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Baaba Maal, artiste musicien : « Créer un élan vers l’agriculture et l’élevage »

Le chanteur Baaba Maal a souligné, mardi 8 mars dernier, Journée mondiale de la femme, la nécessité de faire de l’agriculture et l’élevage, le soubassement de notre développement. C’était à l’occasion de la cérémonie de lancement officiel des activités de son mouvement « Nann-K » (interpellation, en langue pulaar), lors d’un dîner de gala à Dakar. Evoquant son nouvel album « The Traveller » (Le voyageur), le leader du « Daande Leniol » demande qu’on reconnaisse davantage le mérite des artistes.

Pourquoi le lancement d’un mouvement dénommé « Nann-K » ?

 Nous avons lancé ce mouvement de développement après quelques décennies de collaboration avec des organisations internationales pour booster le progrès dans le monde. Nous voulons faire la promotion de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche dans le monde entier. Nous avons beaucoup d’eau chez nous. Donc, il fallait lancer ce mouvement, qui a pour but de combattre, de par nos activités, la pauvreté. Nous avons des associations de femmes très bien organisées, qui travaillent mais il leur manquait quelque chose : « la voix pour qu’elles soient écoutées ». Il fallait compter sur ces partenaires que je viens de nommer. Si j’élève la voix, les gens vont me suivre.

Est-ce que le mouvement « Nann-K » est exclusivement dédié à la communauté « hal pulaar » ?

 Non ! Pas du tout ! Ce mouvement, c’est vrai, le nom Nann-K sonne très « pulaar ». Parce que je me suis dit que le « pulaar » est une langue internationale, parlée dans plusieurs pays du continent africain. Mais, je peux dire que le mouvement, quand je l’ai créé, j’ai reçu des appels de partout. Des gens sont venus adhérer, venant de la Casamance, du Sénégal oriental, de la Mauritanie, etc.  Mais, pour débuter, il fallait commencer par cette communauté qui m’accompagne toujours.

 

Quel est le sens des titres interprétés lors de ce gala et tirés de votre nouvel album « The Traveller » ?

 J’ai interprété deux morceaux, parce que c’était l’occasion de lancer l’album (composé de 11 titres) qui est sorti sur le plan international. J’ai interprété deux titres de l’album qui veut dire « Kaldio » : celui qui voyage. Et nous savons que tous ces jeunes qui sont partis en Europe, aux Etats-Unis, partent pour d’autres opportunités. Parce qu’ils ne s’épanouissent pas chez eux et tentent l’aventure. Les gens qui voyagent ont l’expectation sur les épaules. C’est des familles entières qui pensent que quand les leurs voyagent, ils vont revenir, changer leurs modes et conditions de vie. Et donc, c’est pour dire que c’est toujours triste de voir quelqu’un partir ; mais on ne sait pas à quel degré la charge du voyage pèse sur les épaules de nos enfants qui partent.

Est-ce qu’il y a une articulation entre le mouvement « Nann-K » et la situation économique que nous vivons ?

« Le cri que j’ai lancé est vérifiable avec la chanson que j’ai écrite avec le groupe Daara J. Où sont nos 10% du budget national que nous devons mettre dans l’agriculture ? Il y a fallu trois voire quatre années avant même que le Sénégal comprenne qu’il faut un élan vers l’agriculture et l’élevage, comme soubassement de développement. En 2012, durant les élections, j’étais dans le Gorgol en Mauritanie avec Oxfam international. Ma réponse était pourquoi il n’y a pas tant de programmes agricoles de la part de nos gouvernements, et pourtant, nous avons tout pour réussir dans le domaine de l’agriculture et l’élevage.

 

Sur le volet culturel, la Société sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins (Sodav) a été créée, et bientôt un fonds de près de 300 millions de FCfa sera mis à la disposition des artistes pour les accompagner dans leurs projets. Que vous inspirent ces avancées ?

« Je pense qu’en Afrique, ce n’est pas assez de faire pour le monde de l’art. C’est un début. Je l’apprécie et je pense que cela peut être très profitable pour certains artistes qui en ont vraiment besoin. Par contre, il faut approfondir, aller au-delà de subventionner les artistes. Nous devons réfléchir sur la condition des artistes, des musiciens ; parce que nous voyons qu’il y a, au-devant de la scène, des gens qui ont de la notoriété et qui peuvent se faire de l’argent. Mais derrière, d’autres n’arrivent pas à voyager. Les instrumentistes, des techniciens de spectacle…, toutes ces personnes sont confrontées à des problèmes. S’ils sont malades, ils ne peuvent pas se soigner. Donc, je pense qu’il faut s’arrêter un moment, réfléchir sur ce qu’a apporté la musique africaine, la musique sénégalaise et essayer de rendre la monnaie de la pièce à ces artistes qui ont fait découvrir, de par la musique, notre continent dans le monde entier.

De jeunes artistes tentent de se frayer un chemin dans le monde de la musique. Quel est le message que vous leur lancez ?

« Je demande aux jeunes d’avoir confiance en eux-mêmes, de s’ouvrir. Parce qu’aujourd’hui, ces artistes ont beaucoup plus de moyens techniques que nous. Ils peuvent connaître le métier de l’industrie de la musique, du showbiz par le biais de la technologie. Et je pense que ce qui fait défaut parfois, c’est qu’on ne voit pas dans cette brousse, cette forêt de l’industrie musicale, un vrai souteneur. Même si on a du talent, on n’arrive pas à se faire un nom.

Le Soleil

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