MICRO’OUVERT – Mouhamadou Bachirou Dieng, écrivain : «J’ai dû surmonter beaucoup d’obstacles pour en arriver là»

Estropié en imitant un de ses frères, Mouhamadou Bachirou Dieng est devenu handicapé vocal. En dépit de son fort bégaiement, M. Dieng publie son premier ouvrage le 7 juillet prochain. Intitulé «Le parcours d’un handicap vocal à l’assaut des mouvements syndicaux», ce livre est pour son auteur, un moyen de marquer son combat pour les handicapés vocaux dont il revendique fièrement le titre d’ambassadeur.

Vous préparez à sortir un ouvrage, quel est le contenu  de votre livre ?

J’essaie de faire le récit de ma vie. C’est une œuvre autobiographique. Mais j’essaie aussi de parler de mon passage au lycée en tant que membre fondateur du Clap. J’y parle également de mon passage au Rassemblement des élèves et étudiants de Yeumbeul Sud et par ailleurs, j’ai essayé de donner quelques conseils aux handicapés vocaux, pour qu’ils puissent mieux saisir le sens de mon combat. J’ai rendu hommage à Sidate Thioune, qui nous a beaucoup aidés. C’est par le biais de son émission que nous avons uni nos efforts pour porter davantage le flambeau. Au fil du temps, nous avons tissé d’excellentes relations. A travers ma modeste personne, beaucoup de handicapés vocaux ont pu être intégrés dans la société.

A partir de quel moment vous êtes-vous dit que vous alliez écrire ce livre ?

C’était lors de la campagne présidentielle de l’amicale des élèves et étudiants ressortissants de Yeumbeul. Mais lors de cette campagne, je n’étais accompagné que de mes petits frères. J’ai sollicité l’appui de mes amis, mais ils ne croyaient pas en moi et me sous-estimaient. C’est à partir de ce moment que j’ai pensé à écrire un livre. Pour renseigner les gens sur les causes et les conséquences du bégaiement.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Quand j’ai postulé pour être le président du rassemblement des élèves et étudiants, la quasi-totalité des gens n’avaient pas confiance en moi du fait de mon bégaiement. Beaucoup de gens m’ont écarté, en disant que je suis un handicapé, et que je ne pourrais pas relever le défi. C’est pour cela que j’ai pris mon courage à deux mains, pour montrer que la compétence n’a rien à voir avec le bégaiement.

Quelle est la date officielle de la publication du livre ?

La publication aura lieu le 7 juillet. Et la cérémonie de dédicace se tiendra à l’hôtel Diambour de Dakar.

Etes-vous né handicapé vocal ?

Non ! C’est à l’école élémentaire que j’ai commencé à bégayer. J’imitais un frère nommé Makhtar Sow, qui n’arrivait même pas à parler sans frapper un objet. Et c’est comme ça que j’en suis arrivé à bégayer moi aussi.

Mais au moment où vous vous révoltiez pour être au devant de la scène, est-ce qu’il y a eu d’autres handicapés ?

Pour dire vrai, il n’y avait que moi. Même dans certaines écoles où je suis passé, il y avait certains handicapés vocaux qui n’osaient même pas prendre la parole. Ils hésitaient à donner leur point de vue sous prétexte qu’ils ne voulaient pas être la risée de l’assemblée. La moindre des choses ils devaient au moins prendre la parole, s’affirmer, parce que dans la vie, quand on aime, on réussit toujours.

Et comment ça se passe avec votre famille ?

Ce n’était pas évident. Je parvenais difficilement à parler. Il m’arrivait d’aller dans des cérémonies et j’avais du mal à parler avec les voisins, les amis et autres. Les gens ne me comprenaient pas. J’ai dû surmonter bon nombre d’obstacles pour en arriver là.

Une histoire, une anecdote ?

Le fait marquant, c’est quand j’étais élu président des étudiants de Yeumbeul Sud. On devait rencontrer le maire de la commune. Lorsque j’ai pris la parole, le maire était ébahi et ne comprenait rien à ce que je disais. Et lors de la remise de notre subvention, il y avait une télé de la place qui était venue couvrir l’événement. Et normalement, c’est le président qui doit prendre la parole, mais les étudiants sont allés voir les journalistes pour leur dire de ne pas m’interroger, car je suis un handicapé vocal. Le journaliste a préféré prendre le président de la commission pédagogique. Pourtant en tant que président vous êtes la personne morale. J’ai surmonté beaucoup d’obstacles.

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