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Point de départ du tourisme balneaire au Sénégal : La Somone, un site couru par les touristes

Point de départ du tourisme balnéaire de la Petite Côte, avec les premières installations réalisées à l’aube de l’indépendance de notre pays et même avant, la Somone semble actuellement trainer les pieds. Conséquences : elle est, en matière d’infrastructures touristiques, dépassée par des localités comme Saly Portudal, Nianing, Mbodiène et Pointe Sarène. Des zones  où de nouveaux aménagements sont déjà prévus.
Malgré la situation difficile qui prévaut dans le milieu du tourisme sur la Petite Côte, la Somone tente, tant bien que mal, de sortir la tête de l’eau, grâce à l’apport des pouvoirs publics, mais aussi à des initiatives privées. Ainsi, ces différents partenaires veulent-ils redonner une nouvelle âme à cette bourgade qui fut, dans un passé récent, une grande destination touristique. La Somone a été l’une des zones pionnières du tourisme balnéaire sur la Petite-Côte. L’activité s’y était  fortement développée, avant l’aménagement de nouvelles stations dont principalement la station balnéaire de Saly Portudal, au sud.  Situé à quelques kilomètres de ladite station qui fait office de référence et à 78 km au sud de Dakar, le site de la Somone est bien particulier avec ses atouts comme sa réserve naturelle, sa forêt de baobabs et ses installations hôtelières. Ici, en lieu et place des grands réceptifs hôteliers que l’on retrouve à Saly, Nianing, Pointe Sarène ou encore Mbodiène, ce sont les résidences qui font florès. Sur place, « le baobab de Cameron », anciennement dénommé « l’Hippocampe », constitue le seul hôtel certifié « 5 étoiles ». Une particularité bien locale dans cette agglomération que chérissent certains touristes appelés « saisonniers » ou « résidents occasionnels » et d’autres nommés « permanents » parce qu’ils y possèdent une propriété.
 
Des atouts à faire valoir
Leurs résidences côtoient celles des nationaux, pour la plupart d’anciennes autorités étatiques qui, au début de notre indépendance, avaient acquis des propriétés à la Somone  pour venir y passer leurs vacances. Des propriétés toujours en évidence sur les artères principales de la Somone, mais aussi en bordure de mer. A côté de ces habitations, des « voisins » particuliers offrent leur hospitalité aux visiteurs. Au bout d’un chemin sinueux, après la lagune, des oiseaux de toutes espèces peuplent en effet la réserve inter communautaire de la Somone.
Un site ornithologique géré conjointement par un comité dont les membres sont issus des localités de la Somone et de Guéréo. Il s’agit d’un lieu protégé, une réserve fragile dont la beauté est due en « partie au programme réussi de reboisement en palétuviers de la lagune qui a commencé en 1994 ». Une réussite qui à permis aux villageois de sauver ce site, et dont le programme de reboisement a été étendu au delta du Saloum. Le tourisme à la Somone est toujours sujet à des variations. Les saisons connaissent des hauts et des bas, avec des visiteurs dont le séjour n’est pas toujours régulier.
Véritable témoin de la mutation qu’a connue la Somone, Alioune Ciss, gérant de l’hôtel Africa 6 Plage, fait la genèse de ce petit bourg transformé en site d’attraction par l’affluence d’étrangers vers les lieux. « Bien avant l’indépendance de notre pays, il y avait déjà des touristes. Ensuite, le délégué au Tourisme d’alors, Amala Sy, père de l’hôtelier Racine Sy, y avait construit des cases pour abriter des gens qui venaient passer le week-end. Après l’indépendance, vers 1963-1964, ils ont fait un campement, avec une dizaine de chambres et un restaurant », raconte-t-il avec un brin de nostalgie. « Après, cela a évolué. Et dans les années 1970, il y a eu beaucoup d’Occidentaux, notamment des Italiens, Allemands et Américains, qui ont vraiment fait décoller la zone », renseigne-t-il.

Touristes charmés
Au début, il n’y avait ni électricité, ni route. Quand les visiteurs débarquaient, ils étaient méfiants. Mais, au bout de deux jours, ils étaient tellement imprégnés de l’ambiance familiale, marquée par un brassage véritable entre eux et les autochtones, qu’ils se laissaient aller, charmés par la zone et ses habitants ». Une relation tellement naturelle que tout le monde approuvait. « Ce qui faisait également que dans tout le département, les gens qui cherchaient du travail ou qui vendaient quelque chose venaient ici. Non seulement, ils avaient la pêche, l’agriculture et le tourisme, mais aussi le bras de mer (lagune) avec son charme ensorceleur. D’ailleurs, c’est en 1999 que cette lagune a été classée réserve naturelle internet communautaire.
« C’est un village qui est né avec le tourisme », poursuit Alioune Ciss qui renseigne que « le premier établissement hôtelier a été l’Hippocampe qui s’est beaucoup développé pour s’appeler, aujourd’hui, le « Baobab de Cameron ». Un établissement qui a grandi et évolué puisque, selon lui, beaucoup de jeunes habitants de la Somone d’alors y ont fait leurs premiers pas dans le tourisme. D’abord comme journaliers, ensuite en tant que permanents ou promoteurs pour certains d’entre eux qui, comme Alioune Ciss, ont choisi de voler de leurs propres ailes.

De nos envoyés spéciaux Oumar Ndiaye, Ousseynou POUYE (textes) et Abib DIOUM (Photos)

Torino : un coin d’Italie sur la Petite-Côte
L’une des spécificités du tourisme à la Somone, c’est que de tout temps, les visiteurs se sont fondus dans la masse, formant avec les populations une harmonieuse communauté. C’est le cas de citoyens italiens qui, depuis plus de trois décennies, ont investi les lieux où ils ont fini par se fondre dans le groupe.
Dans un coin de la Somone où ils ont fait pousser leurs propriétés, les Italiens ont donné à leur « quartier » un nom évocateur : Torino. Une appellation qui renvoie à la cité italienne de Turin d’où ils sont, en majorité, originaires. En terre sénégalaise, ils perpétuent ainsi une habitude qui consiste, selon eux, à « rechercher l’authenticité » à la Somone et à se souvenir de la première visite que leur compatriote Antonio Comolio y a effectuée dans les années 1950.
« Depuis 1985, je viens au Sénégal. Mais, mon mari a effectué son premier voyage ici en 1978 », renseigne Patricia, native de Piacenza qui raconte cette période avec une certaine nostalgie. « Des Italiens, qui étaient en partance pour l’Amérique du Sud en 1971-72, ont fait escale à Dakar. Ils sont passés par ici et sont tombés sous le charme de la Somone » et ont fini par s’installer. De bouche à oreille, la « bonne planque » a fait sa propre publicité dans la population italienne.
Et ce fut le début de cette belle idylle qui se poursuit toujours. En effet, près de quarante années après, Patricia habite toujours la maison acquise depuis lors. Pour elle, la Somone était, à l’époque, une toute petite bourgade, avec quelques concessions au bord de la mer et une population réduite de 400 à 500 pêcheurs. Etrangers et autochtones vivaient en parfaite harmonie. Cette bonne intégration des Italiens fait dire à Alioune Ciss, président de l’association des riverains de la Somone qui les fédère, que « quand les gens arrivaient, il y avait un brassage, une relation qui se faisait de façon tellement naturelle que chacun s’y retrouvait ».
Ce qui faisait que la localité était le réceptacle de tout ce que la zone comportait comme activités mais également des chercheurs d’emplois ou encore des vendeurs de toutes marchandises en quête d’acheteurs. Une spécificité de la Somone qui fait donc qu’il y a plus de résidences acquises par des visiteurs tombés sous le charme de la localité et de petits réceptifs que d’hôtels de grand standing. Mais l’accroissement de la population dénature un peu cet aspect paisible de la zone qui se trouve ainsi investie par des visiteurs venus d’horizons divers parts et porteurs de leurs us et coutumes.

Des efforts pour repositionner la localité
En matière de tourisme dans la Petite-Côte, la Somone occupe une part importante eu égard aux énormes potentialités dont elle regorge. Mais, la localité accuse un certain retard par rapport à des sites comme Saly, Mbodiène et Pointe Sarène où de nouveaux aménagements sont prévus pour booster le secteur. Face à cette situation, les acteurs locaux, aidés par les pouvoirs publics, ne sont pas restés les bras croisés. A la mairie, les autorités essaient, tant bien que mal, d’inverser la tendance avec les moyens du bord.
Le tourisme n’étant pas une compétence transférée, l’action des autorités municipales ne se limite qu’à accompagner les acteurs dans certaines de leurs actions. Ainsi, le maire de la Somone, Boubacar Sadji, soutient que son institution accompagne les promoteurs à travers la mise en place d’un cadre propice à l’activité touristique avec un environnement sûr et sécurisé. « Ce que nous pouvons faire, c’est d’accompagner les acteurs dans la mesure du possible. Le tourisme n’est pas une compétence transférée, c’est une affaire de privés qui ont le droit de s’installer. Ce que nous pouvons faire, c’est aller dans le sens de contribuer à l’installation de la sécurité et à l’assainissement du cadre environnemental », renseigne Boucar Sadji.
Il s’agit, pour les services du maire de la Somone, d’assurer un ramassage régulier des ordures même si c’est un problème que presque toutes les collectivités locales ont en partage parce que n’ayant pas toujours les moyens de s’en acquitter convenablement. « C’est donc sur le soutien de l’Etat que nous comptons souvent pour maintenir notre environnement propre », dit Boubacar Sadji qui soutient que « la Somone a des atouts naturels pour développer le tourisme ».

Le soutien de l’Etat
« Il y a un autre facteur qui entre en jeu et qui dépend des pouvoirs publics et de la collectivité locales : la sécurité pour que la population et les touristes soient tranquilles. Il faut, en plus d’un environnement salubre, la sécurité pour favorise le secteur touristique. A ce niveau, des efforts doivent être faits ». Mais, du côté des promoteurs touristiques, la parade réside dans l’exploration d’autres pistes pour apporter une plus-value au tourisme local. Ainsi Alioune Ciss estime qu’on a comme l’impression que le Sénégal ne fait rien pour gérer le potentiel qu’il a dans ce secteur. Il plaide pour « plus d’appuis aux acteurs avec des programmes ou crédits qui leur permettent d’avoir des investissements à long terme ». « Il faut que les nationaux puissent accéder au crédit leur permettant d’accueillir dans leurs réceptifs aussi bien des touristes que des fils du pays. Parce qu’aujourd’hui les Occidentaux nous ont imposé un rythme que le Sénégalais moyen supporte difficilement. Il faut adapter l’offre à la mentalité et à la culture des visiteurs sénégalais avec leur espace familial. C’est pourquoi l’Etat doit appuyer les nationaux qui veulent promouvoir ce tourisme familial », plaide Alioune Ciss.

De nos envoyés spéciaux Oumar Ndiaye, Ousseynou POUYE (textes) et Abib DIOUM (Photos)


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