PAPE SARR, RÉALISATEUR ET SCÉNARISTE DE LA SÉRIE «S-PRIT» «EN AFRIQUE, ON DEVRAIT AVOIR NOS PROPRES PARAMETRES INTELLECTUELS COMME PARADIGMES»

Il vient de lancer sa toute première série policière intitulée «S-prit». Il, c’est Pape Sarr, réalisateur et scénariste. Mais plus que cela, il est aussi écrivain, danseur, rappeur, chercheur à l’Institut d’égyptologie des civilisations africaines en France et professeur de Taekwondo et ancien de l’équipe de France. Fils d’un professeur d’art dramatique et metteur en scène (Feu Abdoulaye Farba Sarr), Pape Sarr qui a grandi en France a été très tôt passionné du cinéma. Dans cet entretien, il parle de sa nouvelle série et explique également la touche nouvelle qu’il a voulue apporter au cinéma sénégalais

Vous venez de lancer une série appelée «S-Prit». Pourquoi un tel titre?

C’est une série policière qui s’appelle «S-prit». Elle est composée de 25 épisodes de 25mn chacune. Pour le titre, c’est très complexe parce qu’il y a plusieurs casquettes dans le mot «S-prit». C’est utilisé dans le temps ancien pour dire le souffle de Dieu, pour parler d’inspiration. On l’utilise aussi dans le cadre éducatif pour dire les principes de la vie de l’homme. Mais, dans le cas ici, c’est par exemple, quand vous voulez jeter un papier dans la rue et qu’on se demande quelle soit l’éducation ou la formation que vous avez reçue pour ne pas le faire. C’est le combat toujours du bien et du mal. J’ai voulu élargir le panel de sujets au niveau de ce qui existe au Sénégal, quand je parle d’un gouvernement, d’un Conseil national de sécurité, d’un Service des renseignements, d’un corps médical, d’un tribunal. Les américains en font des séries; et, pourquoi pas nous alors qu’on a tout ça ici. Je donne l’exemple de ce qu’on appelle le Super Héro. Il y a ça en Europe et pourquoi on ne l’a pas ici ? On n’a pas un Superman qui vole. Mais là, on est absents mais nos enfants le regardent. Concernant aussi le Big Batman, nous les africains, nous sommes absents là-dessus. Dans notre série, nous montrons donc des Super Héros. Une fois que vous parlez de tribunal, du corps médical, il y a de la recherche. Il faut que le scénariste ait une base. C’est peut-être ça aussi qui ne nous pousse pas à faire

Qu’est ce qui vous a motivé pour cette série ?

Je ne suis pas contre l’amusement. Dans notre série, il y a beaucoup de comédies. Je ne suis pas contre les histoires d’amour. Il y en a beaucoup dans S-prit et traitées de manière différente. Ce qui m’a motivé, c’est qu’il y a un cadre intellectuel. Et, ce que j’appelle un cadre intellectuel, c’est que nous, en Afrique, nous devrions avoir nos propres paramètres intellectuels comme paradigmes. Parce que quand on fait ce qui est image, c’est le public qui décide, c’est ça qui est important. Ce qui m’a motivé encore, c’est d’être créatif, c’est-àdire faire des choses nouvelles

Quelle est la particularité de votre série quand on sait qu’il y en a beaucoup d’autres au Sénégal ?

Il y a beaucoup de particularité. Comme je l’ai dit, on a essayé d’élargir le panel des sujets. Que vous le vouliez ou non, nous tous assis ici, nous sommes influencés toujours par quelque chose dans nos vies. Nous sommes motivés par un cinéma qui sort du Sénégal, quelque soit l’encadrement, quelque soit les moyens qu’on a. On n’a pas les studios Hollywood mais nous faisons pour que ça sorte. On utilise 95% de français mais ce n’est pas par complexe, mais plutôt pour que tout le monde entende. La touche nouvelle qu’on apporte, c’est qu’on veut être moderne. C’est une question de pratique et d’adaptation. La modernité, ce n’est pas mauvaise. Maintenant, les valeurs, ça c’est autres choses. Qu’elles soient religieuses ou autres, c’est à part. Souvent, il y a des modes que nous pensons européennes qui sont africaines. Il faut qu’on lise, qu’on essaie de comprendre et de savoir. On veut être modernes, faire des scènes d’actions, d’agents secrets, de policiers comme le font les films américains. La touche différente, nous estimons qu’ils font un processus psychologique ou même psychosociologique dans la manière de conserver nos idées, de façonner nos idées pour que ça n’entache pas nos valeurs. Nous apportons la touche nouvelle et ça va être un peu à l’américaine et ce n’est pas par complexe. Il y a des agents secrets ici au Sénégal, je suis obligé d’avoir un agent secret. Il y a un tribunal ici, je fais un tribunal. On a un corps médical, je fais un corps médical. Donc, ce n’est pas une copie. On n’entachera pas les valeurs à ce niveau

On a remarqué qu’il n’y a que de nouveaux acteurs dans votre série; qu’est-ce qui explique cela ?

Ça, j’y tenais beaucoup. J’ai eu même des contacts de personnes qui jouent dans des séries. Ce n’est pas que j’ai refusé. Mais j’ai voulu vraiment faire amener du sang neuf. J’ai voulu moimême dompter les gens qui viennent avec moi. Je travaille différemment. J’ai voulu faire à ma façon parce qu’ils ont déjà appris l’art dramatique. Ils vont vouloir suivre des normes. J’ai voulu prendre des jeunes qui étaient passionnés et je choisissais uniquement ce que j’appelle le don. Parce qu’aussi en Afrique, on a ce problème-là. Que ce soit en politique ou dans un autre domaine, les vieux ne veulent pas quitter. Ils ne doivent pas forcément quitter, mais ils doivent accompagner la jeunesse, les laisser entrer, les conseiller. Mais ils ne peuvent pas tout le temps être sur la scène. Parce que, que vous le vouliez ou non, la jeunesse va écouter Rihanna. Ils vont faire des trucs modernes. Si vous n’entrez pas sur ce terrain-là, vous ne pouvez rien leur apprendre. Vous ne pouvez pas les éduquer. Ils vont toujours rester sur ce terrain-là et ceux qui les éduquent, c’est les autres. Ils vont mettre des valeurs qu’on n’a pas

Parlez-nous un peu de la production ?

La production, c’est quelque chose de compliqué parce que c’est le côté financier. Aujourd’hui, vous voyez les américains, c’est deux, trois ou quatre producteurs parce qu’ils vont être puissants. Le film va cartonner. Moi, quelques soient mes moyens, je vais toujours chercher ce genre de partenariat, les producteurs financiers pour le faire. Par exemple, au niveau du paysage. Le cinéma, c’est quelque chose qui te fais rêver. Ce n’est pas forcément vrai, c’est pourquoi les américains font de la fiction. On cherche à montrer les côtés les plus beaux du Sénégal. Ce n’est pas être complexe, mais il faut avancer, être moderne. Et on montrera, au besoin, un endroit au village au niveau de la scène. C’est aussi difficile. Quand j’ai voulu tourner, je n’ai pas eu accès à plusieurs endroits. Pour l’instant, il n’y a que moi, comme producteur. Je n’ai même pas fait de démarches pour aller dans une télévision. Mais, quand on a sorti un extrait, il y a une semaine, il y a trois télés qui nous ont contactés. Mais on n’a encore rien décidé pour le moment.

SudOnLine Mariame Djigo


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