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Greffe du rein : Les patients réclament l’application rapide de la loi

Les patients hémodialysés veulent une application rapide de la loi relative à la transplantation d’organes. Ce qui leur permettrait d’avoir une vie saine loin des structures de santé.

Aliou Sarr n’est pas triste. Il n’est pas stressé non plus. Atteint de la  pathologie rénale depuis 2005, il vit positivement sa maladie. « C’est un destin. Je n’y peux rien », se contente de dire le jeune âgé d’une trentaine d’années lors de la célébration de la Journée mondiale du rein. Pourtant, sa vie a complètement changé depuis de 2008, l’année où il a commencé à faire la dialyse. Depuis lors, il fait des va-et-vient entre son domicile et la clinique Abc où il est soumis à trois séances de dialyse par semaine. « Ma vie est entre l’hôpital et la maison », reconnaît Aliou Sarr qui, malgré sa maladie, garde une bonne mine parce que considérant sa pathologie comme toutes les autres. « Il faut tout simplement se soigner, respecter le régime alimentaire et avoir foi en Dieu », philosophe-t-il. Comme tous les hémodialysés du Sénégal, Aliou Sarr a un seul rêve : se faire offrir un rein par un parent. Heureusement, dans sa famille, plusieurs personnes sont prêtes à faire ce geste de générosité. «Les donneurs ne manquent pas », fait-il savoir. La seule chose qui traine, c’est l’application de la loi votée le 18 décembre 2015 et relative au don, au prélèvement, à la transplantation d’organes et à la greffe de tissus humains. Avec cette disposition, on peut donner un rein à son parent pour lui permettre d’avoir une vie meilleure et loin des structures de santé. Cependant Aliou Sarr ne croit pas que cette loi sera rapidement appliquée. « Son application n’est pas pour bientôt », soutient-il. Contrairement à Aliou Sarr, Mme Diop affiche une mine triste pour avoir perdu toutes ses économies à cause de la cherté des médicaments, des analyses et autres examens liés à la prise en charge de l’insuffisance rénale. Elle hésite même de parler de cette maladie en cette Journée mondiale du rein. Pourtant, elle est dialysée depuis 2010. Quelques minutes après, elle consent à dire : « c’est dur de vivre avec cette maladie ». Selon elle, « quand on souffre de cette pathologie, on n’a plus de vie familiale ».

Greffe rénale, seule solution
Pour cette dame de teint clair, seule la greffe rénale constitue l’unique espoir pour les patients hémodialysés. « Je suis pressée que l’on applique cette loi, parce que mes enfants sont prêts à me donner un rein », indique-t-elle. Affectée psychologiquement par l’insuffisance rénale, Mme Awa Sarr  a fondu en moins d’un an. «J’ai beaucoup maigri depuis que je suis sous dialyse. Cette maladie a bouleversé ma vie. Mais grâce au soutien de mes enfants, de mes parents, je tiens encore », confie-t-elle. Tout comme Mme Diop, elle estime que la greffe rénale est la seule solution pour les malades. « Nous sommes tous pressés pour que cette loi entre en vigueur et que l’on commence la transplantation rénale », soutient-elle. Surtout que plusieurs membres de sa famille sont aussi prêts à lui offrir un rein.

Quant à Fatou Fall, elle supporte mieux sa maladie, en ce sens qu’elle déclare n’y penser que lors des séances de dialyse. Depuis trois ans, elle est obligée, grâce à l’hémodialyse, de filtrer son sang pour rester en vie. C’est pourquoi elle appelle à l’application de la loi. Ses parents sont aussi prêts à lui donner un rein.

Aissa Dioum n’est pas dans la même situation de nos précédents interlocuteurs. Célibataire, cette jeune femme n’a personne sur qui compter pour lui donner un rein. « Aucun membre de ma famille ne peut le faire parce que nous ne sommes pas du même groupe sanguin. Ils sont A+ et B+. Je suis A-. Il n’y avait que ma mère qui pouvait me venir en aide, malheureusement elle est décédée », partage-t-elle avec regret.

Eugène KALY

ELARGIR LE DON DE REIN AUX PERSONNES DÉCÉDÉES
Le président de l’amicale des hémodialysés de la Clinique Abc, Badara Mbaye, souhaite que le don de rein soit élargi aux personnes décédées. Il a proposé que l’on puisse prélever leurs reins et les donner aux malades. Une préoccupation qui entre en droite ligne des préoccupations d’Aïssa Dioum qui a proposé que l’on prélève les reins d’accidentés de la circulation pour les remettre aux hémodialysés qui sont dans le même cas qu’elle. « En plus, nous voulons que les autorités accélèrent les choses en mettant rapidement en œuvre la politique de greffe pour soulager les malades. Des centaines de malades  n’ont pas de places dans les structures de santé parce que les générateurs sont insuffisants », informe M. Mbaye. Quant au directeur général de la Clinique Abc, il est d’avis qu’il faut mettre les gardes fous nécessaires pour éviter les échecs après une  greffe rénale.

E. KALY

L’ISLAM FAVORABLE AU DON ET À LA TRANSPLANTATION D’ORGANES
La journée mondiale du rein célébrée hier a servi de prétexte aux responsables de la clinique Abc hémodialysé d’organiser une conférence sur le thème « Religions et don d’organes ». Le conférencier Serigne Mouhammedou Abdoulaye Cissé a soutenu que la religion musulmane n’est ni contre le don d’organes ni contre la transplantation.

L’imam ratib de la grande mosquée Masjidoul Ihsaane de Saint-Louis, Serigne Mouhammedou Abdoulaye Cissé, était l’hôte de la clinique Abc hémodialysé de Dakar. Il y a animé une conférence sur le thème « Religions et don d’organes ». Le guide religieux a d’emblée déclaré que la religion musulmane n’est pas contre la transplantation d’organes. « L’islam admet la transplantation d’organes », a-t-il insisté. Il s’est appuyé sur des principes sanitaires, humanitaires et de solidarité qui convergent avec les principes fondamentaux de l’Islam. Cela, a-t-il poursuivi, dans le seul objectif de soulager un malade musulman ou non musulman, en lui faisant don de l’un des deux reins sains que possède un tiers.

Dans son exposé, il a soutenu que l’islam ne se limite pas seulement à la charité exprimée par l’argent. « Il étend cette notion à toute œuvre charitable. Donc faire don d’un organe rentre dans ce cadre », a-t-il indiqué. Cependant seul un individu adulte et sain d’esprit peut faire don de ses organes. « Un enfant n’a pas le droit de le faire, car il ne peut pas déterminer où se trouve son intérêt », a-t-il signalé.

Pour étayer ses propos, Mouhammedou Abdoulaye Cissé a évoqué les principes fondamentaux du Saint Coran à travers deux versets. « Le premier indique que toute personne qui tue une autre personne de manière arbitraire et volontaire est considérée comme un individu ayant tué toute l’humanité. Toute personne qui contribue à faire survivre une autre en le soignant est considérée comme ayant fait survivre toute l’humanité », a-t-il souligné. C’est sur ces deux versets que les oulémas du monde entier se sont basés pour apporter un effort, c’est-à-dire une interprétation des textes coraniques pour trouver une orientation islamique au regard de l’état actuel de la communauté musulmane. « D’autant que le problème de transplantation d’organes ou de don d’organes ne trouve pas de textes clairs sur le Saint Coran. Et c’est un phénomène qui n’a jamais existé durant la période du Prophète Mouhamed (Psl) ni durant la période de ses compagnons », a défendu M. Cissé qui a révélé que la transplantation d’organes est apparue vers 1952 en occident.

Malgré cette découverte récente, les institutions musulmanes comme  l’académie de Droit musulman basée à La Mecque et affiliée à la Ligue islamique mondiale reconnaissent le prélèvement d’organe d’un corps humain pour le greffer à autre. « Cependant, le conférencier a précisé que le prélèvement de l’organe d’une personne vivante est interdit si celui-ci peut perturber une fonction essentielle pour sa survie ».

L’autre prélèvement autorisé est celui de l’organe de la personne décédée pour le greffer dans le corps d’un individu sain, si la survie de cette dernière dépend de cette opération. « Pour réaliser cette opération, il faut avoir le consentement du défunt, de ses héritiers légitimes après sa mort ou l’accord de l’autorité musulmane, si le défunt est sans héritier », a indiqué M. Cissé.

E. KALY

UN NOUVEAU CENTRE D’HÉMODIALYSE ANNONCÉ À SAINT-LOUIS
En plus de l’unité d’hémodialyse dont il dispose déjà et qui ne peut pas prendre en charge plus de 24 malades, le Centre hospitalier régional (Chr) de Saint-Louis va bientôt bénéficier d’un projet de construction d’un nouveau centre d’hémodialyse. Ce dernier pourrait permettre de traiter au moins 60 patients. L’annonce a été faite par Dr Ibrahima Diallo, chef du service de néphrologie de l’hôpital régional de Saint-Louis.

S’adressant hier à la presse, Dr Diallo a rappelé que le Sénégal compte 10.000 insuffisants rénaux dont les cinquante pour cent ne sont pas traités. Il a précisé que ce nouveau centre de traitement de l’insuffisance rénale qui sera construit et aménagé dans la capitale du Nord sera équipé de 20 postes de dialyse qui permettront de soulager la souffrance des insuffisants rénaux.

Si ce projet se réalise, l’Etat, à en croire le Dr Diallo, pourrait disposer à Saint-Louis d’un centre de référence de traitement de l’insuffisance rénale, capable de prendre en charge des malades qui viendront des régions de Louga, de Matam et même des pays de la sous-région.

En attendant sa mise en œuvre, les malades devront encore patienter pour avoir une place à l’unique unité d’hémodialyse du Chr de Saint-Louis qui ne dispose que de six postes de dialyse et de six agents.

Mbagnick Kharachi DIAGNE


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