des mutations sociales s’opèrent au rythme des récoltes. Les toits des maisons en paille se transforment en zinc dans un environnement social marqué par un flux migratoire de plus en plus intense. Les maisons en banco (terre cuite) opèrent une mue en dur. L’activité économique devient de plus en plus florissante.  En effet, comme le rappelle le Khalife de Soumboundou, l’arrivée de la banane dans le village est aussi à l’origine d’un grand mouvement migratoire de la part des populations des pays frontaliers. Nombre d’entre eux servent de main-d’œuvre dans les plantations. On cite, dans la foulée, des originaires des deux Guinées voisines en majorité des Soussou et des Manding, des ressortissants de la Gambie, mais aussi des nationaux. Les plantations de banane polarisent désormais l’activité au détriment de certaines cultures de rente comme l’arachide qui connaît un fléchissement. La banane s’invite même dans les mets qu’on propose aux enfants tôt le matin autour de la bouillie (le fondé en wolof).

Plus de période de soudure, nous dit-on. La banane assure la sécurité alimentaire et la prospérité du village. Soumboundou, jadis connu pour son mysticisme, opère de plus en plus sa mue pour devenir un véritable foyer de développement économique et social. Des fils du terroir commencent à voyager, voire à émigrer en Europe, grâce aux retombées économiques de la banane. La scolarité des enfants assurée. On les pousse à faire de longues études. « Des bâtiments en dur sortent de terre dans tous les coins du village, sans oublier la mosquée et d’autres infrastructures sociales de base », comme le souligne Bana Camara, président du Regroupement des producteurs de banane de Soumboundou.

LES PLANTATIONS DE BANANERAIES : Un moyen de lutte contre la pauvreté

Grâce à un puissant groupement d’intérêt économique (Gie) dénommé Namatoulaye et dirigé par Bana Camara, les plantations de bananes à Soumboundou sont devenues de puissants leviers pour soutenir la lutte contre la pauvreté et l’exode rural. En effet, elles ont permis, aujourd’hui, de fixer les gens au terroir même si certains jeunes sont toujours tentés par l’émigration en Europe pour améliorer davantage leur quotidien.

Ici, le phénomène migratoire vers l’Europe est aussi aperçu comme signe de prospérité pour une famille. Il n’est pas à mettre en relief avec l’envie de libérer de l’emprise de la pauvreté et de l’ascension sociale. Pour les jeunes, c’est juste une occasion de pousser loin les études grâce aux retombées de la banane, selon les explications de Karim Camara, fils du khalife Afang Landing Camara. Il déplore toutefois la concurrence de la banane ivoirienne sur le marché sénégalais même si dans les périmètres de Soumboundou l’offre reste très souvent largement inférieure à la demande.

Embouchant la même trompette, le secrétaire général du Gie, Lamine Darry, plaide pour la réduction des frais de transport, le désenclavement de la zone, la création d’infrastructures de conditionnement et de stockage ainsi que l’amélioration des facteurs de production. Si la banane sénégalaise éprouve encore des difficultés à s’imposer sur le marché local, du côté de Soumboundou, les producteurs parviennent néanmoins à écouler la totalité de leur production par campagne. Il arrive même que l’offre soit en deçà de la demande. Il est très fréquent de voir des clients rentrer bredouilles sans provision à l’occasion des campagnes de commercialisation.

600 tonnes de banane par an

C’est le grand périmètre villageois de production qui, à l’occasion, sert de foire. Créées en 1988 dans le cadre des projets des petits périmètres bananiers de Sédhiou, les bananeraies de Soumboundou où convergent aujourd’hui tous les producteurs de la localité, polarisent sept (7) villages. Avec une production annuelle estimée à plus de 600 tonnes, le domaine, qui rythme l’activité dans la zone, dispose, entre autres équipements, d’un forage et d’un système d’irrigation et de conduite de l’eau sur une vingtaine d’hectares. Outre ce domaine, Soumboundou abrite également plusieurs exploitations familiales consacrées à la banane. Dans cette localité, toute l’activité est rythmée par la production de ce fruit.

A Soumboundou, quand la banane va tout va, peut-on résumer. Seuls quelques écueils à lever pour rentabiliser davantage les investissements. Le secrétaire général du Gie Nématoulaye, Lamine Darry, énumère, entre autres contraintes, la « cercosporieuse » (maladie de la banane) qui sévit dans la zone. Les producteurs n’ont pas manqué de plaider pour une meilleure intensification de la lutte contre ce fléau. Son éradication dans la zone pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de développement des bananeraies dans le Soumboundou.

Le Soleil

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